• Accueil
  • > Recherche : dieu soigne il

Résultats de votre recherche

Homélie

Posté par rtireau le 29 octobre 2018

Fête de la Toussaint- 1er novembre 2018

Apocalypse 7, 2-4. 7-19 ; Psaume 23 ; 1 Jean 3, 1-3 ; Matthieu 5, 1-12a

C’est le Père Jacques NOYER, l’ancien évêque d’Amiens, qui fait l’homélie d’aujourd’hui…

 

Il aurait pu dire : les pauvres sont des paresseux ! Mettez-les au travail !

Il aurait pu dire : la pauvreté est une honte ! Qu’elle disparaisse de nos yeux !

II aurait pu dire : les pauvres d’aujourd’hui sont les riches de demain !

Mais il a dit:bienheureux êtes-vous si vous avez un cœur de pauvre, vous saurez ce qu’est le Royaume de Dieu.

 

Il aurait pu dire : la vie est un combat ! Et que le plus fort gagne !

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : celui qui use de l’épée périra par l’épée !

Il aurait pu dire (comme La Fontaine) : le chêne est déraciné, le roseau ne rompt pas.

Mais il a dit:bienheureux êtes-vous si vous êtes habités par la douceur, on vous donnera ce quevous ne convoitez pas.

 

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : il faut que le bien portant soigne le malade.

Il aurait pu dire : l’humanité doit éliminer les faibles !

Il aurait pu dire : un jour on inventera un surhomme qui vivra mille ans !

Mais il a dit: bienheureux êtes-vous si vous vous sentez faibles, vous accéderez à la joie de la consolation !

 

Il aurait pu dire (avec les anciens) : le summum de la justice est ce qui est le plus injuste !

Il aurait pu dire (avec La Fontaine) : la raison du plus fort est toujours la meilleure !

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : la justice des hommes n’est pas la justice de Dieu !

Mais il a dit : bienheureux êtes-vous si vous avez soif de la justice, cela suffira pour vous en donner le goût !

 

Il aurait pu dire (avec d’autres) : ne faites pas auxautres ce que vous refusez pour vous !

Il aurait pu dire : soyez solidaires ! C’est ensemble que vous vous en sortirez !

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : si votre frère a péché, ramenez-le à la sagesse !

Mais il a dit: bienheureux êtes-vous si vous savez faire miséricorde, vous obtiendrez pour vous indulgence et pardon !

 

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : vous êtes au milieu des voleurs, soyez prudents et rusés !

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : ne vous fiez pas aux apparences, aux sépulcres blanchis !

Il aurait pu dire (comme Sénèque) : apprends à ne rien désirer, tu ne souffriras plus !

Mais il a dit: bienheureux êtes-vous si vous avez un cœur pur, simple et sans malice, vous aurez la chance d’entrevoir la lumière de Dieu !

 

Il aurait pu dire : cherchez la paix loin du commerce des hommes !

Il aurait pu dire : la paix est au bout du fusil ; si tu veux la paix, prépare la guerre !

Il aurait pu dire : tu n’es pas fait pour la paix. Dieu t’attend pour imposer sa loi !

Mais il a dit : bienheureux êtes-vous si vous travaillez sans cesse a bâtir la paix,vous goûterez la joie d’être fils de Dieu et frères de tous !

 

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : venez à moi, je vous donnerai le repos !

Il aurait pu dire (comme Coluche) : je ne vous promets pas le grand soir, juste à manger et à boire !

Il aurait pu dire (comme Guy Béart) : le premier qui dit la vérité sera exécuté !

Il aurait pu dire (comme Churchill) : je n’ai à vous offrir que du sang et des larmes !

Mais il a dit: bienheureux êtes-vous si on vous critique, si on vous persécute, si on vous calomnie à cause de moi, car c’est le sort des prophètes.

Soyez dans la joie aujourd’hui car vous êtes sur le bon chemin ;le chemin sur lequel Dieu vous attend.

Publié dans Non classé | Pas de Commentaires »

Evangile du 22°dimanche dans l’année B – 2 septembre 2018

Posté par rtireau le 29 août 2018

purete1-300x256

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 7, 1-8.14-15.21-23.

En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus,
et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées.
– Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ;
et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats.
Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. »
Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : ‘Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.
C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains.’
Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien.
Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres,
adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure.
Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »

Publié dans Non classé | Commentaires fermés

Homélie

Posté par rtireau le 22 novembre 2017

Fête du Christ Roi – A – 26 novembre 2017

Ezéchiel 34, 11-12.15-17 ; Psaume 22 ; 1 Corinthiens 15, 20-26.28 ; Matthieu 25, 31-46

La fête du Christ-Roi date de 1925 au temps du page Pie XI. Une époque où beaucoup d’états Européens ont pris une certaine autonomie par rapport à l’Église. Des chrétiens sont encore nostalgiques du temps où le Pape et les Évêques exerçaient une tutelle sur la vie de la cité. Certains rêvent de reconquête. En France, le souvenir de la séparation de l’Eglise et de l’Etat est bien présent. Ici ou là on chante le Christ-Roi avec des accents revanchards. Il y a erreur sur notre roi ! Et elle existe encore quelquefois cette nostalgie d’un Christ tout puissant :

- “Jésus était Dieu. Et Dieu, c’est le tout puissant.” Et on ne parle plus de Jésus que pour insister sur ses miracles. L’homme Jésus a disparu.

- Noël ! La naissance de Jésus en grande pauvreté devient quelquefois une fête enluminée de sacrée où disparaît le message chrétien.

- La défense que Jésus prend des indéfendables est souvent oubliée. Et au nom de Jésus, on a pu faire des lois de moralité. Et il fallait se confesser souvent car on avait peur pour soi d’abord. Les plus anciens se souviennent sûrement qu’ils ont chanté : “Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver ?”

Le texte d’aujourd’hui (Matthieu 25) conclut l’enseignement de Jésus avant sa Passion. Ce sont les Béatitudes, au chapitre 5, qui inauguraient cet enseignement. Jésus y avait annoncé son programme royal autour du mot Heureux. Il l’a accompli en fidélité à son Père, et c’est sur cette base qu’il jugera les hommes au dernier jour. Michel Scouarnec a écrit deux réflexions à ce sujet :

1 – « Dans la parabole, le Roi s’exprime au passé : « J’avais faim, j’avais soif… » Et les gens aussi : « Quand t’avons-nous vu ? » Au jour du jugement, Dieu dira : mon Royaume ce n’est pas seulement celui d’après la mort. Votre monde est aussi le mien. J’y suis présent. M’y reconnaissez-vous ? Faites que règnent amour et partage sur votre terre, et vous vivrez déjà ce que vous espérez.” »

2 – « Le roi ne dit pas : vous n’avez pas nourri les affamés. Il dit : “Moi, j’avais faim et vous ne m’avez pas donné à manger”. Il s’identifie en quelque sorte à l’affamé, au prisonnier, au malade. Voilà la grande nouveauté de l’Evangile. »

Notez bien les critères évoqués dans le récit de Matthieu : ils ne sont pas religieux. Ils sont humains et concernent les droits de chacun. Le texte met en rapport le Christ et tous les humains sans indications d’une appartenance à une nation, une religion, un âge, un sexe.

- Il y a le critère économique : nourriture et boisson sont nécessaires pour vivre et survivre.

- Il y a le critère social : sans vêtement et sans logement ou hébergement, comment vivre dans la dignité ? Comment entrer en relation avec les autres

- Et il y a le critère éthique et politique. Chacun doit pouvoir se déplacer librement pour rencontrer, pour être aidé, pour être soigné et visité s’il est alité, s’il est infirme ou en prison.

Pour y voir plus clair, je vous propose les deux questions qui furent posées à Jésus :

1ère question : “Es-tu roi ?”  Question posée par Pilate. Réponse de Jésus : “Ma royauté ne vient pas de ce monde.” Il est roi, mais pas à la manière de ce monde :

- Jésus-Roi, oui, mais la veille de sa mort, il a lavé les pieds de ses disciples.

- Jésus-Roi, oui, mais ce jour-là son manteau royal était le manteau rouge des fous. Et il allait être torturé. La croix est le seul trône élevé sur lequel il ait accepté de siéger.

- Jésus-Roi, oui, mais roi fraternel : “Ce que vous faites au plus petit, c’est à moi…” Au jour de Dieu, tout dépendra de la réponse à la question du Seigneur : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

- Jésus-Roi, oui, mais tellement discret. “Quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim ?” Très importante la surprise de tous en apprenant le lien du Christ à l’humain en détresse. Ça veut dire que générosité et solidarité ont valeur en elles-mêmes et que le Royaume de Dieu a les traits du frère en difficulté. Le plus court chemin pour aller vers le Christ est le détour par l’autre.

 

2de question à Jésus : « Où est ton Royaume ? » Réponse : “Il est au milieu de vous.” C’est en vivant notre vie d’hommes que nous le construisons ou non. “Le Royaume est là, dit Hyacinthe Vulliez, non pas dans le pauvre, comme on l’a dit, mais dans le partage avec le pauvre. Dieu est fait présent par le partage du pain.” Alors, si l’on partage tout à l’heure de ce pain devenu Corps du Christ, c’est que nous voulons partager chaque jour avec les frères les plus pauvres.

Publié dans Non classé | Pas de Commentaires »

Homélie

Posté par rtireau le 21 septembre 2017

25° dimanche dans l’année A – 24 septembre 2017

Isaïe 55, 6-9 ; Psaume 144 ; Philippiens 1, 20c-24.27a ; Matthieu 20, 1-16

Dieu ne compte pas comme nous ! Ou plutôt il a une curieuse façon de ne pas compter. Heureusement : notre évangile n’est pas un traité pour économiste. En réalité, à l’époque de Jésus, il n’y a ni couverture sociale, ni système d’embauche, et un denier est généreux puisque c’est le salaire journalier d’une famille. On peut aussi supposer que les derniers embauchés ne sont pas responsables de leur situation et interpréter que le patron ne calcule pas selon le travail effectué, mais qu’il veut que ces papas puissent nourrir leurs enfants ! Alors on se met à rêver d’une société où l’on oserait casser le lien production / salaire et où l’on pourrait vivre selon ses besoins et non en fonction du temps de travail. Mais ne prêtons pas à Jésus le diplôme de sciences-éco qu’il n’a pas.

Comme dit Gabriel Ringlet dans son livre Eloge de la fragilité : “La vigne du Seigneur n’est pas très adaptée aux règles du marché. Le patron ne cherche pas la rentabilité. C’est absurde d’engager des hommes à la dernière heure et de les payer au tarif de la journée. Comme c’est absurde de parler à la Samaritaine, d’accueillir Marie-Madeleine, d’engager Matthieu, un voleur connu, Pierre, un lâche et Paul, un persécuteur. C’est absurde de faire la fête pour un fils gaspilleur et de courir après une brebis égarée en oubliant qu’il en reste quatre-vingt-dix-neuf à surveiller… Si nous avons peine à encaisser l’attitude de ce propriétaire capricieux, l’attitude de ce Dieu qui se met à dépenser sa grâce sans compter, c’est peut-être que nous avons une religion trop étroite, trop calculatrice… ou que nous n’avons jamais été au chômage !”

Dans une parabole, il y a un message, souvent un seul, et tout à fait évident. Le reste, si on le prenait trop au sérieux, serait surprenant et quelquefois scandaleux. Ici, évidemment on n’est pas d’abord dans le domaine économique, mais dans le domaine de valeurs qu’on ne fractionne pas : Dieu donne tout à chacun. La vie, on la donne ou on ne la donne pas. Impossible de la donner plus ou moins. Et nous, avec notre œil mauvais parce que Dieu est bon, on voudrait que d’autres aient moins que nous, comme si ça nous donnait davantage qu’ils aient moins. Non ! Le don de Dieu – amour, joie, paix, espérance – ne se fractionne pas. Et même un tout petit premier pas semble décisif et immense. Comme pour cet homme qui commençait à sortir de l’alcoolisme : c’était le joie immédiate et totale (pas un commencement de joie) pour lui et les siens, même si c’était sans naïveté sur l’avenir.

Le vigneron c’est donc Dieu. L’Évangile et ses paraboles montrent qui est ce Dieu que Jésus appelle Père : si c’était un berger, il quitterait ses 99 brebis, pour courir après la brebis perdue ; si c’était un papa, il accueillerait son fils qui a quitté la maison sur un coup de tête ; si c’était un paysan, il sèmerait à tous vents ; si c’était un vigneron : c’est le texte d’aujourd’hui. Les paraboles contiennent toutes un brin de démesure, comme pour piquer l’attention, nous préparer à entendre un message et révéler le visage d’un Dieu qui aime avec démesure. Dieu aime chacun pour ce qu’il est, et pas pour ce qu’il a. Jésus a montré cet amour gratuit de Dieu auprès de ceux qu’il a croisés : la prostituée venue troubler le repas chez Simon le pharisien ; Zachée, le fonctionnaire pas très honnête ; la Samaritaine ou le bandit en croix, ouvrier de la onzième heure et même du dernier quart d’heure ! Jésus a posé sur eux tous un regard de tendresse qui a su faire renaître l’espérance.

“Allez à ma vigne, vous aussi.” La foi chrétienne met au travail. Elle n’est pas un état d’âme si élevé soit-il, mais d’abord volonté d’agir pour construire concrètement le Royaume, comme le Christ, au milieu du monde. Car le Christ n’a pas d’autres mains que les nôtres pour transformer le monde. Les mains du Christ, son regard et sa tendresse passent désormais par nos mains, nos yeux et notre cœur. Nourrir ceux qui ont faim, soigner, visiter, accueillir, pardonner, autant de gestes qui signifient une réponse concrète au maître qui embauche. Beaucoup sont attelés à cette tâche. Les chrétiens n’en ont pas le monopole, mais il serait surprenant qu’ils ne soient pas aux avant-postes avec les autres pour faire advenir un monde plus humain.

Deux appels : Savoir nous réjouir de ce que les autres ont reçu de l’abondance de l’amour ? Et redécouvrir que le Royaume de Dieu n’est pas fait de concurrence mais d’émerveillement.

Publié dans Non classé | Pas de Commentaires »

Recueil 22

Posté par rtireau le 20 mars 2017

bleu-violet

La cloche du temps perdu.              

Conte de Noël et du Jour de l’An réunis

Depuis quelques jours déjà, il m’intriguait. Comme les autres clochards, il allait de poubelle en poubelle, mais il n’en extrayait ni boîtes de conserves, ni bouteilles vides. J’étais sûr de l’avoir déjà rencontré. Oui, c’est cela ! C’était l’an dernier, dans un autre quartier, aux environs de Noël et du Premier de l’An.

- Dîtes-moi ! Vous ne semblez pas vous intéresser aux objets qui font le bonheur de vos collègues !

- C’est normal ! Parce que, voyez-vous, Monsieur, moi, je suis un spécialiste !

- Un spécialiste de quoi ?

- Un spécialiste du Temps Perdu.

- Du temps Perdu !

- Oui ! En fin d’année, j’récupère le temps qu’les gens n’ont pas employé et qu’ils mettent à la poubelle.

- Et vous en trouvez beaucoup ?

- En cette saison, les gens font leur inventaire et ils balancent pas mal.

- Il y a beaucoup de gens qui perdent leur temps ?

- En tant que spécialiste, je peux vous assurer qu’il y a plus de temps perdu que de temps employé. Suivant leur classe sociale, suivant leur âge aussi, les gens n’emploient que telle ou telle catégorie de leur temps. Dans les classes aisées, on consomme plus de temps de repos que de temps de travail. Dans les classes laborieuses, c’est plutôt le contraire.

- Mais sous quelles formes trouvez-vous ce temps perdu ?

- Ah ! Si vous voulez chercher avec moi, j’vous montrerai. Tenez, là ! Voilà une « minute de vérité ». Elle est toute neuve. Elle n’a jamais servi. J’en trouve beaucoup des « minutes de vérité » : la plupart des gens refusent de les vivre. Ici, c’est un « dernier quart d’heure » ! Ce genre de moment, on refuse souvent de le reconnaître, surtout si c’est le nôtre.

- Ah ! Voilà quelque chose ! On dirait une minute, mais un peu plus longue que les minutes habituelles !

- C’est une « minute de coiffeur » ! Elle vient du salon d’en face.

- Qu’est-ce que c’est cette chose claire ?            .

- C’est une « nuit blanche ». Généralement, ça fait suite à un « jour noir » et ça précède un « matin blême ».

- Et ce qui parait si triste ici ?

- Un « temps mort ». Voyez-vous, quand les gens s’ennuient, ils tuent le temps. Alors, ils ont un « temps mort ». Et ils recommencent à s’ennuyer.

- Est-ce que ceci ne serait pas une heure H ?

- C’est bien une « heure H », en effet ! Tout le monde a son « heure H » dans la vie. Seulement, ils sont peu nombreux à la reconnaître quand elle se présente.

- Mais dîtes-moi, que faîtes-vous de tous ces articles ?

- Je les emporte. Je mets le temps dans un bocal pour éviter qu’il s’écoule, et les heures en cage pour les empêcher de s’envoler.

- Mais vous ne pouvez pas garder tout ceci chez vous indéfiniment ?

- Non ! J’ai un projet. J’étiquette tous mes articles et je joins un mode d’emploi. Par exemple, « heure propice ». « A utiliser avec circonspection en fonction du moment où elle se présente ».

- Dans quel but faîtes-vous cela ?

- Je fais ça pour mettre fin au gâchis. Je pense redistribuer tout le temps que j’aurai récupéré. Un soir d’un prochain Noël, je déposerai mes « minutes de vérité », mes « heures H » et quelques « ultimes secondes » dans les souliers des habitants de la ville, en espérant qu’avec le mode d’emploi, ils sauront, cette fois, les utiliser. Et maintenant, Monsieur, excusez-moi, mais je suis pressé ! Vous pensez bien que, quand on passe son temps à récupérer celui des autres, on ne peut pas se permettre de perdre le sien !

Demeuré seul, je m’apprêtais à regagner mon domicile, lorsque mon pied heurta un objet qui résonna. Il s’agissait d’une « heure creuse » que mon homme avait laissée là, par mégarde. Je la ramassai et, rentré chez moi, je me suis employé à la remplir en composant ce petit conte que vous finissez de lire à la « minute même ».

Albert Mathos

 

A la portée de tout le monde.

Le père lit le journal, mais son fils le dérange à tout instant. Agacé, il prend une vieille carte du monde, parue dans un journal, la déchire et en jette les morceaux à l’enfant : « Tiens, lui dit-il, refais cette carte ! Cela t’occupera. »

Pas facile ce puzzle, n’est-ce pas, pour un petit gamin !

Le père croyait avoir la paix pour un bon bout de temps mais à peine a-t-il achevé l’éditorial que l’enfant revient tout rayonnant : « Voilà, papa, j’ai refait le monde !… » En quelques minutes, il avait réussi cette remise en ordre.

« Comment as-tu fait ? » lui demande son père qui n’en revenait pas en constatant que chaque partie était vraiment à sa place.

« Ce n’était pas tellement difficile, répond l’enfant. Au verso se trouvait dessiné un bonhomme, alors j’ai refait l’homme et le monde se trouvait refait en même temps.”

 

 

Le jour où Gandhi perdit une chaussure…

Un jour, en montant dans un train, Gandhi perdit une chaussure qui tomba sur la voie ferrée. Il fut incapable de la récupérer, le train commençant à avancer. Au grand étonnement de ses compagnons de voyage, Gandhi enleva son autre chaussure et la lança près de celle qu’il venait de perdre.

A un passager qui lui demanda pourquoi il avait fait cela, Gandhi répondit en souriant : « Le pauvre homme qui trouvera ma chaussure sur la voie ferrée trouvera la deuxième juste à côté et aura donc une paire de chaussures qu’il pourra utiliser. »

 

 

Les trois pommes

Un jour qu’une dame le consultait et qu’il venait de lui dire que trop de richesses nuisaient parfois au bonheur, Benjamin Franklin s’aperçut que sa visiteuse secouait la tête d’un air incrédule. Alors prenant une pomme dans un panier plein de fruits qui se trouvait là, il appela un enfant qui jouait dans la pièce voisine et lui fit présent de la pomme. L’enfant pouvait à peine la tenir dans sa petite main. Franklin lui en offrit une seconde, que le bambin, tout joyeux, prit de l’autre main. Puis, choisissant une troisième pomme, plus belle encore que les deux premières, il la lui tendit de la même façon. L’enfant serra alors ses deux mains pleines contre sa poitrine, et essaya de prendre et de retenir le dernier fruit avec l’aide des deux autres. Mais ses efforts furent inutiles. La troisième pomme tomba sur le tapis, et il fondit en larmes. Alors Franklin se tourna vers la dame : « Voici, dit-il, un petit homme qui a trop de richesses pour pouvoir en jouir. Avec deux pommes, il était heureux… Il ne l’est plus avec trois. »

 

 

De beaux R

Une enfant frappe à la porte de mon bureau, les cheveux en désordre, une feuille de papier froissé en main. Son geste est tremblant. Il y a sûrement eu du grabuge en classe pour que l’institutrice envoie ainsi une élève chez le directeur. Entre deux hoquets, Françoise m’explique que son institutrice s’est fâchée.

- “J’écris vraiment trop mal,” me dit-elle en me présentant sa feuille.

C’est bien vrai, je ne parviens pas à déchiffrer son gribouillis. Après avoir fait asseoir Françoise, je prends le papier chiffonné à la recherche d’une porte de sortie. Il faut aider cette petite de huit ans, toute désespérée. Je regarde et découvre enfin une lettre passable, c’est un « r » ! Alors je dis à Françoise :

- “Madame a raison. Tu pourrais mieux faire : je vois, là, un beau « r », je sais bien le lire.”

Je vois un pauvre sourire poindre au milieu des larmes.

- “Tu vois comme il est beau, saurais-tu encore en faire de semblables ?”

Un faible oui me répond.

- “Eh bien, faisons un accord : cette semaine tu vas essayer de soigner tes « r », et la semaine prochaine, tu reviendras me montrer ton cahier.”

Françoise ne pleure plus, ses yeux brillent à nouveau et l’accord est conclu. Dès que possible, je demande à l’institutrice de ne tenir compte cette semaine que des « r » et de noter les appréciations en fonction des « r ».

Huit jours après, Françoise frappe à la porte de mon bureau. Elle est rayonnante et me tend son cahier. Quelle différence ! La page est propre. De beaux « r » la ponctuent, mais en s’appliquant pour les faire, Françoise a mieux écrit les « l », les « n », les « q »… Sans être parfaite, loin de là, l’écriture est devenue assez lisible. Quel triomphe ! Un nouveau contrat est signé pour deux autres lettres supplémentaires. Et je vois Françoise retourner en classe, un bonbon en bouche, les yeux pétillants et un cœur qui chante victoire.

                                                                                                D’après M.T. Hanquet.

 

 

Belle histoire de prof.

Un jour, une prof. demandea à ses élèves de noter le nom de tous les élèves de la classe sur une feuille et de laisser un peu de place à côté de chaque nom. Puis, elle les invita à penser à ce qu’ils pouvaient dire de plus gentil au sujet de chaque camarade et de le noter à côté de chacun des noms. Cela pris une heure. Et les élèves remirent leur copie. Elle écrivit le nom de chaque élève sur une feuille et à côté toutes les remarques gentilles que les autres avaient écrites.              

Le lendemain, elle donna à chaque élève sa liste. Peu de temps après, tous souriaient.

- « Vraiment ? »  entendait-on chuchoter…

-  »Je ne savais pas que j’avais de l’importance pour quelqu’un »  !

-  »Je ne savais pas que les autres m’aimaient tant. »

Personne ne parla plus de cette liste. La prof. ne savait pas si les  élèves en avaient parlé entre eux ou avec leurs parents Mais peu importait. L’exercice avait rempli sa fonction.

Quelques années plus tard, un élève tomba, mort, au Vietnam et la prof. se rendit à ses obsèques. L’église était comble. Beaucoup d’amis étaient là. L’un après l’autre, ils s’approchèrent du cercueil pour lui adresser un dernier adieu. La prof. y alla aussi. Un des soldats lui demanda : « Est-ce que vous étiez la prof de Marc ? » 

Elle acquiésça. Alors il lui dit : « Marc a souvent  parlé de vous. »

Après l’enterrement, la plupart des amis de Marc s’étaient réunis. Ses parents étaient là aussi et ils attendaient de  pouvoir parler à la prof. “Nous voulions vous montrer quelque chose. »  dit le père de Marc et il sortit son portefeuille de sa poche.

« On a trouvé cela quand Marc est tombé à la guerre. Nous pensions que vous le reconnaîtriez. »

Il sortit un papier qui avait dû être recollé, déplié et replié souvent. Sans le regarder, la prof. savait que c’était l’une des feuilles de la fameuse liste des élèves.

« Nous aimerions vous remercier, »  dit la mère de Marc. Comme vous pouvez le constater, Marc a beaucoup apprécié ce  geste. »

Tous les anciens élèves se réunirent autour de la prof. Charlie sourit et dit : « J’ai encore ma liste. Elle se trouve dans le premier tiroir de mon bureau. »  La femme de Chuck dit : « Chuck m’a prié de la coller dans notre album  de mariage. »  « Moi aussi, j’ai encore la mienne, dit Marilyn, elle est dans mon  journal intime ».  Puis, Vicky prit son agenda et montra sa liste toute usée. « Je l’ai toujours avec moi », dit-elle. D’ailleurs nous l’avons tous gardée. »  La prof était si émue qu’elle dut s’asseoir.

Il est important de dire aux personnes qu’on fréquente qu’elles sont particulières et importantes.

 

Miroir de Pâques

Il cherchait le sens de l’existence. Il avait beaucoup lu et voyagé, rencontré quantité de sages et de gourous. Mais les années passaient et, dans son cœur, continuait de résonner cette question sans réponse : « Pourquoi ? Pourquoi la vie ? Pourquoi la terre, l’univers et ses étoiles ? Pourquoi la mort et la souffrance ? »

Il restait de plus en plus souvent seul, triste, les yeux fixés sur un vieux miroir. Son regard cherchait dans le reflet de son visage – où pointait déjà la marque du temps – une réponse, un signe. Il espérait qu’en contemplant ainsi, au travers de sa propre image, le reflet de l’humanité, il trouverait le début d’une réponse.

Un soir qu’il allait dîner dans le bistrot en bas de chez lui, il croisa le regard d’un vieil homme. Pour sortir un instant de son trop-plein de solitude, il offrit un verre à l’inconnu qui accepta et le remercia avec une infinie douceur. Les verres vides, l’inconnu s’apprêtait à sortir lorsque notre homme lui demanda : « Avez-vous dîné ? » L’autre répondit que non.   »Alors restez avec moi, car déjà le soir tombe, venez partager mon modeste repas ».

Le doux regard de l’inconnu invitait à la confidence. Notre homme se mit à parler de sa vie, de ses voyages, de ses lectures, de ses rencontres, et de ce lancinant pourquoi qui ne cessait de retentir dans son cœur. Et puis, il évoqua le vieux miroir où il passait des heures à regarder filer le temps sur son propre visage. Alors, l’inconnu lui dit soudain : « Emmène-moi chez toi ! « 

Arrivé dans l’appartement, l’inconnu demanda à son hôte de se placer face au miroir comme il en avait l’habitude. Intrigué, notre homme s’exécuta et se mit à contempler, une fois encore, sa propre image. Alors, l’inconnu prit un chiffon, décolla légèrement le miroir du mur, glissa la main derrière et se mit à gratter le tain du vieux miroir. Bientôt, tout reflet disparut, il ne resta plus qu’un simple carré de verre, totalement transparent.

L’inconnu prit le cadre et le posa devant une fenêtre qui donnait sur un boulevard bruyant où grouillait une foule anonyme et pressée, et où l’on apercevait, prés d’une bouche de métro, le frêle amas de cartons d’un sans-domicile. Puis, sans un mot, l’inconnu sortit. Alors, notre chercheur de sens, tomba à genoux et se mit à pleurer. Non pas de tristesse, mais de joie. Une joie mystérieuse, imprenable ; une joie comme une pierre qu’on roule pour ouvrir enfin, au matin d’une interminable nuit, le tombeau des blessures humaines.

 

 

Anecdote contre le racisme.

La scène a eu lieu dans un vol de la compagnie British Airways entre Johannesbourg et Londres. Une femme blanche, d’environ cinquante ans, s’assied à côté d’un noir.

Visiblement perturbée, elle appelle l’hôtesse de l’air :

- Quelle est votre problème, madame ?, demande l’hôtesse.

- Mais vous ne voyez pas ? répond la dame. Vous m’avez placée à côté d’un noir. Je ne supporte pas de rester à côté d’un de ces êtres répugnants. Donnez-moi un autre siège.

- S’il vous plait, calmez-vous, dit l’hôtesse de l’air. Presque toutes les places de ce vol sont prises. Je vais voir s’il y a une place disponible.

L’hôtesse s’éloigne et revient quelques minutes plus tard :

- Madame, comme je le pensais, il n’y a plus aucune place libre dans la classe économique. J’ai parlé au commandant et il m’a confirmé qu’il n’y a plus de place dans la classe exécutive. Toutefois, nous avons encore une place en première classe.

Avant que la dame puisse faire le moindre commentaire, l’hôtesse de l’air continue :

- Il est tout à fait inhabituel dans notre compagnie de permettre à une personne en classe économique de s’asseoir en première classe. Mais, vu les circonstances, le commandant trouve qu’il serait scandaleux d’obliger quelqu’un à s’asseoir à côté d’une personne aussi désagréable.

Et, s’adressant au noir, l’hôtesse de l’air lui dit :

- Donc, monsieur, si vous le souhaitez, prenez votre bagage à main car un siège en première classe vous attend.

Et tous les passagers autour qui, choqués, assistaient à la scène, se levèrent et applaudirent.

 

 

Ubuntu

Un anthropologue a proposé un jeu aux enfants d’une tribu africaine. Il a mis un panier de fruits près d’un arbre et a dit aux enfants que le premier arrivé gagnait tous les fruits. Au signal, tous les enfants se sont élancés en même temps… en se donnant la main ! Puis ils se sont assis ensemble pour profiter de leur récompense.

Lorsque l’anthropologue leur a demandé pourquoi ils avaient agi ainsi, alors que l’un d’entre eux aurait pu avoir tous les fruits, ils ont répondu : “Ubuntu, comment l’un d’entre nous peut il être heureux, si tous les autres sont tristes ?”

 

 

Le Jeune Jardinier

Un jour, le dirigeant d’une grande société engage un jardinier indépendant. Alors que ce dernier arrive chez lui, le patron s’aperçoit qu’il a fait appel à un adolescent à peine âgé de 15 ans. Peu importe se dit-il, maintenant il est là.

Quand le garçon a terminé, il demande au propriétaire l’autorisation de passer un petit coup de fil. Par mégarde, le dirigeant surprend la conversation de son jeune jardinier. Le garçon s’entretient avec une femme :

- Vous avez besoin d’un jardinier ?

- Non, j’en ai déjà un.

- Mais moi, en plus de faire le jardin, je ramasse les déchets, souligne le garçon.

- C’est tout à fait normal, mon jardinier aussi fait cela, répond la femme.

- Je lubrifie tous les outils à la fin de mon service, ajoute l’adolescent.

- Mon jardinier aussi, rétorque la propriétaire un peu agacée.

Dans une dernière tentative pour persuader son interlocutrice, l’adolescent lance :

- je suis rapide, jamais en retard et mes tarifs sont imbattables !

- Désolée, mais le prix de mon jardinier est également très compétitif, répond la femme avant de raccrocher.

- Mon garçon, je crois bien que tu viens de perdre une cliente, dit le patron.

- Bien sûr que non, c’est moi son jardinier ! J’ai fait cela seulement pour savoir si elle est vraiment satisfaite de mes services.

Publié dans | Commentaires fermés

Migrants

Posté par rtireau le 6 août 2015

Capture d’écran 2015-08-02 à 15.30.06

 

Migrants : la clé n’est pas à Calais

Les migrants de Calais cherchent pour la plupart un pays où vivre en paix, où gagner honnêtement leur vie, où on les regarde comme des êtres humains.

Près d’un sur deux appartient aux classes sociales élevées de son pays, et un sur cinq à la classe moyenne. Deux tiers ont fui des persécutions ou ont quitté leur terre par crainte de devenir à leur tour victimes…

Qui sont-ils, les migrants calaisiens, tels que les décrivait récemment une enquête du Secours catholique ? Ceux-là même qu’on pourrait prendre pour une horde barbare quand on entend distraitement les « infos » en provenance de Calais… Ils rêvent de passer en Angleterre où, pensent-ils, tout serait plus facile pour eux. Mais la Grande-Bretagne ne veut pas d’eux. Et la France non plus.

La clé du problème, chacun le sait, n’est pas à Calais. Ce n’est pas une affaire de hauteur de murs ou de grillages, ni même d’agents de sécurité et de patrouilles de police en nombre « suffisant ». On se fait une montagne d’un nombre somme toute assez faible de migrants – quelques centaines, tout au plus deux mille selon les sources les plus alarmistes – qui auraient « pris d’assaut » le tunnel, quand il faudrait commencer par comprendre que ce comportement spectaculaire témoigne surtout de la désespérance dans laquelle se trouvent des hommes et des femmes réduits à une vie indigne et livrés à la merci des trafiquants.

L’histoire jugera sévèrement les pays où l’on feint de croire que c’est en jouant de cette désespérance que l’on abaissera la pression migratoire. Elle jugera sévèrement les nations qui piétinent leurs propres valeurs sans comprendre que ces hommes et ces femmes, si nous faisions l’effort de les accueillir dignement, constitueraient un véritable réservoir d’intelligence, d’énergie, de compétence et même un pouvoir de consommation au moment où nous avons besoin de relancer l’économie.

 

Un défi de confiance

Ils pourraient même, pour certains, nous aider à mettre en œuvre, à l’avenir, les politiques qui réduiront les flux migratoires, par la construction de situations économiques et politiques stables dans leurs pays d’origine. Il ne s’agit donc pas d’appeler chez nous toute la misère du monde pour la prendre en charge.

Cette situation demande que les pays européens se tournent ensemble vers ceux dont ils ont été les colonisateurs, pour soigner les maux hérités de cette page d’histoire mal conduite. Nouons avec eux des relations de partenaires et inventons des formes de collaboration fécondes et plus égales que par le passé.

C’est difficile, parce que nous n’avons que trop attendu. Ne perdons pas davantage de temps. C’est un défi de confiance. Confiance dans l’autre comme en nous ; confiance aussi dans l’avenir et dans les effets démultiplicateurs de la rencontre, du partage, de la solidarité. La pression, qui monte inexorablement à Calais ou en Méditerranée, est le baromètre de notre peur… de faire confiance.

Chaque jour qui passe creuse un abîme de déception, de défiance, de dépit, de ressentiment. L’universalisme de l’humanisme européen dont nous nous targuons passera bientôt pour un hideux mensonge, un piège mortel… Nous aurons nourri – c’est déjà commencé jusque chez nous et parmi nos enfants – la haine de ce que nous prétendons être. À ce rythme-là, notre défaite est certaine.

Jean-François Bouthors   Ouest-France, éditeur et écrivain.

IL A DRESSE SA TENTE PARMI NOUS

Capture d’écran 2015-08-06 à 15.12.00

« IL A DRESSE SA TENTE PARMI NOUS »

Du jardin d’Éden à la Jérusalem céleste, l’errance promet d’être longue pour le peuple de Dieu.

PAR DAMIEN NOËL BIBLISTE (Dans supplément à TC N°3638 du 11 juin 2015) 

La Bible commence par un parc (Gn 2,8) et s’achève sur la vision d’une ville (Ap 21,10). Dès l’origine, on nous raconte l’expulsion d’Adam et d’Eve du jardin conçu spécialement pour eux par le Créateur. Ainsi commence l’errance. À vrai dire, on ne voit pas comment un terrain de camping agrémenté d’un verger, même dilaté aux dimensions de la planète, aurait pu suffire à une humanité promise au développement cosmique et soumise à d’autres besoins que ceux de bipèdes frugivores. Bien que représentée et transmise comme une lourde sanction, cette expulsion manu militari ouvre un avenir. Cette scène tragique est plus sûrement le premier pas vers la sortie d’un monde mythique, débouchant sur un monde – réel celui-là – où l’on va devoir s’installer, assurer sa survie, maîtriser les éléments, se déplacer, se développer, se défendre. L’errance primitive donne le ton à toute la suite. Le deuxième épisode reproduit un scénario identique, présenté lui aussi, par certains interprètes, comme une sanction. Après l’échec de la construction, censée atteindre le ciel, de la tour de Babel, Dieu confond les langues et disperse les peuples. Quelques spécialistes hésitent cependant à parler ici de sanction, préférant lire l’épisode comme une intervention salutaire de Dieu pour ramener l’humanité sur terre.

Abraham se lance dans une migration qui promet de tourner à l’errance. Rupture avec un pays, une famille, un clan, et départ vers une destination que Dieu seul connaît. Cette représentation des origines d’Israël, en la personne de son ancêtre, procède de la relecture d’une longue histoire. Elle mûrit au terme d’une décantation méditée qui dessine progressivement les constantes historiques d’un peuple marqué par l’errance. D’ailleurs, la profession de foi proclamée lors de l’offrande des prémices commence ainsi : «Mon père était un Araméen errant » (Dt 26,5). Lorsque la Bible parle d’Abram l’Hébreu (Gn 14,13), elle le désigne comme un élément d’une population nomade, connue de tout le Moyen-Orient ancien, les Apiru ou Habiru. Sous le nom d’Hébreux, la Bible les rattache à Heber, descendant de Noé et de Sem, et ancêtre d’Abraham. L’appellation « hébreu » a été rapprochée d’une racine sémitique qui signifie « passer », « traverser », un excellent totem pour l’Israël biblique.

Errante condition

Le langage de la Bible porte de nombreuses traces laissées par la condition errante des Israélites. Ainsi le terme « tente » qui évoque la précarité d’une halte temporaire. Ce terme apparaît 332 fois dans le texte hébreu de l’Ancien Testament dont 203 fois dans la Loi (le Pentateuque, ou « cinq livres » de Moïse : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome), soit 61 %, presque les deux tiers. Certes, la Loi raconte les patriarches, la sortie d’Egypte et le séjour au désert, périodes où s’imposait le campement. On remarque toutefois que le texte ne parle que de quatre générations de patriarches (Abraham, Isaac, Jacob et ses fils) et limite à quarante années le séjour au désert. La disproportion entre le volume de la Loi et la durée relativement brève de la période qu’elle relate interroge l’historien. Au lieu d’histoire objective, tout est disposé dans la Loi pour que l’image d’un Israël en quête d’une terre crève l’écran. On remarque surtout, pendant ces quarante années d’errance, la mise en place des institutions fondamentales de l’Israël installé plus tard en Canaan. Les éléments juridiques les plus anciens, concernant la vie séculière et le culte, trouvent alors leurs premières formulations.

Les deux corpus législatifs les plus importants, le Lévitique et le Deutéronome, y sont également intégrés. Ce montage suggère que l’important n’est peut-être pas l’installation en Terre promise – Moïse lui-même n’y entrera pas – mais la constitution d’un peuple dont l’identité lui est donnée par son Dieu. Une amie parfaitement étrangère à l’histoire d’Israël, comme à toute religion d’ailleurs, avec qui je parlais de la Bible, me dit un jour: Tes Israélites, au fond, ce n’est pas d’abord une terre qu’ils devaient habiter, mais leur Loi…  Le prophète Osée le pensait déjà, qui rêvait pour son peuple d’un retour au désert afin d’y retrouver son Dieu (Os 2,16).

Parcourir les évangiles à la recherche de ce que Jésus dit sur ce sujet est instructif. Ce peut être également ludique. À propos de l’entrée de Jésus dans le monde, le prologue de Jean porte une phrase qui intrigue. Bien que cela n’apparaisse guère dans nos traductions courantes, c’est bien : « Il a dressé sa tente parmi nous » qu’il faut comprendre au verset 14, et pas simplement le banal : « Il a habité parmi nous. » De loin, cela revient au même, mais pour ce qui nous intéresse ici, cela change tout. Cette précision ne restitue pas d’abord l’effet poétique d’une possible métaphore, que le lecteur saura apprécier. Elle indique que Jésus assume l’errance historique de son peuple et lui confère la plénitude, à la fois divine et humaine, de l’incarnation historique du Verbe.

Demeurer, se poser         

Quelques versets plus loin, deux disciples entendent Jean Baptiste désigner Jésus : « Voici l’agneau de Dieu. » Ils lui emboîtent le pas jusqu’à ce que Jésus se retourne : « « Que cherchez-vous ? » – « Maître, où demeures-tu ? » – « Venez et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui, ce jour-là ; c’était la dixième heure. » (Jn 1,38-39). Quand on sait ce que l’évangéliste fait du verbe « demeurer », on doute fort que Jésus se soit contenté de faire visiter son logis. Celui-ci, d’ailleurs, devait être modeste si l’on se fie à la réponse donnée un autre jour à quelqu’un qui voulait le suivre : « LeFils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête » (Mt 8,20). Pas de quoi prolonger la visite jusqu’à la dixième heure ! Au terme d’une rétrospective forte, précise et savoureuse des patriarches d’Israël, la lettre aux Hébreux dresse un bilan positif qui reste toutefois ouvert à une ultime perspective : «Dans la foi, ils moururent tous, sans avoir obtenu la réalisation des promesses, mais après les avoir vues et saluées de loin et après s’être reconnus pour étrangers et voyageurs sur la terre. Car ceux qui parlent ainsi montrent clairement qu’ils sont à la recherche d’une patrie ; et s’ils avaient eu dans l’esprit celle dont ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner ; en fait, c’est à une patrie meilleure qu’ils aspirent, à une patrie céleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu ; il leur a, en effet, préparé une ville  » (He 11,13-16). La lettre aux Hébreux rejoint ainsi la ville définitive de l’Apocalypse dont la description fastueuse s’inspire largement de la vision d’Ézéchiel. Après le tour des curiosités urbaines propres à ce lieu, le visiteur visionnaire marque soudain l’arrêt : «Mais de temple, je n’en vis point dans la cité, car son temple, c’est le Seigneur, le Dieu tout puissant ainsi que l’Agneau.» L’apothéose. Dans la ville définitive, cité peut enfin rimer avec laïcité, un même Dieu pour tous ; et finies, les religions. 

 

Publié dans | Pas de Commentaires »

Dieu soigne-t-il ?

Posté par rtireau le 18 février 2015

Capture d’écran 2015-02-18 à 11.48.08

.

Dieu soigne-t-il ?

Marion Muller

théologienne protestante

Qui est notre Dieu ? Un juge, un garant, contre lequel nous nous retournons à chaque épreuve ? Ou le Dieu de la vie, jusque dans la maladie ou l’agonie ?

J’aime la question ainsi posée : « Dieu soigne-t-il ? » Je l’ai pourtant rarement entendue, dans la litanie des questions collectées au chevet de patients auxquels je rendais visite, dans mon ministère d’aumônerie en milieu hospitalier. J’ai entendu, souvent : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? » Ou : « Vous croyez que Dieu va me guérir, Madame la Pasteur ? » Ou encore : « Comment je pourrais croire encore en Dieu avec tout ce qui m’arrive ? » Et chacune de ces questions, chez moi, en suscitait une autre : « Quel est le Dieu en lequel vous croyez ? »

Cette interrogation, je la gardais pour moi, la plupart du temps. Mais je savais qu’elle était la clef de l’accompagnement, l’enjeu de la rencontre. Et souvent, à mesure des visites, à longueur de patience, dans la logorrhée de ceux que l’angoisse fait parler, dans le silence de ceux à qui elle coud la bouche, je découvrais une image de Dieu comme on soulève, avec délicatesse, un pansement sur une plaie. Car il existe, parmi les images que nous nous en faisons, un Dieu qui fait mal. Il existe une foi qu’on porte en soi comme une blessure. Une foi malade que l’expérience extrême de la vulnérabilité met à vif. Dans la Bible, c’est Job qui, le premier, fait l’expérience d’une foi délétère qui le sépare d’un Dieu dont il aura finalement la superbe intuition : celui qu’il n’appelle plus son tortionnaire, mais son défenseur, son goël, en hébreu (Job 19, 25).

 

Dis-moi qui est ton Dieu

Pour répondre à la question « Dieu soigne-t-il ? », il faut un préalable qui pourrait se formuler ainsi : « Dis-moi qui est ton Dieu, je te dirai s’il soigne ».

J’ai demandé à Job, au début de son histoire, qui était son Dieu. Il m’a répondu : « C’est le Dieu de la rétribution. C’est un Juge qui se tient en haut lieu, un Garant qui assure que les justes reçoivent leur lot de bonheurs et les impies leur lot de malheurs ». J’ai eu peur pour mon ami Job : ce Dieu-là ne soigne pas. Il exécute des sentences. Comment pourrait-il lui venir en aide si un jour Job tombait malade ? Mais d’après Job, « tomber malade » ne pouvait pas lui arriver : il était juste et pieux, le Dieu Juge et Garant le protégeait. Arriva, pourtant, le malheur.

C’est une histoire vieille de plusieurs millénaires que celle de Job. Et pourtant, combien de fois ai-je retrouvé ce vieux frère dans un lit d’hôpital, meurtri d’avoir perdu ses certitudes, son assurance ? Combien sommes-nous à penser plus ou moins consciemment que le malheur n’arrive qu’aux autres ? Et lorsqu’il arrive, combien sommes-nous à nous sentir punis par un Dieu auquel, jusqu’alors, on croyait à peine ?

Alors, comme Job, nous subissons la double peine : à la détresse physique et psychologique s’ajoute la détresse spirituelle de se sentir mal-aimé. A la maladie  s’ajoute le sentiment de la malédiction.  

 

Les premiers secours spirituels

 Je ne sais pas pourquoi certains tombent malades et d’autres non. Pourquoi certains se relèvent et d’autres meurent. Je sais seulement que dans ce que Maurice Bellet nomme si justement la traversée de l’en-bas, l’image d’un Dieu tortionnaire accable davantage, enfonce encore plus profondément dans le malheur.

Un doctorat de théologie ne suffit pas à connaître la hauteur, la largeur, la profondeur de Dieu. Mais plonger dans la très concrète réalité qu’est le monde de l’hôpital m’a rendue pragmatique : si la foi n’est pas un moteur, si elle n’est pas source de paix, de libération et de réconfort dans le grand malheur, si elle n’est pas l’occasion de se rapprocher du Dieu qui soigne, alors c’est une foi malade qu’il faut, dans la mesure du possible, revisiter.

L’urgence spirituelle, quand l’épée de Damoclès qui menace chacune de nos vies se fait dangereusement proche, c’est peut-être de faire alliance avec le Dieu qui soigne. Déblayer les mauvais catéchismes qui nous ont laissé entendre que Dieu, selon l’expression du Satan dans le livre de Job, nous a « protégés d’un enclos » (Job 1,10). Ce Dieu garant de notre invulnérabilité devient nécessairement tyran dans notre malheur.

Ce Dieu garant, pourtant, est mort sur la Croix. Dans mon expérience d’aumônier, je l’ai vu mourir dans des chambres d’hôpital où aucun curriculum vitae n’aurait pu justifier qu’il faille en passer par de telles agonies. Si Dieu n’est plus le garant de ma sécurité, s’il n’est pas celui qui me protège de tout mal et de toute souffrance, alors qui est-il ?

 

Et si l’on ne guérit pas ?

Il faut bien admettre que « soigner » est souvent entendu comme un euphémisme de « guérir ». Or ce sont deux actions, deux visées tout à fait différentes, du point de vue très concret de la peur qui habite une personne atteinte d’une maladie grave. Ce qui intéresse cette personne, dans un premier temps, c’est de savoir si elle va s’en sortir. Vivante. Physiquement vivante. On est prêt à renoncer à beaucoup de choses, à passer par de lourdes épreuves physiques, lorsqu’on est pris par l’urgence de survivre. Le soin, peu importe. Prendre soin semble dérisoire devant l’enjeu de la guérison.

Mais tout chemin peut se faire. Et selon les étapes nommées par Elisabeth Kûbler-Ross, après le déni, la révolte, le marchandage, la dépression, vient parfois l’acceptation.

Lorsqu’une personne en vient à envisager que peut-être, elle ne guérira pas, quelque chose peut commencer. Quelque chose qui n’est plus nécessairement se battre pour guérir, mais prendre soin. Dans le concret du corps, les unités de soins palliatifs œuvrent sans relâche non seulement pour le confort, contre la douleur, mais aussi pour soigner l’image que la personne a d’elle-même… Dans le concret de l’esprit, je crois en un Dieu qui soigne sans relâche et relève la personne en l’appelant par son nom, en lui rappelant son indéfectible valeur. Un Dieu subversif qui, en toute circonstance, est le révélateur de notre santé.

 

Être sain devant Dieu

On peut être condamné par les médecins et être sain devant Dieu, voilà la bonne nouvelle de l’Évangile. Elle n’est pas lettre morte ou simple effet de langage. Passez une journée dans un hôpital et vous trouverez des médecins malades et des malades qui guérissent ceux qui leur rendent visite. J’ai été guérie plus souvent qu’à mon tour par des êtres décharnés qui, du point de vue de la société, représentaient une charge considérable et plus aucune chance de productivité. Je ne dis pas que cela se passe toujours comme cela. Je dis ce que je crois fondamentalement : il est toujours possible que cela se passe ainsi. Dieu soigne, car seul son regard peur garantir notre irréductible dignité er la puissance permanente de nos recommencements.

 

Vivants pour l’éternité

Lorsque Jésus guérit, dans les évangiles, il parle et il donne la parole. Il pousse celui qui réclame la guérison à dire qui il est. À l’aveugle de Jéricho, Jésus pose cette question a priori incongrue : « Que veux-tu que je te fasse ? » (Marc 10, 51). Il aurait pu supposer qu’un aveugle attendait de lui qu’il lui redonne la vue. Mais Jésus ne suppose rien : il parle, il interroge, il sonde notre désir. « Ta foi t’a sauvé », ainsi conclut-il grand nombre de ces rencontres qui guérissent ceux qui croisent son chemin.

Je crois que ces personnes guérissent d’avoir été soignées. Qu’un homme, que la rumeur dit être tantôt un prophète, un fou ou le messie, que cet homme-là les regarde, les touche, qu’il voie avant tout la santé de leur élan, de leur confiance, de leur foi – ce seul regard décrète déjà l’obsolescence de leur statut d’infirmes ou de malades.

C’est peut-être d’avoir fait alliance avec le Dieu qui soigne qui a permis, à certaines personnes que j’ai rencontrées dans mon ministère, de mourir guéries. Car Jésus affirme que « Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants ; car pour lui, tous sont vivants » (Luc 20, 38). Voilà une autre superbe subversion de l’Évangile : notre espérance, non pas de ne jamais mourir, mais d’avoir été vivants devant Dieu, tant et si bien que nous le resterons dans l’Éternité. 

Publié dans | Pas de Commentaires »

Recueil 16

Posté par rtireau le 31 décembre 2014

rose-violet

 

Transforme-moi en télévision

Seigneur, toi qui es bon et qui protèges les petits de la terre, je voudrais te demander une grande faveur : transforme-moi en télévision, pour que mes parents s’occupent de moi comme ils s’occupent  d’elle, pour qu’ils montrent le même intérêt à mon égard qu’à son égard. Car c’est grâce à la télévision que ma maman peut voir son feuilleton préféré et que mon papa peut écouter les dernières informations.

Je voudrais tant parler comme certains animateurs de la T.V. : quand ils parlent, toute la famille se tait pour les écouter avec grande attention, et sans jamais les interrompre. Je voudrais tant qu’on ait pour moi cette même préoccupation qui anime mes parents lorsque parfois la T.V. est en panne, et que très vite ils appellent un technicien. Je voudrais être une T.V. pour être le meilleur ami de mon papa et de ma maman, et devenir leur héros préféré.

Seigneur, s’il te plaît, fais que je sois une télévision – même si ce n’est que pour un seul jour.

 

Un forgeron du Moyen Âge 

Un jour, un forgeron se retrouva en prison ? Pourquoi donc y fut-il jeté ? En ce temps-là, il fallait souvent peu de choses pour être mis au cachot : ce villageois avait déplu à son châtelain. Aussitôt enfermé, il examina de près la lourde chaîne qui le liait. Car comme il était un habile artisan, il se proposait de rechercher attentivement le défaut de la chaîne.

Alors, bien entendu, il pourrait exploiter ce défaut pour se libérer. N’était-il pas un bon forgeron, plein d’expérience ? Mais comme la nuit était tombée, il remit cette tâche au lendemain.

Après une nuit pénible, dès le premier rayon de soleil à travers le soupirail, cet homme passa à la réalisation de son projet, convaincu qu’il arriverait sûrement à trouver le maillon le plus faible. Mais son espoir est de fort courte durée, car il s’aperçoit vite que c’était lui-même qui avait forgé cette chaîne, dans son propre atelier. Et vraiment, c’était une chaîne sans défauts, qu’il avait vendue naguère au châtelain.

Il s’agit pour nous de regarder de près ce qui nous entrave et de reprendre en mains chacun des maillons ; peut-être que nous avons forgé le premier anneau, le deuxième, et tous les autres encore. Souvent, c’est bien notre propre chaîne qui nous lie. Qui pourra alors nous en délivrer ?

 

Un homme riche

Un homme, dont la richesse avait endurci le cœur et qui se sentait malheureux, s’en vint trouver un Rabbi, dans l’espoir de retrouver la joie. Le Rabbi lui dit : “Regarde par cette fenêtre et dis-moi ce que tu vois. – Je vois des hommes dans la rue qui vont et qui viennent”.

Alors, le Rabbi lui tendit un miroir et lui dit : “Regarde dans ce miroir et dis-moi ce que tu vois.” L’homme reprit : “Je me vois moi-même. -Et tu ne vois plus les autres ? Songe que la fenêtre et le miroir sont tous les deux faits avec la même matière première, le verre ; mais le miroir ayant été recouvert d’argent par derrière, tu n’y vois plus que toi-même tandis que tu vois les autres à travers la vitre transparente de la fenêtre. Je déplore d’avoir à te comparer à ces deux espèces de verre. Pauvre, tu voyais les autres et tu en avais compassion. Couvert d’argent, tu ne vois plus que toi-même. Sans doute vaut-il mieux gratter le revêtement d’argent, pour qu’à nouveau tu puisses voir les autres.”

 

Un jour le roi Salomon

Épris de justice, chacun le sait, le grand roi Salomon décida un matin de visiter la plus importante prison de son royaume afin de se rendre compte si nulle erreur n’avait été commise par les juges. A chaque prisonnier qu’il se fit présenter, le roi posait chaque fois la même question :

- Qu’as-tu fait ? Pourquoi t’a-t-on mis dans cette prison ?

- C’est une épouvantable erreur, lui répondait chacun, une terrible méprise, une injustice noire !

Et le roi d’écouter, sans rien dire, leurs affirmations.

Pourtant, il s’en trouva un pour répondre :

- Hélas ! Sire, moi je mérite pleinement ma peine, j’ai très mal agi et j’en ai honte.

Alors le roi Salomon appela les gardiens et leur dit :

- Faites tout de suite sortir cet homme de la prison, cet affreux criminel finirait par corrompre tous ces innocents. Il n’est pas digne de partager leur logis. Mettez-le en liberté sans attendre.

Conte oriental

 

Un sourire

Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup. Il enrichit ceux qui le reçoivent sans appauvrir ceux qui le donnent. Il ne dure qu’un instant, mais son souvenir est parfois éternel. Personne n’est assez riche pour s’en passer, personne n’est assez pauvre pour ne pas le mériter. Il crée le bonheur au foyer, soutient les affaires. Il est le signe sensible de l’amitié. Un sourire donne du repos à l’être fatigué, rend du courage aux plus découragés. Il ne peut ni s’acheter, ni se prêter, ni se voler, car c’est une chose qui n’a de valeur qu’à partir du moment où il se donne.

Et si quelquefois vous rencontrez une personne qui ne sait plus avoir le sourire, soyez généreux, donnez-lui le vôtre, car nul n’a autant besoin d’un sourire que celui qui ne peut en donner aux autres.

 

Un tissu qui s’élabore

Dans ce tissu, je peux être un fil, un trait de couleur… bleu profond, rouge éclatant, ou bien le fil de lin gris. Cette troisième couleur, au dire des tisserands, est la plus importante. Le gris neutre de tous les jours, celui qui fait chanter le bleu profond et le rouge éclatant ; celui qui est porteur d’harmonie.

N’avoir que ma propre couleur et de cela me réjouir, pour qu’elle apporte la joie et non la rivalité, comme si moi, bleu, j’étais l’ennemi du vert, comme si j’étais moi, ton adversaire.

Et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas entrer avec nous dans l’ouvrage ? Irai-je, les précédant, leur faire place pour qu’ils viennent librement de leurs propres couleurs se mêler au dessin ?

Il y a place pour tous. Et chaque fil vient apporter une continuité : non seulement ceux qui, à l’origine du travail ont été tendus d’un support à l’autre du métier, mais chaque fil. Un fil vient à se rompre : aussitôt le travail s’arrête et les mains patientes de tous les tisserands s’appliquent à le renouer. Chaque fil, même le plus lumineux, peut disparaître, tissé sous les autres. Il est cependant là, non loin même si notre œil ne le perçoit plus.

Maintenant c’est au tour du mien d’être lancé à travers la chaîne. Quand son trait aura cessé d’être visible, alors toute l’harmonie apparaîtra, harmonie de ma nuance mêlée à toutes les autres qui l’accompagnent jusqu’à ce qu’elle disparaisse.

Je ne sais ce qu’il adviendra de ce tissu. Le saurai-je jamais ? Un jour en verra-t-il l’avènement ? Ta face demeure ouverte, ô Toi ressuscité d’entre les morts.

Un tisserand de Finlande. Lettre de Taizé. Juin 1974

 

Une belle histoire

Deux amis marchaient dans le désert. A un moment, ils se disputèrent et l’un des deux donna une gifle à l’autre. Ce dernier, endolori mais sans rien dire, écrivit dans le sable : « Aujourd’hui mon meilleur ami m’a donné une gifle ».

Ils continuèrent à marcher puis trouvèrent un oasis dans lequel ils décidèrent de se baigner. Mais celui qui avait été giflé manqua de se noyer et son ami le sauva. Quand il se fut repris, il écrivit sur une pierre : « Aujourd’hui mon meilleur ami m’a sauvé la vie ».

Celui qui avait donné la gifle et avait sauvé son ami lui demanda : « Quand je t’ai blessé tu as écrit sur le sable, et maintenant tu as écrit sur la pierre. Pourquoi ? »

L’autre ami répondit : « Quand quelqu’un nous blesse, nous devons l’écrire dans le sable, où les vents du pardon peuvent l’effacer. Mais quand quelqu’un fait quelque chose de bien pour nous, nous devons le graver dans la pierre, où aucun vent ne peut l’effacer ».

Apprends à écrire tes blessures dans le sable et à graver tes joies dans la pierre.

                      

Une carte du monde déchirée

Le père lit le journal, mais son fils le dérange à tout instant. Agacé, il prend une vieille carte du monde, parue dans un journal, la déchire et en jette les morceaux à l’enfant : « Tiens, lui dit-il, refais cette carte. Cela t’occupera. »

Pas facile, n’est-ce pas, pour un petit gamin. Mais le père n’a pas fini de lire l’éditorial, que l’enfant revient tout rayonnant : «Voilà, papa, j’ai refait le monde. » En quelques minutes, il avait réussi cette mise en ordre.

« Comment as-tu fait ? », lui demande son père qui ne revient pas de son étonnement en constatant que chaque partie est vraiment à sa place. « Ce n’était pas tellement difficile, dit l’enfant. Au verso se trouvait dessiné un homme ; alors j’ai refait l’homme et le monde se trouvait refait du même coup. »

 

Une heure de ton temps

Un homme rentre chez lui, tard, comme d’habitude, fatigué et énervé. Son fils de 5 ans l’attend à la porte.

- Papa, je peux te poser une question ?

- Bien sûr !

- Papa, combien tu gagnes de l’heure ?

 - Ça ne te regarde pas ! Quelle question ! répond le père, en colère.

- Je voulais juste savoir… S’il te plaît, dis-le moi, papa.

- Si tu tiens à le savoir, je gagne 35 euros de l’heure.

- Oh ! murmure l’enfant, tête basse. Puis il lève la tête :

- Tu peux me prêter 10 euros, s’il te plaît papa ?

Le père est furieux.

- Si tu voulais savoir combien je gagne, juste pour m’emprunter de l’argent pour aller acheter une bêtise quelconque, tu peux filer dans ta chambre, et te coucher ! Serais-tu égoïste à ce point ? Je travaille dur et je n’ai pas de temps à perdre ainsi !

Le gamin s’en va et s’enferme dans sa chambre. Le père, lui, s’assoit, toujours très en colère. Au bout d’une heure, il se calme, et se dit qu’il a été quand même dur. Peut-être son fils voulait acheter quelque chose dont il avait besoin, quelque chose d’important à ses yeux. Alors il va dans la chambre de son fils.

- J’ai été un peu dur avec toi, voilà les 10 euros que tu voulais.

Le gamin se redresse, rayonnant.

- Merci Papa !

Puis, il sort des billets froissés de sous son oreiller, et les compte soigneusement.

- Pourquoi voulais-tu de l’argent, si tu en as déjà ? demande le père.

- Je n’en avais pas assez, Papa. J’ai 35 euros maintenant. Est-ce que je peux acheter une heure de ton temps ?

 

Une parabole de la transmission

Il y avait, dans un village de Pologne, un vieux rabbin, un sage, qui était le chef de la communauté juive. C’était l’époque des pogroms, de la misère, une époque de souffrances pour ce peuple de malmenés.

Ce rabbin, disait la légende, connaissait un merveilleux secret. Lorsqu’un danger se présentait, il allait dans un endroit bien précis de la forêt, à une heure bien précise de la nuit et récitait là une prière particulière qui attirait vers sa communauté les bienfaits de l’Éternel. Lui seul connaissait l’heure, le lieu et la prière. Et ce secret préserva ses ouailles de bien des difficultés.

Mais un jour, Dieu le rappela à lui.

Son fils prit sa suite à la tête du village. Un jour, une calamité se profila. Lui, le fils, connaissait l’heure de la prière mais ignorait le lieu où son père allait. Qu’importe, il entra à la bonne heure dans la forêt, et s’arrêta n’importe où. Il récita la prière que son père lui avait apprise. Et le miracle se produisit.

Lorsqu’à son tour il mourut, c’est son fils qui devint rabbin. Lui ne connaissait ni l’heure, ni le lieu mais, à son tour, lorsqu’une menace se présenta, il se résolut à entrer dans la forêt, à une heure au hasard, s’arrêta n’importe où et récita la prière. De nouveau, la communauté fut sauvée.

Plusieurs générations plus tard, un de ses descendants, qui n’avait qu’un vague souvenir de cette histoire, dut affronter un danger pour sa communauté. Il ne savait plus rien, ni de l’heure, ni du lieu, ni de la prière. Il alla donc dans la forêt la plus proche, s’arrêta n’importe où, et récita simplement un psaume qu’il avait en mémoire. La légende dit que le miracle se produisit et que la communauté fut encore une fois sauvée.

Publié dans | Pas de Commentaires »

Recueil 15

Posté par rtireau le 21 décembre 2014

jaune caca

Si …

Si la note disait : ce n’est pas une note qui fait une musique, il n’y aurait pas de symphonie.

Si le mot disait : ce n’est pas un mot qui peut faire une page, il n’y aurait pas de livre.

Si la pierre disait : ce n’est pas une pierre qui peut monter un mur, il n’y aurait pas de maison.

Si la goutte d’eau disait : ce n’est pas une goutte d’eau qui peut faire une rivière, il n’y aurait pas d’océan.

Si l’homme disait : ce n’est pas un geste d’amour qui peut sauver l’humanité, il n’y aurait jamais de justice et de paix, de dignité et de bonheur sur la terre des hommes.

Michel Quoist

 

Simon

Tous les jours, on le voyait entrer dans la vieille église du village, un solide édifice roman, fait de grosses pierres, et qui avait abrité bien des prières. Chaque jour, ce vieux bonhomme un peu voûté y pénétrait sur le coup de midi, quand sonnait l’angélus. Il n’y restait pas longtemps, mais il n’aurait jamais manqué ce rendez-vous.

La sacristine qui habitait sur la place le voyait entrer et sortir presqu’aussitôt. Inquiète, elle avertit Monsieur le curé. Sait-on jamais ! Aujourd’hui, il y a tant de malfaiteurs. Intrigué, il décida de se poster derrière une colonne et d’observer. Notre ami entrait, allait jusque devant l’autel, faisait une génuflexion pleine de dignité et s’en retournait. Plusieurs jours de suite, le curé observa le même rite. Il sortit enfin de sa cachette et interpella le mystérieux visiteur :

- Que fais-tu là ?

- Je viens faire ma prière, Monsieur le curé.

- Elle n’est pas très longue…

- Je sais. Je ne suis pas capable de mieux, mais elle lui suffit.

- Tu n’as même pas le temps de réciter un Ave Maria.

- Oh non ! Je dis simplement : Bonjour Jésus, c’est Simon !

Un jour, on ne vit plus Simon au village. La vieillesse gagnait du terrain. On l’avait trouvé presque inanimé et on l’avait emmené dans un hospice. Là, il était très bien soigné, mais personne ne venait le voir. Pourtant, il avait l’air heureux, surtout vers midi. A cette heure-là, chaque jour, son visage rayonnait. Sans doute s’agenouillait-il dans l’église de son cœur et redisait-il la même prière : “Bonjour Jésus, c’est Simon !”  

C’était le dimanche de Pâques. Midi approchait. En cette belle journée printanière, Simon était endormi sur son lit. Un rayon de soleil illuminait son visage serein. Au milieu du sommeil, il se mit à sourire. Il rêvait. Il vit quelqu’un de beau et de lumineux s’approcher de lui. Lentement. Paisiblement. Le regard plein d’amitié. Et puis, d’un geste de la main, cet inconnu le salua et lui dit : “Bonjour Simon, c’est Jésus !”

De ce rêve-là, Simon ne s’est jamais réveillé. C’était sa Pâque éternelle.

 

Socrate au marché

En véritable philosophe qu’il était, Socrate était d’avis que toute personne sage devait mener une vie frugale. Lui-même ne portait même pas de chaussures. Pourtant il tombait constamment sous le charme du marché et s’y rendait souvent pour regarder toutes les marchandises qui y étaient exposées. À l’un de ses amis qui lui demandait pourquoi, Socrate dit : « J’aime aller là et découvrir le nombre de choses sans lesquelles je suis parfaitement heureux. »

La spiritualité, c’est non pas savoir ce que l’on veut, mais comprendre ce dont on n’a pas besoin.

 

Son meilleur outil

Il avait été annoncé que le diable allait se retirer des affaires et mettre ses outils en vente. Le jour de la vente, les outils étaient exposés : d’une manière attrayante : malice, haine, envie, jalousie, sensualité, fourberie, tous les instruments du mal étaient là, chacun marqué de son prix. Il y avait aussi un outil en apparence inoffensif, très usé, mais dont le prix était supérieur à tous les autres. Quelqu’un demanda au diable ce que c’était.

- C’est le découragement, répondit-il.

- Pourquoi le vendez-vous aussi cher ?

- Parce qu’il est plus utile que n’importe quel autre. Avec ça, je puis entrer dans n’importe quel homme, et une fois à l’intérieur, le manœuver de la manière qui me convient le mieux.

- Pourquoi est-il usé ?

- Parce que je l’emploie avec presque tout le monde. Mais très peu de gens savent qu’il m’appartient.

Le prix fixé pour le découragement était si élevé que l’instrument n’a jamais été vendu. Le diable en est toujours possesseur, et il continue à l’utiliser.                              

 

Sur la route d’Emmaüs

Sur la route, ils étaient deux. Les voici trois. Jésus est avec eux qu’ils ne savent pas.

Mon Dieu, mon Dieu, ton rendez-vous sera-t-il donc toujours en chemin ?  Et c’est donc en marche que nous avons le plus de chances de te rencontrer. Tu n’es donc pas un dieu de tout repos, un Dieu arrivé et installé, un dieu de trône et de maître-autel. Tu n’es donc toujours qu’un Dieu vagabond, un dieu d’Exode et sans domicile fixe. Ta seule demeure sera donc toujours la route ? Et il suffira que ces deux-là, sur la route d’Emmaüs, veuillent t’arrêter dans une auberge, qu’ils désirent t’installer, même provisoirement, pour que tu t’effaces de leurs yeux.

Sur la route, ils étaient deux. Ils se parlaient. Ils partageaient les mots de leur tristesse, les phrases de leurs regrets, le choc de cette mort en croix qui ressemblait trop à un assassinat.

Ils étaient deux sur la route, à se parler, les voici trois. Jésus est avec eux, qu’ils ne reconnaissent pas.

Mon Dieu, mon Dieu, C’est donc quand nous commençons d’oser nous parler, lorsque nous prenons le risque de l’échange, c’est donc lorsque nous tentons de communiquer que tu es là au milieu de nous ? Mon Dieu, c’est donc toujours toi qui te glisses dans notre conversation, au moment où nous nous y attendons le moins ? Mon Dieu, mon Dieu, c’est donc lorsque nous acceptions d’être deux que nous sommes trois.

                      

Tentation de vaine gloire…

Abba Gérase consentait une fois par an à aller prêcher à Antioche, et une grande foule de gens accourait pour l’écouter. Un jour, rentrant de sa mission, un frère lui demanda :

- N’es-tu pas tenté de vaine gloire en ayant tant de gens autour de toi ?

- Non, frère, répondit Gérase. Je pense que si j’étais crucifié, il y aurait encore plus de gens.

 

Tout est (propre) prêt

Seul dans ma maison, je décide de faire le ménage (il faut bien !) et de me faire un bœuf aux carottes qui me durera quelques jours. Je m’exécute. La maison est propre, le bœuf est bon. Voilà.

La semaine suivante, j’attends du monde : des amis très chers, les enfants. Je vais faire le ménage, je vais leur faire un bœuf aux carottes. Je sais qu’ils aiment ! Les mêmes gestes, la même recette, mais quelle différence. Ce n’est plus “tout est propre”, c’est “tout est prêt.”

 

Toute le monde, personne et chacun

Il était une fois quatre individus qu’on appelait : TOUT LE MONDE, QUELQU’UN, CHACUN et PERSONNE.

Il y avait un important travail à faire
et on a demandé à TOUT LE MONDE de le faire. TOUT LE MONDE était persuadé que QUELQU’UN le ferait. CHACUN pouvait l’avoir fait
mais ce fut PERSONNE qui le fit. QUELQU’UN se fâcha car c’était le travail de TOUT LE MONDE ! TOUT LE MONDE pensa que CHACUN pouvait le faire et PERSONNE ne doutait que QUELQU’UN le ferait. En fin de compte, TOUT LE MONDE fit des reproches à CHACUN
parce que PERSONNE n’avait fait
ce que QUELQU’UN aurait pu faire.

MORALITE : sans vouloir engueuler TOUT LE MONDE, il serait bon que CHACUN fasse ce qu’il doit faire sans nourrir l’espoir que QUELQU’UN le fera à sa place car l’expérience montre que là où on attend QUELQU’UN, généralement on ne trouve PERSONNE.

 

Tout seul !

Cela se passait sur le terrain de jeu d’un centre de rééducation fonctionnelle pour handicapés. Jean-François, dix ans, appareillé aux deux jambes, trébuche et tombe par terre. Passe son éducateur : “Christian, viens me relever !” – ”…” –  “Christian, viens me relever !” –  “…” L’éducateur se contente de le regarder avec un grand sourire.

Pleurant et tempêtant, Jean-François commence à s’appuyer sur ses bras, sur son derrière et finit par se remettre debout. Tout clopinant, il se jette sur Christian qui lui ouvre tout grand les bras, toujours souriant : “Tout seul ! Tu as vu je me suis relevé tout seul !” Et Jean-François de s’arrêter une seconde. Puis il dit dans un cri : “Non, pas tout seul ! Tu étais là.” – “Oui, Jean-François, répond Christian. Et je t’aiderai toujours. Mais comme ça !”

 

Toutes les forces

Le père observait son petit garçon qui cherchait à déplacer un vase de fleurs très lourd. Le cher petit se fatiguait, haletait et grommelait, mais ne réussit pas à bouger le vase d’un seul millimètre.

- “As-tu vraiment utilisé toutes tes forces ?” lui demanda le père.

- “Oui,” répondit l’enfant.

- “Non ! reprit le père, car tu n’as pas demandé mon aide.” 

Publié dans | Pas de Commentaires »

Recueil 13

Posté par rtireau le 14 novembre 2014

vert

Offrande lyrique de Tagore

J’étais allé, mendiant de porte en porte, sur le chemin du village lorsque ton chariot d’or apparut au loin pareil à un rêve splendide et j’admirais quel était ce Roi de tous les rois ! Mes espoirs s’exaltèrent et je pensais : c’en est fini des mauvais jours, et déjà je me tenais prêt

dans l’attente d’aumônes spontanées et de richesses éparpillées partout dans la poussière.

Le chariot s’arrêta là où je me tenais. Ton regard tomba sur moi et tu descendis avec un sourire. Je sentis que la chance de ma vie était enfin venue. Soudain, alors, tu tendis ta main droite et dis : “Qu’as-tu à me donner ?”Ah ! Quel jeu royal était-ce là de tendre la main au mendiant pour mendier ! J’étais confus et demeurai perplexe ;  enfin, de ma besace, je tirai lentement un tout petit grain de blé et te le donnai.

Mais combien fut grande ma surprise lorsque, à la fin du jour, vidant à terre mon sac, je trouvai un tout petit grain d’or parmi le tas de pauvres grains. Je pleurai amèrement alors et pensai : “Que n’ai-je eu le cœur de te donner mon tout !”                     

 

On dit

On dit que tu nous parles. Mais je n’ai jamais entendu ta voix de mes propres oreilles. Les seules voix que j’entends, ce sont des voix fraternelles qui me disent les paroles essentielles.

On dit que tu fais route avec nous. Mais je ne t’ai jamais surpris à mêler tes pas à ma propre marche. Les seuls compagnons que je connaisse, ce sont des êtres fraternels qui partagent la pluie, le vent, le soleil.

On dit que tu nous aimes. Mais je n’ai jamais senti ta main se poser sur mes propres épaules. Les seules mains que j’éprouve, ce sont des mains fraternelles qui étreignent, consolent et accompagnent.

Mais, si c’est toi, mon Dieu, qui m’offres ces voix, ces compagnons, ces mains, alors, au cœur du silence et de l’absence, tu deviens, par tous ces frères, parole et présence.

Béni sois-tu, mon Dieu !

            Paroisse de Clamart

 

On ne trouve que ce que l’on attend

Il était une fois un homme assis près d’une oasis, à l’entrée d’une ville du Moyen-Orient.

Un jeune homme s’approcha et lui demanda :

- « Je ne suis jamais venu ici. Comment sont les gens qui vivent dans cette ville ?”

Le vieil homme lui répondit par une question :

- « Comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ? »

- « Égoïstes et méchants. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’étais bien content de partir.”

- « Tu trouveras les mêmes ici »

Un peu plus tard, un autre jeune homme s’approcha et lui pose la même question :

- « Je viens d’arriver dans la région. Comment sont les gens qui vivent dans cette ville ?”

Le vieil homme répondit de même :

- « Dis-moi mon garçon, comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ?”

- « Ils étaient bons, bienveillants, accueillants, honnêtes. J’y avais de nombreux amis et j’ai eu beaucoup de mal à les quitter.”

- « Tu trouveras les mêmes ici,” répondit le vieil homme.

Un marchand qui faisait boire ses chameaux, avait entendu les deux conversations. Dès que le second jeune homme s’éloigna, il s’adressa au vieillard sur un ton de reproche :

- « Comment peux-tu donner deux réponses complètement  différentes à la question posée par deux personnes ?”

- « Mon fils, dit le vieil homme, chacun porte son univers dans son cœur. D’où qu’il vienne, celui qui n’a rien trouvé de bon par le passé ne trouve rien ici non plus. Par contre, celui qui avait des amis dans l’autre ville trouvera ici aussi des amis loyaux et fidèles. Car, vois-tu, les gens sont vis-à-vis de nous ce que nous trouvons en eux.”

 

Où demeure Dieu ?

Un vieux rabbin, à la dernière de ses leçons – car il va prendre sa retraite – demande ce jour-là directement à ses jeunes disciples : “Où demeure Dieu ?” Devant une pareille question, les jeunes gens se regardent étonnés, en se demandant si leur maître ne devenait pas fort vieux. Puis ils se mettent en devoir de proposer quelques unes de leurs réponses.

Un premier étudiant se lève pour dire : “Le Seigneur demeure au ciel maintenant !” Mais le vieux rabbin secoue sa longue barbe en signe négatif.

Un deuxième se risque à dire : “Au temple de Jérusalem résidait la Sainte Présence, mais les païens ont détruits notre Temple” (armée de Titus en 70) !

Et le vieux maître secoue à nouveau la barbe.

Un troisième prend alors la parole : “Le Seigneur est présent en tous lieux, car il est écrit : « Tout l’univers soit rempli de sa Gloire ! Amen ! »”.

Une nouvelle fois, le rabbin secoue négativement sa barbe.

Et voici enfin la réponse que le rabbin leur apporta lui-même : “Dieu demeure partout… où on le laisse entrer ! Le laisses-tu entrer ?”.

 

Où est Dieu ?

Latchou était un homme très pieux. Tous les jours, à son réveil matinal, il prenait son bain de tête rituel et partait aussitôt vers le Temple, son panier d’offrandes à la main. Il allait assister au culte du matin. Avec ferveur il priait : “Seigneur, je viens te rendre visite chez toi, sans que j’ai manqué un seul jour. Matin et soir, je te fais des offrandes, ne peux-tu pas venir chez moi ?”

Attentif à cette prière quotidienne, Dieu lui répondit enfin : “ Demain, je viendrai.”

Quelle joie pour Latchou ; il se met à laver à grande eau toute la maison. Il fait tracer devant le seuil des dessins en farine et en pâte de riz. A l’aube, il attache une guirlande de feuilles à l’entrée de sa maison. Les lampes à huile, à plusieurs mèches, sont allumées sur le banc que possède toute demeure indienne. Au centre de chaque dessin s’épanouit une belle fleur jaune de potiron. Et dans la salle de réception, des plateaux de fruits, de galettes sucrées et de fleurs s’étalent à profusion. Tout est prêt pour recevoir Dieu. Latchou se tient debout pour l’accueillir. L’heure du culte matinal approche.

Un petit garçon qui passe par là aperçoit, par la fenêtre ouverte, les plateaux de galettes. Il s’approche : “Grand-père, tu as beaucoup de galettes là-dedans, ne peux-tu m’en donner une ?” Latchou, furieux de l’audace du gamin, réplique : “Veux-tu filer, moucheron ; comment oses-tu demander ce qui est préparé pour Dieu ?” Et le petit garçon, effrayé, s’enfuit.

La cloche du temple a sonné. Le culte du matin est terminé. Latchou pense : “Dieu viendra après le culte de midi. Attendons-le…” Fatigué, il s’assoit sur le banc.

Un mendiant arrive et lui demande l’aumône. Latchou le chasse vertement. Puis il lave soigneusement la place souillée par les pieds du mendiant. Et midi passe. Dieu n’est toujours pas au rendez-vous. Le soir vient, Latchou tout triste attend toujours la visite promise.

Un pèlerin se présente à l’heure du culte du soir :

- “Permets-moi de me reposer sur le banc et d’y dormir cette nuit.”

- “Jamais de la vie, c’est le siège réservé à Dieu.”

La nuit est tombée. Dieu n’a pas tenu sa promesse, pense Latchou. Quel chagrin !

Le lendemain, revenu au Temple pour la prière du matin, le dévot renouvelle ses offrandes et fond en larmes : “Seigneur, tu n’es pas venu chez moi comme tu me l’avais promis. Pourquoi ?” Une voix lui dit alors : “Je suis venu trois fois et chaque fois, tu m’as chassé.”

 

Pas un fardeau, mon frère

Sur un sentier raide et pierreux, j’ai rencontré une petite fille qui portait sur le dos son jeune frère. “Mon enfant, lui dis-je, tu portes un lourd fardeau.” Elle me regarda et dit : “Ce n’est pas un fardeau, monsieur, c’est mon frère.”

Je restais interdit. Le mot de l’enfant s’est gravé dans mon cœur. Et quand la peine des hommes m’accable, que tout courage me quitte,le mot de l’enfant me rappelle : “Ce n’est pas un fardeau que tu portes, c’est ton frère.”                          

 

Performance

Comment se fait-il que votre regard soit tombé sur ce texte ? Par quel hasard, quelle prétention de ma part, quelle imprudence de la vôtre, sommes-nous mis en présence ? Dans le flot des informations qui nous parviennent, pourquoi celle-là plutôt qu’une autre ? Tous nous sommes des encombrés. Nos voitures se touchent, nos pare-chocs se frôlent et font du mieux qu’ils peuvent pour ne pas se choquer. Nos journaux foisonnent, nos lignes sont entrelacées, nos dialogues se superposent. Aussi, faut-il continuer, ne pas se taire, parler encore, fabriquer un message, un discours, un véhicule, une fusée, tirer, viser, aller plus haut, plus vite, plus loin, établir un nouveau score, une performance jamais atteinte : par exemple dire un mot à son voisin, un mot qui serait compris.

                                                            Pierre Schaeffer

 

Petit bonheur de grain de blé

Le grain de blé est parfaitement heureux dans son grenier. Pas de gouttière, pas d’humidité, et les autres grains de blé sont très gentils… Petit bonheur de grain de blé dans un grenier.

Comme le grain de blé est très pieux, il remercie Dieu du bonheur qu’il lui accorde. Il a raison de remercier Dieu. Seulement, attention ! Un dieu qui ne serait que l’auteur et le garant du petit bonheur de grain de blé dans un grenier, même si ce bonheur est tout à fait légitime, un tel Dieu n’existe pas, il est une idole.

Un jour, on charge le tas de blé sur une charrette et l’on sort dans la campagne. Il y a le soleil, le ciel bleu, les arbres, les oiseaux, les fleurs. La campagne est encore plus belle et plus agréable que le grenier et le grain de blé remercie Dieu de plus belle. Mais il s’adresse toujours à un dieu qui n’existe pas.

Et voilà qu’on arrive sur la terre fraichement labourée. On verse le tas de blé sur le sol et voici qu’on enfonce le grain de blé dans la terre. Il ne voit plus rien, n’entend plus rien. Il sent l’humidité qui le pénètre. Il se décompose, il va mourir. Alors à ce moment-là il s’écrie : “Si Dieu existait, de telles choses n’arriveraient pas.” C’est dommage, car c’est à moment-là qu’il s’agit du vrai Dieu : celui qui existe vraiment, celui qui le transforme pour le faire passer de l’état de grain à l’état d’épi.

Le seul Dieu qui existe est celui qui nous fait croître, passer d’une condition simplement humaine à une condition d’homme divinisé. Il n’y a pas de croissance sans transformation; il n’y a pas de transformation sans mort et nouvelle naissance.

                                                Père Varillon

 

Petites béatitudes

Bienheureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes : ils n’ont pas fini de s’amuser.

Bienheureux ceux qui savent distinguer une montagne d’une taupinière : il leur sera épargné bien des tracas.

Bienheureux ceux qui sont capables de se reposer, et de dormir sans chercher d’excuses : ils deviendront sages.

Bienheureux ceux qui savent se taire et écouter : ils en apprendront des choses nouvelles !

Bienheureux ceux qui sont assez intelligents pour ne pas se prendre au sérieux : ils seront appréciés de leur entourage.

Heureux êtes-vous si vous savez regarder sérieusement les petites choses et paisiblement les choses sérieuses : vous irez loin dans la vie.

Heureux êtes-vous si vous savez admirer un sourire et oublier une grimace : votre route sera ensoleillée.

Heureux êtes-vous si vous savez vous taire et sourire même lorsqu’on vous coupe la parole, lorsqu’on vous contredit ou qu’on vous marche sur les pieds : l’Evangile commence à pénétrer votre cœur.

Bienheureux  surtout vous qui savez reconnaître le Seigneur en tous ceux que vous rencontrerez : vous avez trouvé la vraie lumière, vous avez trouvé la véritable sagesse.

Joseph Folliet

 

Plus loin…

Le soleil est levé, il est même sur la plage, sur le sable et dans l’eau… Une famille avance sur le sable fin. Les enfants choisissent un territoire pour le château de sable. Le papa redevient le plus grand des enfants. Et montent les créneaux, les tours, la citadelle. « On finira demain. Les enfants, venez, venez dans l’eau ! »

Le père s’avance, tenant la main du petit dernier. L’eau surprend. Elle est froide encore. Le vent pousse les vagues qui claquent sur la peau. L’enfant a peur, veut s’arrêter, revenir au château dans la tiédeur du sable. Il crie, il pleure, se révolte, refuse de laisser sa main dans celle de son père, qui le tire en avant, doucement, dans les vagues et le vent. « Non. Non, je ne veux pas y aller. » Il s’affole, hurle et cogne.

Le père avance encore et, lentement, apprend à son enfant à sauter dans les vagues, à brasser franchement cette eau qui le bouscule, à se rire des flots qui ne font que passer, à danser dans la mousse où l’eau se mêle au vent. Les pleurs se changent en rire, en cris de joie et de victoire. L’effort devient un jeu.

Maintenant, c’est l’enfant qui tire son papa pour s’en aller plus loin.

Publié dans | Pas de Commentaires »

12
 

boutiqueesoterique |
Entre Dieu et moi paroles d... |
Eglise de Maison |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Vous connaîtrez la vérité e...
| CHORALE "VOIX DES ANGES" D'...
| Le son de la trompette