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Recueil 31

Posté par rtireau le 17 mai 2019

bleu-violet

 

La parabole des deux sentinelles. 

Il était une fois un prince qui décida de chercher la seule chose qui lui manquât : le bonheur. Il commença par clouer l’aiguille de son baromètre sur beau fixe et immobilisa la girouette qui le mettait de méchante humeurquand elle était mal tournée. Il avait remarqué que l’homme est sensible aux états d’âmequi décident de notre bonheur ou de notre malheur.Il recruta deux augures.

- On m’appelle l’Espérance,dit gaiement la première créature, et à son air enjoué sans raison, le prince craignit d’avoir affaire à une illuminée.

- On m’appelle la Crainte, dit l’autre. Ses yeux hagards évoquaient l’anxiété.

Le prince fut surpris de constater à quel point les deux augures étaient différents. 

- Pourquoi es-tu verte, toi ?

- Parce que je suis l’Espérance ! pouffa la première, c’est évident.

- Et toi, pourquoi es-tu bleue ?

-Je tiens ça de ma mère : on l’appelle la peur.

Le prince en fit ses deux sentinelles dévouées, chargées de veiller sur ses sentiments. Elles faisaient la pluie et le beau temps dans le cœur de leur maître qui était au supplice chaque jour à cause de leursinformations contradictoires. 

Ainsi l’Espérance lui lançait avec fougue : 

- Vois comme il fait beau ! Qu’attends-tu pour être heureux ? 

Et la Crainte  attirait sa vigilance :

- Quand tout semble au beau fixe, méfie-toi : ça cache toujours quelque chose. 

Le jour où un orage éclata dans le cœur du prince, la Crainte lui annonça victorieuse :

- Je te l’avais bien dit. Vois : j’ai toujours raison !

Le prince convoqua l’Espérance :

- Pourquoi m’as-tu menti ?

L’espérance sourit :

- Homme de peu de foi ! Certes, après le coup de foudre vient l’orage. Mais ensuite,le ciel devient pur et lumineux, et le paysage très beau. Simplement, il faut savoir attendre la fin de l’orage. 

- Ne l’écoute pas, dit la Crainte,la vie est une fontaine : elle pleure toujours.

L’Espérance rectifia :

- La vie est une fontaine : elle chante toujours. Il suffit de savoir l’écouter.

Crainte, remarqua le prince, ça rime avec complainte. Et Espérance avec enfance. Et il décida d’accorder un peu moins de crédit à la Crainte.

- À quoi sert la sagesse, se dit-il, sice n’est qu’appréhension du lendemain ? Les meilleures choses ont une fin. Mais elles ont aussi un commencement. Alors, commençons d’être heureux. Où puiserait-on la joie des retrouvailles s’il n’y avait pas de séparation ?

Le prince rendit sa liberté à l’aiguille du baromètre, et à la girouette. Le soir même, elle avait épousé le sud est, et le prince tira ses volets avec satisfaction. Quelques heures plus tard, il crut entendre le grincement de l’ouest. Mais, il s’en remit à la Providence et s’empressa de s’endormir surl’image de la girouette qui flirtait avec le vent du sud.

Le lendemain, le prince connut sa première journée de bonheur : tout était maussade et sombre autour de lui, mais son cœur était resté au beau fixe. Il avait décidé d’employer l’Espérance à temps complet et d’en faire la sentinelle exclusive de son Etat d’âme.

 

Bon mots et facéties des Pères du désert

Un ancien fit remarquer : « Ainsi va la vie ; lorsque nous sommes devenus assez grands pour attraper le pot de miel, nous n’en avons plus envie. » 

 

Bon mots et facéties des Pères du désert

Le diable, déguisé en pauvre, était venu frapper à la porte d’un monastère pour tenter les frères. Il frappe, pas de réponse. Il frappe, il appelle ; derrière la porte, on lui répond enfin : « Que veux-tu ? » « Je suis une pauvre (un pauvre diable ?) dit le diable. J’ai besoin de votre aide. » On lui répond : « Laisse-nous, nous sommes en train de prier. » Alors le diable se réjouit : « Inutile d’entrer, remarque-t-il. Je suis déjà à l’intérieur. » Comme il se cache à l’intérieur de toute enceinte dont la porte est solidement close.

 

Poteau indicateur

Le jour du marché, comme tous les samedis matins, un homme si tient derrière sont stand biblique, entre un apiculteur et un marchand de fruits et légumes. Un tout petit stand : une table avec quelques Bibles, et des Nouveaux Testaments. Les gens passent ; les uns saluent discrètement et sourient, les autres hâtent le pas devant le stand, ou même tournent le dos.
Quelqu’un s’approche :

- Monsieur, vous êtes là depuis huit ans par tous les temps, je ne vous vois pas souvent vendre vos livres. Est-ce que ça marche ?

- Monsieur, est-ce que vous demandez à un poteau indicateur s’il marche bien ? Quel est son rôle ? C’est de vous indiquer une direction, non ? Eh bien c’est mon rôle ici : je montre une direction au monde qui court toujours plus vite et qui se perd…

 

Cracher vers le ciel.

A un homme qui blasphémait contre Dieu, abba Sisoès dit un jour : “Quand la colère te fait cracher contre le ciel, tu finis toujours par te cracher sur la tête.”

 

Il ne parle que de lui.

Abba Macaire et abba Bessarion s’entretenaient au sujet d’un frère.

- Je ne l’ai jamais entendu parler mal de qui que ce soit, dit le premier.

Et l’autre d’ajouter :

- Ce sera sans doute parce qu’il ne parle que de lui…

 

Une bonne homélie.

Un higoumène alla trouver un ancien :

- Abba, comment doit-être une homélie ?

- Une homélie, lui répondit-il, doit avoir un bon commencement et une bonne fin. Puis tu fais en sorte que le commencement et la fin soient le plus rapproché possible.

 

Le petit chien

Iln’y avait pas tellement longtemps qu’ils avaient pris leur retraite. Ils en avaient tellement rêvé ! Ilsavaient alors déménagé à la périphérie de la commune.

Mais voilà… Au bout déjà de deux ou trois ans, ils commençaient à s’ennuyer. Les amis, les voisins de toujours, la bouchère si sympathique et l’épicière si serviable leur manquaient un peu. Les copains de travail aussi. Lesenfants habitaient loin et ne pouvaient pas venir souvent. 

Alors, un jour, pour rompre la monotonie de l’existence, Madame eut envie d’acheter un petit chien. Quand je dis un petit chien, je ne veux pas dire un jeune chien, mais un chien de très petite race, un de ces petits chiens nains qu’on pourrait mettre, semble-t-il, dans la poche de son pardessus.

Quand Monsieur vit le petit chien, il ne dit rien, ne fit aucune réflexion… IIdescendit seulement dans son atelier et en remonta une heure plus tard avec un joli panneau destiné à être accroché à la barrière : Attention au chien ! 

Madame prit une mine contrariée : « Tu te moques de moi, tu ne veux pas dire que tu es contrarié parce que j’ai acheté ce petit chien. Alors tout ce que tu as trouvé, c’est de faire ce panneau ridicule et parfaitement inutile !… »

Monsieur se récria : « Pas du tout !...Pas du tout !... »Et il redescendit dans son atelier avec le panneau. Il remonta deuxheures plus tard avec un panneau plus grand et flambant neuf, où il s’était appliqué à écrire : Faites attention an chien : ne marchez pas dessus !

Perjean

Le paradis.

Un samouraï se présenta devant le maître Zen Hakuin et lui demanda :
- Y a t-il réellement un paradis et un enfer ?
- Qui es tu ? demanda le maître
- Je suis le samouraï … »
- Toi, un guerrier s’exclama Hakuin. Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t’avoir à son service ? Tu as l’air d’un mendiant.
La colère s’empara du samouraï. Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :
- Ah bon, tu as même un sabre !? Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête.
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt à frapper le maître. A ce moment celui-ci dit:
- Ici s’ouvrent les portes de l’enfer.
Surpris par la tranquille assurance du moine, le samouraï rengaina et s’inclina.
- Ici s’ouvrent les portes du paradis, lui dit alors le maître.

 

La patience.

Un jeune lettré venait d’être reçu au concours de mandarin. Avant de rejoindre sa première affectation officielle, il organisa une fête avec ses condisciples pour célébrer l’évènement. Au cours de la soirée, l’un de ses amis, qui était déjà en poste depuis quelque temps, lui donna ce conseil :
– Surtout n’oublie pas : la plus grande vertu du mandarin est la patience.
Le fonctionnaire novice salua respectueusement son aîné et le remercia chaleureusement pour cette précieuse recommandation.
Un mois plus tard, au cours d’un banquet, le même ami lui préconisa encore de bien s’appliquer à la patience. Notre jeune lettré le remercia avec un sourire amusé.
Le mois suivant, ils se croisèrent dans les couloirs feutrés d’un ministère. L’aîné attrapa la manche du cadet, le tira vers lui et lui souffla dans l’oreille son sempiternel conseil. L’autre, contrairement à l’étiquette ouaté qui était de rigueur dans les bâtiments officiels, retira brusquement sa manche de soie et s’écria :
– Tu me prends pour un imbécile ou quoi ? Voilà trois fois que tu me répètes la même chose !
Pendant qu’un cortège de dignitaires outrés se retournait, le mentor déclara :
– Tu vois, j’ai bien raison de le répéter. Mon conseil n’est pas si facile à mettre en pratique !

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Homélie

Posté par rtireau le 31 janvier 2019

4° dimanche dans l’année C - 3 février 2019

Jérémie 1, 4-5.17-19 ; Psaume 70 ; 1 Corinthiens 12, 31; 13, 1-13 ; Luc 4, 21-30

La lettre de Paul aux Corinthiens nous propose une réalité sublime de la vie humaine. L’amour dépasse l’amour, l’amour défie tout, même l’usure du temps et de nos humeurs. On sait que Corinthe était le grand carrefour du Moyen-Orient. Comme tous les ports du monde, c’était le lieu de brassage des peuples, un lieu où la rencontre durait le temps de l’ancrage. On se rencontrait rapidement, sans lendemain. C’est dans ce contexte que Paul a envoyé sa lettre d’amour à la communauté chrétienne qui vivait là. 

On se demande comment un auteur d’il y a vingt siècles a pu écrire une telle page. La raison, l’auteur nous l’a dite, c’est à cause de cet homme nommé Jésus. C’est sa façon de vivre notre vie humaine qui est l’inspiration de cette page. On comprend pourquoi ce poème séduit beaucoup ceux qui se préparent au mariage. Ils se retrouvent bien dans ces paroles de Paul. La mission de Jésus est donc accomplie. Grâce à lui, en aimant l’autre, ce que nous pouvons faire, nous entrons dans le mystère de Dieu, ce que normalement nous ne pourrions pas faire.

Saint Luc maintenant. Avez-vous remarqué qu’il y a quelques lignes qu’on a déjà entendues la semaine dernière : “Aujourd’huis’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre.” La liturgie nous les a remises, comme pour nous rappeler, à nous les habitués : “Attention, vous savez pas cœur ces textes, mais ce que vous oubliez c’est qu’ils se réalisent aujourd’hui.” « Ce passage brûlant, disait Gabriel Ringlet, vous l’avez entendu cent fois et plus. Rien de nouveau sous la lampe de la synagogue. Mais Jésus roule le livre, le rend au servant et retourne s’asseoir. Tous le regardent. Et il leur dit : “Aujourd’huis’accomplit ce passage de l’Écriture.”L’assistant peut remiser le rouleau dans la caisse. Les versets d’Isaïe quittent Isaïe pour entrer en eux. Que chacun dépose son châle et retrousse ses manches, car c’est maintenant qu’il faut libérer les opprimés. »

Dans l’évangile, Jésus dit : “Aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.” Traduction polie de : “pour qui il se prend, celui-là ?” Phrase passée au langage courant : “Nul n’est prophète en son pays.”On retrouve le même message dans un proverbe indien : “La perle est sans valeur dans sa propre coquille.” Et ce message reste vrai : le prophète critiqué, c’est de tout temps. Ce qui laisse à penser que celui qui est trop populairen’est sans doute pas très prophète.

Nul n’est prophète dans son propre pays. Et si je laissais à chacun le temps de mettre un ou deux noms, un ou deux visages de proches qui ont dit des choses qui m’ont agacé. Et de savoir pourquoi ça m’a agacé ? Et si c’était important, ce qu’ils m’ont dit ? Et si c’était parole de Dieu, même si eux ne sont pas chrétiens ? Et si la foi chrétienne c’était ça : croire que chaque homme est porteur d’un message de Dieu. Il m’arrive de dire à des fiancés : “Si vous vous aimez, c’est sans doute que vous avez été l’un pour l’autre une belle image du Christ. Vous vous êtes montré l’un à l’autre le visage de Dieu.”Et j’ajoute : “Ce serait bien que votre amour vous aide à voir aussi le visage du Christ chez celui qui a une tête qui ne vous revient pas.”

En fait Jésus ne dit pas grand-chose d’autre que ce que dit l’Ecriture. Aux livres des Rois, Elie a nourri une veuve à l’étrangeret Elisée a guéri un étrangerlépreux. Vous avez bien entendu : des étrangers, des non juifs. Voilà où ça fait mal. Cette idée que le Messie dépasse le cadre du peuple juif est une idée insupportable pour eux. Alors ils conduisent Jésus hors de la ville pour essayer déjà de… Bref ! On approche de la passion. Et la phrase “Médecin, guéris-toi toi-même !”- Fais des miracles chez nous aussi – est modérée, mais on sait qu’elle va se redire sur un ton de plus en plus dur jusqu’à la passion : “Qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Elu !”diront les chefs. “Si tu es le Roi des Juifs, sauve-toi toi-même !” diront les soldats. “N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi!”dira l’un des larrons.

Heureusement! Et c’est ça notre espérance chrétienne : celui qui a dérangé en disant sans cesse Aujourd’hui, eh bien on a eu beau le faire taire, sa mort elle-même a été Parole et Bonne Nouvelle !“En bref, on a réussi à le mettre à mort, mais on n’a jamais pu l’enterrer !”

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Homélie

Posté par rtireau le 14 novembre 2018

33° dimanche dans l’année B – 18 novembre 2018

Daniel 12, 1-3
 ; Psaume 15
 ; Hébreux 10, 11-14.18
 ; Marc 13, 24-32

“Le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel…”C’est un langage apocalyptique. On flaire du sensationnel et on aime bien. Notre monde hyper technique s’intéresse à l’irrationnel autant que les Pygmées d’Afrique Centrale. Et certains chrétiens ne sont pas les derniers quand s’annoncent des phénomènes étranges dans une église. C’est sûrement parce que l’homme est très marqué par l’angoisse de sa condition mortelle : naître, vivre, mourir.

Le merveilleux fait recette sans doute parce que le quotidien est trop banal. Et puis on confond assez facilement l’incroyable et l’événement, le fantastique et le surnaturel. Mais pourquoi ce qui arrive à la lune aurait-il plus d’importance que ce qui arrive à l’homme ? Oublions ceux qui abusent de la crédulité des gens. Pas question non plus de justifier toute forme de croyance sous prétexte que ce serait mieux que l’incroyance. Mais les textes de ce dimanche ont des images si fortes qu’il ne faut pas les regarder de l’extérieur. Il faut essayer de les comprendre de l’intérieur.

“Ces textes bibliques sont-ils des prédictions”, titrait une revue du Secours catholique ?

• Oui, si l’on entend par là qu’ils montrent une direction, qu’ils nous poussent vers l’avenir. Les prophètes pré-disent (disent avant) ce qui va se passer parce que leur regard est plus aiguisé. Le marin tahitien distingue un passage pour sa pirogue, entre les récifs. L’éclaireur indien, oreille contre terre, pressent l’approche du bison. L’ébéniste perçoit sous ses doigts l’infime dérapage du rabot. Le non initié, lui, ne voit rien, ne sent rien, n’entend rien.

• Mais rien à voir dans tout ça avec la divination. Prendre la Bible au mot à mot serait aussi absurde que lire les fables de La Fontaine comme un traité de zoologie. Or les livres bibliques sont les fruits d’une époque et d’une terre où le langage symbolique avait toute sa force. Dire ces récits symboliquesn’est pas les mépriser. C’est au contraire reconnaître que Dieu leur assigne d’être des lieux de rencontre entre l’homme et lui.Confondre l’Évangile avec l’horoscope n’a pas de sens. Comme dit un proverbe un peut cru : “le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.”

• Laissons-nous donc inciter à regarder au-delà de l’apparente évidence des mots. Quelle vraie demande se cache par exemple sous cette phrase: « Je m’appelle Marcel, je sors de prison, vous n’auriez pas une petite pièce ? »Et quelle réponse attend-elle ? Y aura-t-il des spécialistes pour décrypter la parole des pauvres avec autant de soin que la parole de Dieu ? Sommes-nous prêts à apprendre cette langue avant qu’elle ne devienne une langue morte ?

Et puis comprenons bien que Jésus refuse de ne voir que la peurà travers ces signes apocalyptiques. Cette fin du monde n’est pour lui que l’annonce d’un printemps. Avec l’imagerie de l’époque Jésus évoque une transformation. Il a fallu que les bourgeons éclatent pour libérer les feuilles minuscules du figuier. Le message de Jésus n’est pas message de catastrophe, mais message de lumière. Aujourd’hui encore, on peut ne voir que les déchirures de l’écorce tendre, et s’enfermer dans la nostalgie du passé et ou dans la peur. Mais on peut aussi aiguiser son regard et se faire jardinier de l’été qui s’annonce. Le poète espagnol Gabriel Celaya murmurait cela à sa façon : “Ah ! Puissiez-vous entendre la croissance des feuilles.”

Hyacinthe Vulliez dans son livre Dieu si proche écrit joliment :“Quand le germe fait craquer l’écorce de la graine, on ne parle pas de mort, mais de vie. Quand les feuilles ou les pétales, encore menus, percent l’enveloppe brune des bourgeons, on ne parle ni de brisure, ni de violence, mais de beauté.”  Et il conclut : “Allez, relevez donc la tête. Regardez, admirez. Dieu vient.” 

« Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père… » Il ne s’agit donc pas, écrit Marion Muller Colard,d’une vigilance destinée à guetter un moment à venir, mais d’une vigilance de chaque instant pour lui-même. Il ne s’agit plus de la fin des temps mais de la fin du temps: il s’agit d’une vie qui ne se vit que dans l’ajustement incessant à ce qui est. Alors être vigilants, c’est vivre le moment présent en restant attentifs aux signes que le Seigneur nous fait. C’est ne pas perdre notre temps à autre chose que d’aimer et d’humaniser la vie. Demain commence aujourd’hui chaque fois que nous posons des gestes de vie, des choix d’amour.

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Homélie

Posté par rtireau le 29 octobre 2018

Fête de la Toussaint- 1er novembre 2018

Apocalypse 7, 2-4. 7-19 ; Psaume 23 ; 1 Jean 3, 1-3 ; Matthieu 5, 1-12a

C’est le Père Jacques NOYER, l’ancien évêque d’Amiens, qui fait l’homélie d’aujourd’hui…

 

Il aurait pu dire : les pauvres sont des paresseux ! Mettez-les au travail !

Il aurait pu dire : la pauvreté est une honte ! Qu’elle disparaisse de nos yeux !

II aurait pu dire : les pauvres d’aujourd’hui sont les riches de demain !

Mais il a dit:bienheureux êtes-vous si vous avez un cœur de pauvre, vous saurez ce qu’est le Royaume de Dieu.

 

Il aurait pu dire : la vie est un combat ! Et que le plus fort gagne !

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : celui qui use de l’épée périra par l’épée !

Il aurait pu dire (comme La Fontaine) : le chêne est déraciné, le roseau ne rompt pas.

Mais il a dit:bienheureux êtes-vous si vous êtes habités par la douceur, on vous donnera ce quevous ne convoitez pas.

 

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : il faut que le bien portant soigne le malade.

Il aurait pu dire : l’humanité doit éliminer les faibles !

Il aurait pu dire : un jour on inventera un surhomme qui vivra mille ans !

Mais il a dit: bienheureux êtes-vous si vous vous sentez faibles, vous accéderez à la joie de la consolation !

 

Il aurait pu dire (avec les anciens) : le summum de la justice est ce qui est le plus injuste !

Il aurait pu dire (avec La Fontaine) : la raison du plus fort est toujours la meilleure !

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : la justice des hommes n’est pas la justice de Dieu !

Mais il a dit : bienheureux êtes-vous si vous avez soif de la justice, cela suffira pour vous en donner le goût !

 

Il aurait pu dire (avec d’autres) : ne faites pas auxautres ce que vous refusez pour vous !

Il aurait pu dire : soyez solidaires ! C’est ensemble que vous vous en sortirez !

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : si votre frère a péché, ramenez-le à la sagesse !

Mais il a dit: bienheureux êtes-vous si vous savez faire miséricorde, vous obtiendrez pour vous indulgence et pardon !

 

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : vous êtes au milieu des voleurs, soyez prudents et rusés !

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : ne vous fiez pas aux apparences, aux sépulcres blanchis !

Il aurait pu dire (comme Sénèque) : apprends à ne rien désirer, tu ne souffriras plus !

Mais il a dit: bienheureux êtes-vous si vous avez un cœur pur, simple et sans malice, vous aurez la chance d’entrevoir la lumière de Dieu !

 

Il aurait pu dire : cherchez la paix loin du commerce des hommes !

Il aurait pu dire : la paix est au bout du fusil ; si tu veux la paix, prépare la guerre !

Il aurait pu dire : tu n’es pas fait pour la paix. Dieu t’attend pour imposer sa loi !

Mais il a dit : bienheureux êtes-vous si vous travaillez sans cesse a bâtir la paix,vous goûterez la joie d’être fils de Dieu et frères de tous !

 

Il aurait pu dire (et il l’a dit) : venez à moi, je vous donnerai le repos !

Il aurait pu dire (comme Coluche) : je ne vous promets pas le grand soir, juste à manger et à boire !

Il aurait pu dire (comme Guy Béart) : le premier qui dit la vérité sera exécuté !

Il aurait pu dire (comme Churchill) : je n’ai à vous offrir que du sang et des larmes !

Mais il a dit: bienheureux êtes-vous si on vous critique, si on vous persécute, si on vous calomnie à cause de moi, car c’est le sort des prophètes.

Soyez dans la joie aujourd’hui car vous êtes sur le bon chemin ;le chemin sur lequel Dieu vous attend.

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Homélie

Posté par rtireau le 3 octobre 2018

27° dimanche dans l’année B – 7 octobre 2018

Genèse 2, 18-24 ; Psaume 127 ; Hébreux 2, 9-11 ; Marc 10, 2-16

Pour entrer dans l’évangile d’aujourd’hui : un peu d’histoireetun peu de poésieà la manière de Hyacinthe Vulliez.

Un peu d’histoire d’abord :La loi juive donnait au mari la possibilité de renvoyer sa femme. Le contraire n’était pas possible. Et le mari devait donner à sa femme une lettre de répudiation, sinon elle ne pouvait se remarier. Le principe était admis. Mais la supériorité de l’homme rendait fragile la vie du couple. Quel bouleversement quand Jésus déclare l’égalité de l’homme et de la femme !

Un brin de poésiede Hyacinthe Vulliez : de la Genèse jusqu’à l’évangile de Marc, la vie du couple a fait un long cheminement. L’extase du premier amour : « Tu es la chair de ma chair »est changée en investigation pour un licenciement possible : “Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ?”Jésus nous emmène dans la pensée de Dieu : A l’origine,l’homme et la femme avait pour foyer le cosmos tout entier. Leur toit était le ciel bleu du jour ou la nuit étoilée. Eve et Adam regardent ensemble vers les mêmes directions. Il ne leur arrive jamais de penser que l’un puisse exister sans l’autre. Mais depuis que les hommes et les femmes coupent le ciel et la terre en petits cubes pour construire leur appartement, leur cosmos s’est rétréci en des espaces clos. Ils n’ont plus grand-chose à regarder ensemble, ou à se dire l’un à l’autre. Chacun cherche à s’échapper de l’espace rétréci. De huis clos en huis clos, ils se perdent de vue. Et il faut des contrats d’entreprise, des contrats qui supposent embauche et possibilité de licenciement.

Jean-Paul II, lors du Jubilé des Familles en l’an 2000, a dit : “Les interlocuteurs de Jésus posent un problème d’interprétation de la loi de Moïse qui permettait la répudiation. Jésus dépasse cette vision en allant au cœur du projet de Dieu. Dans la loi de Moïse, il voit une concession au durcissement de leur cœur, à leur sclérocardie. Mais il ne s’y résigne pas.” C’est bien cette dureté du cœur qui oblige à faire des lois et des constitutions. Sinon, la société serait sous la coupe des plus forts et peut-être des plus mauvais. Ce sont les limites radicales de la condition humaine : A cause de la faiblesse humaine, il faut des magistrats, des procès, des sanctions, des prisons, des alcootest et des limitation de vitesse ; il faut des recommandations et des prescriptions contre les pollutions et pour la sauvegarde des mers et des montagnes ; il faut des contrats, même entre amis, parents et époux, comme si demain était la veille d’une brouille décisive.

François Garagnonparle joliment de l’amour : “Les gens veulent une maison où il fait bon vivre. Ils achètent la maison mais ne trouvent pas le bon vivre. Car le bon vivre n’est pas construction de pierre mais de cœur. La beauté est en vous, ne la cherchez pas ailleurs. Quand le regard est triste, impossible de contempler le plus beau des paysages. Mais quand le cœur est amoureux, comme chaque chose est belle et chantante, comme chaque être a sa place, chaque événement, chaque souffrance même ! Soyez amoureux de la vie ! Aimez !…”

J’ai lu aussi :“Dieu lance une invitation : contempler en l’homme et la femme le reflet de son visage. Lorsque l’homme est isolé, Dieu est défiguré. Si l’homme est désolidarisé, Dieu est profané.

Notre amour ne parle pas que de nous. Notre amour parle de Dieu. Nos serments ne sont pas anodins. Dieu parle par nos serments.”

Notre texte se termine par le petit épisode des enfants souvent lu aux baptêmes. “Parce que, disent les parents, Jésus est gentil avec les enfants”. C’est vrai, mais si l’on sait qu’à l’époque de Jésus ni les femmes ni les enfants n’avaient le droit de participer aux réunions sérieuses, la prise de position de Jésus est bien plus que gentillesse. Elle fait même partie déjà de toutes ses prises de position qui le conduiront à la croix. Au lieu d’écarter les enfants, dit-il, essayez donc de leur ressembler. Car l’enfant, c’est celui qui voit les autres comme des grands. Et le plus grand dans le Royaume, c’est celui qui saura voir dans les autres, des grands. 

Rappelez-vousKalil Gibran : “Si vous voulez connaître Dieu, ne soyez pas préoccupés de résoudre des énigmes. Regardez plutôt autour de vous, et vous le verrez  jouant avec vos enfants.”

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Homélie

Posté par rtireau le 13 juin 2018

11° dimanche dans l’année B - 17 juin 2018

Ezéchiel 17, 22-24 ; Psaume 91 ; 2 Corinthiens 5, 6-10 ; Marc 4, 26-34

L’évangile de Marc, au chapitre 4, raconte une période où Jésus commençait déjà à avoir des ennuis. Ce qu’il disait, ce qu’il faisait était si peu conforme à ce qu’enseignaient les responsables de la religion qu’on lui conseillait de s’abstenir de prendre la parole dans les synagogues. Alors, il s’était mis à parler davantage sur les places publiques. Un jour il était même monté sur une barque et s’était écarté un peu du rivage pour s’adresser à la foule.

Avec ses amis aussi il avait des difficultés. Ilsl’aimaient beaucoup mais ils avaient du mal à le comprendre. Ils étaient tellement habi­tués à entendre des vérités à croire et des règles à pra­tiquer. Alors que, pour Jésus, la Parole de Dieu était comme une semence. Et il la proposait sans rien imposer, car il voulait essayer d’éveiller les consciences. Il prenait des images familiè­res pour aider chacun à faire un pas de plus vers Dieu. Il prenait même certains à part pour leur donner des explications supplémentaires. Et il leur racontait de nombreuses paraboles. 

Les paraboles, c’était pour les aider à mieux comprendre. Pour autant, ce n’était pas évident car ces paraboles avaient quelquefois l’air de se contredire les unes les autres. Jean-Pierre Manigne a répondu un jour à cette objection : “Il n’y a pas de contradictions entre les paraboles, malgré les apparences, à condition de prendre toutes les paraboles. Si nous les recevons ensemble, nous acquérons une mentalité de jardinier ou de cultivateur. Eux savent qu’une terre n’est jamais assez bien préparée, nettoyée, enrichie d’engrais. Mais ils savent aussi, qu’une fois les semences faites, on ne hâtera pas la maturation du blé ou des fleurs en tirant sur la tige. Beaucoup de travail, donc, et, après cela la semence germe et grandit on ne sait comment, même lorsqu’on dort.”

Nous avons lu deux paraboles aujourd’hui. Une qui évoquen’importe quelle semence et l’autre qui désigne une graine précise, celle de la moutarde. Marc exagère un peu sans doute en disant qu’elle est “la plus petite de toutes les semen­ces du monde”,mais c’est pour mieux souligner sa prodigieuse croissance : elle deviendra un arbre dont les branches abriteront les oiseaux du ciel. L’histoire du Royaume de Dieu est donc comme celle d’une graine jetée en terre, qui va germer et grandir, sans que le semeur intervienne, sans même qu’il sache comment elle grandit. Il n’interviendra plus qu’au moment de la mois­son, c’est-à-dire du jugement: faucille et moisson, dans le langage biblique, évoquent le dernier jour. Entre les semailles et la moisson, c’est le temps du tra­vail discret de la terre, mystère de mort et de vie. 

Jésus semble insister sur la phase de la croissance. Tout son itinéraire est résumé là, et aussi toute l’aventure du Royaume. La Parole de Dieu a ensemencé son humanité : “Et le Verbe s’est fait chair.”Jésus est maintenant dans le champ des hommes pour y faire les semailles. Un jour, viendra le temps de la mois­son. Pour l’heure, confiance et espérance, la graine germe et grandit.L’annonce du Royaume n’est pas un discours de morale. La morale nous dit ce qu’il faut faire, l’Evangile nous dit ce qu’il faut être. Jésus dérangeait y compris ses amis, en annonçant un Dieu inattendu, lDieu renversant du Magnificat :« Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. »On y reconnaît le phrase d’Ezéchiel (1èrelecture) : « Il renverse l’arbre élevé (allusion à un certain Sédécias) et relève l’arbre renversé. »

Il y a une atmosphère dans ces paraboles. C’estune tonalité de confiance. Peut-être que le présent ne montre que peu de perspectives souriantes pour l’avenir, mais pourtant un dynamisme ou une puissance est à l’œuvre. Qu’elle nous soit cachée ne signifie pas qu’elle soit absente : il y a des enfouissements plus prometteurs que certaines manifestations spectaculaires mais qui n’ont quelquefois pas de lendemain fructueux. L’évangile de Marc s’adresse peut-être à des croyants de Rome conscients de leur fragilité et ébranlés par une persécution. Il fait apparaître un Jésus appelant à garder confiance.

Deux leçons de ces paraboles : 

La première est la foi de Jésus : voilà un homme qui fait confiance au présent, à l’avenir, à ceux et celles qu’il rencontre. Et il sait communiquer cette confiance. 

La seconde est la discrétion de Dieu. Pour Jésus, Dieu est présent à la manière d’un enfouissement dans des profondeurs qui ne nous sont pas accessibles. Il nous demeure caché. 

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Homélie

Posté par rtireau le 21 mars 2018

Dimanche des Rameaux dans l’année B – 25 mars 2018

Isaïe 50, 4-7 ; Psaume 21 ; Philippiens 2, 6-11 ; Passion selon saint Marc 14, 1 – 15, 47

Saint Marc écrit comme un journaliste. Il sait donner un rythme, saisir un geste, observer un regard. De la Passion, il sait montrer le caractère dramatique. Mais il a surtout retenu le silence obstiné de Jésus. A quoi peut bien penser Jésus sur la route qui monte à Jérusalem ? Est-ce qu’il voit les manteaux sur le sol, les feuillages ? Et les enfants qui vont et viennent ? Est-ce qu’il entend les cris et les rires, les bravos, les Hosanna ?

En tous cas Jésus se tait. Pourquoi parlerait-il encore ? Il a tout dit : “Remplissez d’eau ces jarres. – Donne-moi à boire. – Va. Ne pèche plus. – N’ayez pas peur. – Levez-vous. – Regardez les lys des champs. – Vous valez plus que votre argent. -  Heureux êtes-vous, si et si…” Jésus se tait. Mais son silence est lourd de tant de paroles étouffées, de tant de promesses bafouées, de coups, et de fêtes sans lendemain.

Jésus se tait. Son silence porte le silence de millions d’affamés de pain ou de travail, le silence des peuples déportés, le silence des migrants dans leur traversée, le silence de ceux qui sont fous d’inquiétude pour leurs enfants, pour leur famille, pour leur emploi.

Jésus se tait. Et sur son chemin du grand passage, il y a un homme qui passe presque inaperçu et qui aurait sûrement beaucoup à dire, Simon de Cyrène, celui qui a aidé Jésus à porter sa Croix. Que sait-on sur lui ? Rien ou presque. Il est de Cyrène, en Afrique du Nord ! Donc c’est un étranger ! Les noms de ses fils évoquent différents horizons : Alexandre, c’est le monde grec, Rufus, ça sonne plutôt romain. Simon revenait du travail des champs. Et à l’heure de midi où le soleil tape fort, il rentre à la maison. Et ce qu’on sait c’est qu’ils le réquisitionnèrent pour porter la croix.

Ce qui est frappant chez lui, c’est à la fois son anonymat (on n’a jamais reparlé de lui), et la place privilégiée qu’il a prise dans le mystère de la passion du Christ : il a été le partenaire du plus bouleversant événement de l’histoire ; il a porté la croix du Christ. A l’heure de cette épreuve, Dieu a eu besoin d’un homme, d’un frère : Simon, toi l’étranger, toi qui passais par là, sans le savoir tu es devenu le premier disciple de Jésus qui avait dit : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.» Ce jour-là, Simon, tu as pris ta place de disciple, bien avant les apôtres qui s’étaient enfuis, et avant l’autre Simon qui avait renié. Tu t’es compromis avec ce condamné que tout le monde méprisait.

Simon de Cyrène est le frère de plein de gens simples d’aujourd’hui, pas forcément des familiers de l’Église ni des militants. Mais des gens qui savent se faire proches de tel ou tel qui porte douloureusement sa croix :

- Cet ami qui est resté fidèle à ce prisonnier que tous les autres abandonnaient.

- Cette maman qui accueille encore et encore son enfant qui retombe tout le temps dans la drogue.

Simon de Cyrène était le lointain, il s’est fait le prochain. Il a su partager la passion du Christ. Avec lui, désormais, nous savons que s’il y a des croix impossibles à écarter, il reste l’immense appel à s’aider les uns les autres à les porter.

Jésus se tait. Tant de choses doivent encore passer par la mort, passer par lui, avec lui et en lui, dans ce va-et-vient de l’Évangile. Il est comme un passeur. Jésus se tait. Peut-être a-t-il vu qu’un rameau fleurit déjà sur le bois de la croix ?

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Homélie

Posté par rtireau le 23 août 2017

21° dimanche dans l’année A – 27 août 2017

Isaïe 22, 19-23 ; Psaume 137 ; Romains 11, 33-36 ; Matthieu 16, 13-20

Est-ce que vous avez sur vous vos clefs ? Vérifiez-les donc ! Regardez-les une par une :

- Celle-ci, elle sert à quoi ? à ouvrir ou à fermer ? à permettre ou à interdire ?

- Qui a des clés, qui n’en a pas ? Qui a le pouvoir ? 

“Tu me passes tes clefs ?” A qui les prêtez-vous ? A qui les donnez-vous ?

Dans la première lecture, Shebna, le maître du palais du roi Ézéchias, est destitué au bénéfice d’Élyaqim. C’est une disgrâce comme il s’en rencontre à toutes les époques. Ce qui nous intéresse ce sont les paroles d’investiture adressées au nouveau fonctionnaire : “Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira.” Il s’agissait d’une clé très lourde, du genre barre de fer peut-être. Et la remise de cette clé de la ville fortifiée faisait partie des rites d’intronisation de l’homme de confiance qui avait été choisi.

Jésus, à Césarée de Philippe, reprend la même image pour confier à Pierre le pouvoir des clés : “Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux.” Pourquoi lui ? Sans doute parce qu’il est celui qui a su regarder Jésus autrement. Il a été le seul à voir plus que le visible en Jésus. Les autres ont cherché des réponses dans le passé. Les autres ont fait de l’étiquetage : Qui est le Fils de l’homme ? C’est Jean-Baptiste ou bien Elie, ou bien Jérémie. Ils ont fait un étiquetage bienveillant, positif, mais un étiquetage quand même : c’est du passé, du classement. Et quand une affaire est classée… ! Lui, Pierre, voit le présent et l’avenir. Il voit l’invisible. Il voit le possible de demain. Il voit le mystère de la personne. Il a le regard du respect, celui qui envisage au lieu de dévisager. Beaucoup de gens veulent toujours voir pour croire. Ici, il est clair que c’est parce qu’il croit que Pierre voit tout autre chose et voit beaucoup plus loin. “Heureux es-tu” de voir l’invisible, lui dit Jésus. Avec des gars comme toi, l’Eglise ne craint rien.

Rien ne sert d’avoir des clefs, si l’on n’est pas capable d’ouvrir, si l’on n’a pas, soi-même, une certaine capacité d’ouverture. Pierre est celui qui ouvre. L’Eglise doit être celle qui ouvre. Celle qui éveille les esprits à l’intelligence du mystère de Dieu, celle qui éveille les cœurs à l’accueil de la tendresse de Dieu, celle qui dégage les portes de l’espérance et du pardon. Celle qui, de ses mains fragiles, livre passage à l’Amour du Dieu Père, Fils et Esprit. Si nous sommes nous-mêmes proches de Dieu, nous pourrons devenir des passeurs.

“Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. En disant très fort que Jésus est le Christ, Pierre invite le monde entier à entrer dans sa foi. Mais il lui faudra passer par l’épreuve de sa fragilité, pour perdre l’illusion de sa propre solidité. On lit le jour des Rameaux, dans le récit de la Passion, le passage où Pierre se vante d’être solide : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi je ne tomberai jamais. » (Matthieu 26, 33). Et on sait qu’il reniera. Et qu’il devra, au-delà des larmes de son reniement, redire humblement son amour : “Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime.” (Jean 21, 17) Alors, et alors seulement, il saura affermir ses frères et leur ouvrir “la profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu” comme Saint Paul le dit dans la seconde lecture. L’abbé Pierre disait : “Lorsque nous arriverons à la fin de notre vie, on ne nous demandera pas si nous avons été croyants, mais si nous avons été crédibles.”

L’Évangile d’aujourd’hui est l’Evangile d’un double baptême : - “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.” – “Tu est Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église.”

La rentrée approche. Et si on se préparait à traiter chacun comme il convient. Et si on se préparait à donner à chacun de ceux qu’on va rencontrer un nom d’avenir, un nom de ressuscité, sur lequel la mort ne pourra rien, un nom d’ouverture et non pas de classement et de fermeture. Le contraire de ce qui faisait crier un petit un jour : “Il m’a traité de tous les noms, sauf du mien.”

Toi, Seigneur, qui as ouvert les yeux des aveugles et les oreilles des sourds, donne-nous aujourd’hui la seule clé qui nous manque : celle qui ne verrouille pas, mais libère. Alors nous ouvrirons à tous les hommes les portes du Royaume.”

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Homélie

Posté par rtireau le 18 janvier 2017

Troisième dimanche dans l’année A – 22 janvier 2017

Isaïe 8, 23 – 9,1-3 ; Psaume 26 ; 1 Corinthiens 1, 10-13.17 ; Matthieu 4, 12-23

Jésus vient d’apprendre l’arrestation de Jean Baptiste. Mauvais temps pour les prédicateurs : ceux qui osent dire la vérité, on les fait taire. Ce serait le moment de ne pas faire de vagues, de rester tranquillement charpentier dans son village. Au contraire, c’est comme un signal pour Jésus et il décide de prendre la suite de son cousin qu’on emprisonne. Il quitte Nazareth-des-collines pour Capharnaüm-sur-Mer. Contrairement à Jean-Baptiste, il ne va pas au désert mais en pleine ville ; pas en Judée mais au cœur de la Galilée ; pas à la terre sainte du Temple mais à la terre des païens. C’est une vraie rupture : ce ne sont pas des prêtres ni des docteurs que Jésus appelle mais des pauvres.

Alors qu’il longe les rives du lac de Galilée, il voit des pêcheurs. Il voit ! Ah ! Ce regard de Jésus. Il semble transpercer les préjugés, les masques, les apparences, les faux-semblants. Ici, il remarque des pêcheurs sur leur lieu de travail, affairés autour de leurs filets. Jésus ne les appelle pas à la cantonade, il s’adresse nommément à tel ou tel. Il sait remarquer chaque personne comme unique. Il ne les choisit pas pour leur compétence religieuse. Ici ce sont de simples pêcheurs, des gens durs, âpres à la peine. Et ces pêcheurs deviendront prêcheurs parce que Jésus est un transfigurateur.

Capharnaüm est le carrefour des païens. Dans ce nœud de communications, Jésus va pouvoir porter son message à toutes sortes de gens. Prophète de la lumière, il vient pour éclairer le pays de l’ombre ; médecin des âmes, il va là où se trouvent les malades. Il vient se mettre au plus près de ceux qui sont le plus loin de Dieu. Son attitude nous renvoie évidemment à nous-mêmes. On est si souvent repliés sur nos milieux chrétiens. Comme si on était atteints du virus de la communion avant celui de la mission. Quelqu’un disait joliment un jour qu’on est très occupés dans l’Église à canaliser, à mettre des tuyaux et des robinets, alors que le Seigneur nous invite à faire couler des sources. La piscine peut être luxueuse, mais s’il n’y a pas d’eau !

Jésus reprend la prédication du Baptiste : “Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche.” Mais il n’annonce plus d’abord pénitence mais Bonne Nouvelle. Changez vos cœurs, transformez vos manières d’agir. Laissez Dieu vous guider. La société ne s’améliorera que si chacun commence à changer lui-même. C’est au cœur de leur vie professionnelle que Jésus appelle les premiers apôtres : Pierre, André, Jacques et Jean. Et nous voyons déjà, en eux, la conversion commencer. Jésus a quitté sa tranquillité de Nazareth. Ces quatre marins pêcheurs aussi vont laisser barques, filets et père pour suivre ce Jésus avec sa Bonne Nouvelle surprenante.

Et voilà qu’il montre ce que c’est qu’évangéliser. Contemplons-le. Sa Bonne Nouvelle, c’est : le Royaume de Dieu est arrivé ! Il enseigne longuement, surtout en paraboles. Et il guérit, il se laisse émouvoir par les souffrances rencontrées sur son chemin. Il sait que le bâtisseur de l’avenir, c’est l’homme. Dans notre société, on aime les statistiques, on parle économie, on scrute les prix. Et souvent on oublie l’énergie première : celle de l’homme. “Cet être nu, écrit Gérard Bessière, ne s’est jamais arrêté. Aucune civilisation n’a satisfait et figé son désir. Il a toujours cherché plus loin. Ce n’est pas aujourd’hui, ni demain, qu’il renoncera. Le Royaume ignoré qui l’attire ne figure sur aucune carte. Il n’a ni frontières, ni armée… Rêve, direz-vous, fumée, mirages… Mais ceux qui s’efforcent de créer – ou de recréer – la bonté, la justice, la liberté sont des rêveurs efficaces. S’ils écoutent en eux le murmure obstiné de l’espérance, c’est pour changer le monde. Ces hommes et ces femmes refusent tous les fatalismes. Ils veulent que demain connaisse l’aube. Ainsi les brumes de novembre accompagnent les semailles, mais le grain enfoui sera moisson. L’arbre dépouillé par l’hiver prépare sa ramure. L’enfant, dès qu’il est là, transfigure la vie.”

Ces hommes et ces femmes qui refusent tous les fatalismes et qui veulent que demain soit meilleur, nous croyons que c’est le ressuscité qui les réveille et qui change complètement leur vie. Et quelquefois ça commence très tôt, ce réveil et cette audace : je pense à Bénédicte, 9 ans, qui venait d’entendre parler pour la première fois, au caté, de la résurrection de Jésus. Ses yeux brillaient de surprise et, à son retour, elle s’est plantée devant sa maman : “Maman, la dame nous a dit que Jésus est ressuscité après sa mort. Comment se fait-il que tu ne me l’avais jamais dit ?

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Homélie

Posté par rtireau le 1 décembre 2016

2° dimanche de l’Avent dans l’année A – 4 décembre 2016

 Isaïe 11, 1-10 ; Psaume 71 ; Romains 15, 4-9 ; Matthieu 3, 1-12

Aujourd’hui, Jean-Baptiste proclame un baptême de conversion : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche! » Il n’invite pas à revenir à la religion, même pas à la pratique. C’est tellement vrai qu’il reçoit plutôt mal Pharisiens et Sadducéens qui étaient de bons pratiquants. Non ! Jean-Baptiste invite à se convertir, pas forcément à faire des efforts, mais à devenir autre. Le Royaume de Dieu est d’abord intérieur. Dans l’épi, ce qu’on voit c’est la paille et désormais ce qu’on voit est bon à mettre au feu. Seul vaut le blé.

Jean-Baptiste commence à envisager la venue de Jésus. Il commence même à envisager Jésus, à le décrire, à lui donner un visage : “Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi… Lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu… Préparez le chemin du Seigneur.” Faites-lui de la place. Et il appelle à la conversion pour que le fils de Dieu puisse prendre visage parmi les hommes. Envisager. Le contraire de dévisager, avec la méfiance que ça peut représenter. Envisager. Regarder l’autre avec le même regard qu’on a autour d’un berceau. Le regard est particulier autour d’un berceau, sans doute parce qu’il n’y a pas de passé à juger, tout est avenir. C’est comme un cahier tout neuf, c’est l’utopie parfaite dont personne ne dit pour autant que ce soit naïveté. Envisager. “Les vrais, les seuls regards d’amour, écrit Paul Baudiquey, sont ceux qui nous espèrent, qui nous envisagent, au lieu de nous dévisager. Alors, on comprend mieux et pour toujours qu’un soir à l’auberge, du côté d’Emmaüs, l’inconnu soit devenu le visage vrai de Dieu.”

Isaïe : “Le loup habitera avec l’agneau… Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra… Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte.” J’en entends qui pensent très fort : “C’est pas demain la veille.” Sans doute. Ou bien : “Faut pas rêver !” Eh bien si ! On peut ! En tous cas Isaïe ne se prive pas de rêver. Mais il fait un rêve du genre naissance, comme autour d’un berceau : “Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David. Un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur.” Avec Jésus, les chrétiens croient qu’il est commencé ce monde où le loup habitera avec l’agneau, et que l’impossible s’est déjà réalisé avec sa résurrection. Quelqu’un a pu dire : “Les chrétiens, non pas des gens qui prennent leurs désirs pour des réalités, mais des gens qui croient à la réalité de leurs désirs”. Car cette réalité, c’est la résurrection. On peut l’attendre avec espérance, ce monde où le loup habitera avec l’agneau. Pas avec naïveté car on sait que le Christ nous laisse le soin de continuer nous-mêmes l’incarnation. Il a pris corps à noël. Maintenant, il ne prend corps que par nous. “Le Royaume n’est pas la définition de l’au-delà, dit Mgr Albert Rouet, c’est la définition de ce monde-ci, quand nous l’aurons rendu autre.” Espérer, ce n’est pas attendre naïvement, c’est croire à l’impossible et commencer tout de suite à le réaliser modestement, chacun à sa petite place.

Voilà l’espérance chrétienne : elle est du genre promesse, naissance, petite et discrète mais tenace. On est habitués aux grandes manœuvres bruyantes qui ne vont pas toujours très loin. Il nous faut redécouvrir que la réalité la plus grande est du genre naissance, patience. Jean XXIII aimait dire : “Les vieilles branches qui tombent font plus de bruit que les bourgeons qui poussent.”

L ’espérance chrétienne, est du genre promesse, naissance :

• simple comme l’entraide avec ce petit grand père qui vient de perdre son épouse.

simple comme dans la vie de Thérèse de Lisieux dans un film d’Alain Cavalier : “La caméra s’attarde sur les gestes les plus simples de la jeune femme, laver le dos d’une de ses sœurs âgées, la coiffer ou préparer la cuisine. Dans une sorte de transfiguration du quotidien, le visage et les mains de Thérèse disent que Dieu aime ce monde, qu’il en prend soin avec nos mains, et que l’humble accomplissement de notre tâche humaine est le lieu de notre vie avec Dieu.”

• simple comme la parole d’un ami ou d’un proche qui peut aider à reprendre goût à la vie, quelquefois même sans rien changer à la réalité apparente. J’aime bien la petite histoire de l’adulte et l’enfant plongés dans la nuit par une panne de courant : “Je veux que tu parles”, dit l’enfant. – “Mais parler, ça ne fait pas revenir la lumière”, dit l’adulte. Et l’enfant de répliquer : “Oui, mais quand tu parles, il fait moins noir.”

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