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Homélie

Posté par rtireau le 13 juin 2018

11° dimanche dans l’année B - 17 juin 2018

Ezéchiel 17, 22-24 ; Psaume 91 ; 2 Corinthiens 5, 6-10 ; Marc 4, 26-34

L’évangile de Marc, au chapitre 4, raconte une période où Jésus commençait déjà à avoir des ennuis. Ce qu’il disait, ce qu’il faisait était si peu conforme à ce qu’enseignaient les responsables de la religion qu’on lui conseillait de s’abstenir de prendre la parole dans les synagogues. Alors, il s’était mis à parler davantage sur les places publiques. Un jour il était même monté sur une barque et s’était écarté un peu du rivage pour s’adresser à la foule.

Avec ses amis aussi il avait des difficultés. Ilsl’aimaient beaucoup mais ils avaient du mal à le comprendre. Ils étaient tellement habi­tués à entendre des vérités à croire et des règles à pra­tiquer. Alors que, pour Jésus, la Parole de Dieu était comme une semence. Et il la proposait sans rien imposer, car il voulait essayer d’éveiller les consciences. Il prenait des images familiè­res pour aider chacun à faire un pas de plus vers Dieu. Il prenait même certains à part pour leur donner des explications supplémentaires. Et il leur racontait de nombreuses paraboles. 

Les paraboles, c’était pour les aider à mieux comprendre. Pour autant, ce n’était pas évident car ces paraboles avaient quelquefois l’air de se contredire les unes les autres. Jean-Pierre Manigne a répondu un jour à cette objection : “Il n’y a pas de contradictions entre les paraboles, malgré les apparences, à condition de prendre toutes les paraboles. Si nous les recevons ensemble, nous acquérons une mentalité de jardinier ou de cultivateur. Eux savent qu’une terre n’est jamais assez bien préparée, nettoyée, enrichie d’engrais. Mais ils savent aussi, qu’une fois les semences faites, on ne hâtera pas la maturation du blé ou des fleurs en tirant sur la tige. Beaucoup de travail, donc, et, après cela la semence germe et grandit on ne sait comment, même lorsqu’on dort.”

Nous avons lu deux paraboles aujourd’hui. Une qui évoquen’importe quelle semence et l’autre qui désigne une graine précise, celle de la moutarde. Marc exagère un peu sans doute en disant qu’elle est “la plus petite de toutes les semen­ces du monde”,mais c’est pour mieux souligner sa prodigieuse croissance : elle deviendra un arbre dont les branches abriteront les oiseaux du ciel. L’histoire du Royaume de Dieu est donc comme celle d’une graine jetée en terre, qui va germer et grandir, sans que le semeur intervienne, sans même qu’il sache comment elle grandit. Il n’interviendra plus qu’au moment de la mois­son, c’est-à-dire du jugement: faucille et moisson, dans le langage biblique, évoquent le dernier jour. Entre les semailles et la moisson, c’est le temps du tra­vail discret de la terre, mystère de mort et de vie. 

Jésus semble insister sur la phase de la croissance. Tout son itinéraire est résumé là, et aussi toute l’aventure du Royaume. La Parole de Dieu a ensemencé son humanité : “Et le Verbe s’est fait chair.”Jésus est maintenant dans le champ des hommes pour y faire les semailles. Un jour, viendra le temps de la mois­son. Pour l’heure, confiance et espérance, la graine germe et grandit.L’annonce du Royaume n’est pas un discours de morale. La morale nous dit ce qu’il faut faire, l’Evangile nous dit ce qu’il faut être. Jésus dérangeait y compris ses amis, en annonçant un Dieu inattendu, lDieu renversant du Magnificat :« Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. »On y reconnaît le phrase d’Ezéchiel (1èrelecture) : « Il renverse l’arbre élevé (allusion à un certain Sédécias) et relève l’arbre renversé. »

Il y a une atmosphère dans ces paraboles. C’estune tonalité de confiance. Peut-être que le présent ne montre que peu de perspectives souriantes pour l’avenir, mais pourtant un dynamisme ou une puissance est à l’œuvre. Qu’elle nous soit cachée ne signifie pas qu’elle soit absente : il y a des enfouissements plus prometteurs que certaines manifestations spectaculaires mais qui n’ont quelquefois pas de lendemain fructueux. L’évangile de Marc s’adresse peut-être à des croyants de Rome conscients de leur fragilité et ébranlés par une persécution. Il fait apparaître un Jésus appelant à garder confiance.

Deux leçons de ces paraboles : 

La première est la foi de Jésus : voilà un homme qui fait confiance au présent, à l’avenir, à ceux et celles qu’il rencontre. Et il sait communiquer cette confiance. 

La seconde est la discrétion de Dieu. Pour Jésus, Dieu est présent à la manière d’un enfouissement dans des profondeurs qui ne nous sont pas accessibles. Il nous demeure caché. 

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Homélie

Posté par rtireau le 9 mai 2018

Fête de l’Ascension – B – 10 mai 2018

Actes 1, 1-11 ; Psaume 46 ; Ephésiens 4, 1-13 ; Marc 16, 15-20

Ascension – Pentecôte: deux fêtes qui vont bien ensemble et qui disent un message très fort, sans doute pas assez entendu. Sinon, il y aurait moins de désespérés de l’absence de Dieu. Et moins de rêveurs à l’affût de miracles ou d’interventions magiques de Dieu. Ascension – Pentecôte: message très fort de la présence dans l’absence : on a tous sur nos tables de nuit des objets qui sont là pour dire la présence de quelqu’un qui est loin.

Quelques phrases du Nouveau Testament autour de ce message Ascension – Pentecôte, pour dire la présence de l’Absent :

- Dans les Actes des apôtres (1ère lecture) : “Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins … jusqu´aux extrémités de la terre.”

- Dans l’Evangile de Marc aujourd’hui : “Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.”

- Ailleurs dans le livre des Actes des apôtres : cette fameuse réflexion de quelques apôtres que je trouve tout à fait séduisante : “L’Esprit Saint et nous avons décidé”telle et telle chose. De temps en temps, ça me tente de parler comme ça. Ça renforce considérablement l’autorité.

- Et encore, dans l’Evangile de Jean au chapitre 16, la fameuse expression de Jésus : “Il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. » Il vaut mieux pour vous que je m’en aille, dit Jésus. Il est venu pour dire que tout ce qui est humain a une dimension divine. Et il faut qu’il parte, comme pour empêcher les hommes de l’idolâtrer, comme pour signifier : Dieu, c’est bien moi, mais ce n’est pas seulement ce que vous voyez. Aucun homme à lui tout seul, même pas moi, ne peut dire tout de Dieu. Jésus lui-même n’a pas fixé la manière de dire Dieu. Il n’était pas une photo de Dieu.

L’Ascension nous apprend d’abord à ne pas mettre la main sur Jésus. Le Christ échappe aux disciples. Il nous oblige à croire en sa nouvelle manière d’être présent. L’Ascension nous découvre le sens de l’Eucharistie: Jésus n’a plus à être à nos côtés puisqu’il veut être en nous ; il n’a plus à être notre compagnon de route, puisqu’il est notre force pour marcher ; il n’a plus à être vu puisqu’il devient notre regard ; il n’a plus à être notre ami puisqu’il est devenu notre force d’aimer ; il n’a plus à être notre interlocuteur, puisqu’il est devenu notre parole, plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes. Comme disait Louis Evely“Dieu nous laisse entre hommes. Pas moyen de le rencontrer autrement que par l’homme. Dieu est intérieur à l’homme et ne peut se manifester que par chacun d’entre nous. L’homme est donc seul responsable du silence ou de l’absence apparente de Dieu.”Matthieu, au chapitre 25, dit la même chose dans sa mise en scène du jugement dernier : “J’avais faim et vous m’avez donné à manger.”Et le pape saint Léon a pu écrire cette phrase lumineuse :“L’Ascension du Christ est notre promotion.”

Alors, quelle attitude adopter par rapport au message de cette fête Ascension – Pentecôte ?

Il y a deux attitudes : la première : Attendez, ne quittez pas - comme on dit au téléphone -avant d’avoir la communication, la force de l’Esprit. Ne quittez pas Jérusalem, attendez, priez. Et la seconde attitude : Et puis, allez-y, ne restez pas là à regarder le ciel.  Allez-y, action - comme on dit au cinéma : “Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins … jusqu´aux extrémités de la terre. ”En bref, vous allez recevoir ma force. Mais c’est pour que vous fassiez vous mêmes : dire Dieu, montrer Dieu, être signes de Dieu, c’est le travail des hommes ensemble. L’Ascension ne nous dit pas de baisser les bras, au contraire, mais de baisser la tête pour regarder au plus bas de notre monde, le plus pauvre qui nous attend. Maurice Zundel disait : “le ciel, on n’y entre pas, il faut le devenir.”

“Quant à eux,disait Saint Marc tout à l’heure, ils s’en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle.” Hyacinthe Vulliez, dans une revue liturgique, écrit ceci : “Annoncer la Bonne Nouvelle, ce n’est pas dire qu’il a vécu, qu’il est mort et ressuscité, car dire le passé, c’est faire de l’histoire, et non pas annoncer une nouvelle. Annoncer la Bonne Nouvelle, c’est annoncer qu’il est vivant, qu’il est Parole en chacun, Parole prête à parler et qui attend d’être écoutée. Une vraie nouvelle !”

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Homélie

Posté par rtireau le 22 novembre 2017

Fête du Christ Roi – A – 26 novembre 2017

Ezéchiel 34, 11-12.15-17 ; Psaume 22 ; 1 Corinthiens 15, 20-26.28 ; Matthieu 25, 31-46

La fête du Christ-Roi date de 1925 au temps du page Pie XI. Une époque où beaucoup d’états Européens ont pris une certaine autonomie par rapport à l’Église. Des chrétiens sont encore nostalgiques du temps où le Pape et les Évêques exerçaient une tutelle sur la vie de la cité. Certains rêvent de reconquête. En France, le souvenir de la séparation de l’Eglise et de l’Etat est bien présent. Ici ou là on chante le Christ-Roi avec des accents revanchards. Il y a erreur sur notre roi ! Et elle existe encore quelquefois cette nostalgie d’un Christ tout puissant :

- “Jésus était Dieu. Et Dieu, c’est le tout puissant.” Et on ne parle plus de Jésus que pour insister sur ses miracles. L’homme Jésus a disparu.

- Noël ! La naissance de Jésus en grande pauvreté devient quelquefois une fête enluminée de sacrée où disparaît le message chrétien.

- La défense que Jésus prend des indéfendables est souvent oubliée. Et au nom de Jésus, on a pu faire des lois de moralité. Et il fallait se confesser souvent car on avait peur pour soi d’abord. Les plus anciens se souviennent sûrement qu’ils ont chanté : “Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver ?”

Le texte d’aujourd’hui (Matthieu 25) conclut l’enseignement de Jésus avant sa Passion. Ce sont les Béatitudes, au chapitre 5, qui inauguraient cet enseignement. Jésus y avait annoncé son programme royal autour du mot Heureux. Il l’a accompli en fidélité à son Père, et c’est sur cette base qu’il jugera les hommes au dernier jour. Michel Scouarnec a écrit deux réflexions à ce sujet :

1 – « Dans la parabole, le Roi s’exprime au passé : « J’avais faim, j’avais soif… » Et les gens aussi : « Quand t’avons-nous vu ? » Au jour du jugement, Dieu dira : mon Royaume ce n’est pas seulement celui d’après la mort. Votre monde est aussi le mien. J’y suis présent. M’y reconnaissez-vous ? Faites que règnent amour et partage sur votre terre, et vous vivrez déjà ce que vous espérez.” »

2 – « Le roi ne dit pas : vous n’avez pas nourri les affamés. Il dit : “Moi, j’avais faim et vous ne m’avez pas donné à manger”. Il s’identifie en quelque sorte à l’affamé, au prisonnier, au malade. Voilà la grande nouveauté de l’Evangile. »

Notez bien les critères évoqués dans le récit de Matthieu : ils ne sont pas religieux. Ils sont humains et concernent les droits de chacun. Le texte met en rapport le Christ et tous les humains sans indications d’une appartenance à une nation, une religion, un âge, un sexe.

- Il y a le critère économique : nourriture et boisson sont nécessaires pour vivre et survivre.

- Il y a le critère social : sans vêtement et sans logement ou hébergement, comment vivre dans la dignité ? Comment entrer en relation avec les autres

- Et il y a le critère éthique et politique. Chacun doit pouvoir se déplacer librement pour rencontrer, pour être aidé, pour être soigné et visité s’il est alité, s’il est infirme ou en prison.

Pour y voir plus clair, je vous propose les deux questions qui furent posées à Jésus :

1ère question : “Es-tu roi ?”  Question posée par Pilate. Réponse de Jésus : “Ma royauté ne vient pas de ce monde.” Il est roi, mais pas à la manière de ce monde :

- Jésus-Roi, oui, mais la veille de sa mort, il a lavé les pieds de ses disciples.

- Jésus-Roi, oui, mais ce jour-là son manteau royal était le manteau rouge des fous. Et il allait être torturé. La croix est le seul trône élevé sur lequel il ait accepté de siéger.

- Jésus-Roi, oui, mais roi fraternel : “Ce que vous faites au plus petit, c’est à moi…” Au jour de Dieu, tout dépendra de la réponse à la question du Seigneur : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

- Jésus-Roi, oui, mais tellement discret. “Quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim ?” Très importante la surprise de tous en apprenant le lien du Christ à l’humain en détresse. Ça veut dire que générosité et solidarité ont valeur en elles-mêmes et que le Royaume de Dieu a les traits du frère en difficulté. Le plus court chemin pour aller vers le Christ est le détour par l’autre.

 

2de question à Jésus : « Où est ton Royaume ? » Réponse : “Il est au milieu de vous.” C’est en vivant notre vie d’hommes que nous le construisons ou non. “Le Royaume est là, dit Hyacinthe Vulliez, non pas dans le pauvre, comme on l’a dit, mais dans le partage avec le pauvre. Dieu est fait présent par le partage du pain.” Alors, si l’on partage tout à l’heure de ce pain devenu Corps du Christ, c’est que nous voulons partager chaque jour avec les frères les plus pauvres.

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Homélie

Posté par rtireau le 9 novembre 2017

32° dimanche dans l’année A – 12 novembre 2017

Sagesse 6, 12-16 ; Psaume 62 ; 1 Thessaloniciens 4, 13-18 ; Matthieu 25, 1-13

Chaque dimanche jusqu’au temps de l’Avent, nous lisons le chapitre 25 de Matthieu. Il a été notre évangéliste toute l’année et c’est lui qui donne le plus de place à la parabole du jugement dernier. Sans doute les communautés chrétiennes à qui il s’adresse sont sous le choc du saccage de Jérusalem par les Romains. Il écrit en effet dans les années 80, peu de temps après la chute de Jérusalem en 70. Les chrétiens issus du judaïsme sont donc en train de vivre réellement la fin d’un monde. Peut-être même croient-ils que c’est la fin du monde, puisqu’ils attendent le retour du Christ.

Mais le monde est toujours là, et nul ne connaît ni le jour ni l’heure de sa fin. Ce que nous savons c’est qu’il n’est pas sans fin. Les jours et les années ont une fin, les civilisations et les cultures aussi, et même la terre puisque les scientifiques nous disent que le soleil s’éteindra un jour. C’est dans ce provisoire que l’Esprit de Dieu construit l’éternité de l’amour. La parabole dit de ne pas perdre de vue le caractère provisoire de notre condition et nous invite à la sagesse, en nous mettant en garde contre une inconscience folle. On peut mettre côte à côte sagesse et folie, à travers les détails de la parabole.

Le sage sait prévoir : il tire des leçons de son passé ; il anticipe et envisage l’avenir avec ses risques et ses limites. Le fou a le nez sur le guidon. Pour lui il n’y a que le présent qui compte. Il est sans mémoire et sans perspective. Il est fataliste. Il dit : “c’est le destin.” La version moderne de ce fatalisme, c’est l’épuisement des ressources de la planète et le fossé entre pauvres et riches. On est conscients qu’on va dans le mur mais on dit souvent qu’on ne sait pas faire autrement.

Prévision, provision et prudence vont ensemble pour le sage. Il sait que la nuit peut être longue et emporte avec lui une provision d’huile. Pour le fou, inutile de s’encombrer et de faire des réserves. Inutile de penser aux générations à venir : “Après nous le déluge.” La Fontaine aurait dit qu’il s’est habitué à être cigale et qu’il se moque des fourmis. Il est dépendant et assisté. Il se dit que les autres auront fait des provisions pour lui. Il est même capable de se fâcher si les autres ne partagent pas avec lui. Il ne voit pas que lui-même ne partage souvent rien. Il est incapable de se prendre en main, comment penserait-il aux autres ?

Le sage a l’esprit et le cœur toujours en éveil, en attente et en patience. Veilleur, il ne veut pas se laisser surprendre par le mal qui rode en lui et autour de lui. Amoureux, il savoure, en gardant son cœur éveillé, la venue de la personne bien-aimée. Quelle que soit l’heure, il se tient prêt. Le fou, lui, s’assoupit et s’endort. Il n’a pas d’autre désir ni d’autre amour que de lui-même. La patience n’est pas son fort et son espérance est vide.

Chacun peut facilement trouver comment cette parabole est actuelle. Je veux juste souligner un appel qui nous concerne tous : si l’on peut comparer la foi à l’huile d’une lampe qui éclaire nos nuits, qui entretient notre espérance et notre amour de Dieu, ils nous faut aujourd’hui, plus qu’autrefois, compter davantage sur nous-mêmes. Il nous faut nous-mêmes faire réserve d’huile. Autrefois la foi de l’Eglise dispensait beaucoup d’entretenir leur foi personnelle. Aujourd’hui, sans l’huile de la réflexion, de la prière et de la lecture de la Parole, nous risquons d’être vite incapables de rendre compte de notre foi personnelle, nous risquons de rater beaucoup de passages de notre Dieu et beaucoup de signes du ressuscité.

Au fait, comment va la lampe de chacun ? Nous pourrions la remplir avec l’huile de la sincérité pour aller à la rencontre des autres et de Dieu. Nous oublions souvent l’huile de la patience et celle du temps qu’il faut pour écouter l’appel au secours de nos frères. Et l’huile de la confiance en l’action de Dieu dans notre monde beaucoup déchiré ? Même la fantaisie et l’imagination peuvent être une huile qui nous nous aide à oser créer des choses nouvelles. 

Notre désir et notre espérance sont l’huile avec laquelle nous pouvons faire devenir réalité en notre cœur le Royaume de Dieu qui nous est annoncé. Ecoutez la conclusion du poème intitulé Parti pris de Colette Nys-Masure : « Je ne maudirai pas les ténèbres, je tiendrai haut la lampe. »

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Homélie

Posté par rtireau le 13 avril 2017

Veillée pascale dans l’année A – 16 avril 2017

Matthieu 28, 1-10

On a posé un jour la question à Jacques Noyer, ancien évêque d’Amiens : “Il paraît que de nombreux chrétiens ne croient pas à la Résurrection de Jésus. Comment est-ce possible ?” Au milieu de sa longue réponse, il y avait ceci : “Peut-on croire que le monde serait devenu chrétien avec cette rapidité simplement parce qu’un homme serait sorti du tombeau ? Mais des histoires comme celle-là, on en racontait tous les
jours, et des plus extraordinaires. Croire en Jésus, c’était accueillir un nouveau visage de Dieu, un Dieu qui n’était pas du côté des riches, des rois et des prêtres, un Dieu qui ne figeait pas les vies sous un jugement définitif, un Dieu qui n’appelait pas à la violence mais au pardon, un Dieu qui aimait comme un Père et invitait à nous
aimer les uns les autres.”

Mon ami théologien Jean-Yves Baziou a lui-aussi une très belle annonce de résurrection : “Ce qui permet de traverser la mort, ce qui reste d’une existence et qui est sa part d’éternité, c’est la générosité dont elle a été capable. Car ce que tu auras donné de toi, même la mort ne peut pas te le ravir puisque c’est déjà donné. C’est pour cela que l’amour ne passera jamais… Nous entrons en résurrection, nous faisons résurrection, quand nous donnons du goût de vivre par l’éclat de nos yeux, par l’attention à qui n’est jamais regardé, par la prononciation d’un mot aimable à qui est dans la solitude, quand nous savons voir dans un visage abîmé quelqu’un de bien.”

Gérard Naslin, prêtre de Nantes, a mis son message de résurrection en forme de poésie :

- On a mis à mort celui qui, d’un regard, redonnait la dignité aux blessés de la vie. Alors Marie Madeleine  le reconnaît lorsqu’il l’appelle par son nom. (Jean 20, 16)

- On a mis à mort celui qui avait parlé de l’amour comme d’un don. Alors Thomas le reconnaît à ses blessures, preuves du don de sa vie.

- On a mis à mort celui qui avait déclaré « bienheureux les artisans de paix ». Alors les disciples le reconnaissent à sa salutation : « la paix soit avec vous ! » ((Jean 20, 19)

- On a mis à mort celui qui avait partagé le pain. Alors deux de ses disciples le reconnaissent au geste de la fraction dans l’auberge d’Emmaüs. (Luc 24, 30-31)

La mort n’a pas eu le dernier mot. Désormais ce qui aura le dernier mot, c’est la Vie, l’Amour, la Paix, la Foi, telle est notre espérance. Autrement dit, on a fait taire Jésus, mais sa mort elle-même a été parole.

Ce sont trois annonces de la résurrection. Jean Corbineau en a raconté une toute simple lors d’une messe télévisée. Dans un village, un ancien et une jeune vacancière marchent dans la rue. En haut d’une côte, un vieux calvaire : une croix de bois et, dessus, le corps du crucifié. La jeune femme s’arrête. L’ancien croit qu’elle prie. Mais très vite la phrase lui arrive : “Qui est cet homme qui est accroché au bois ?” L’ancien comprend qu’il ne faut ni sourire ni s’étonner. Elle est d’une autre génération, voilà tout. Alors il lui dit ce qu’il sait des évangiles : “Cet homme s’appelle Jésus ; il a été arrêté alors qu’il était innocent ; on l’a forcé à porter le bois de sa croix et on l’a cloué dessus ; mais pour moi il est vivant, il est Dieu avec nous. Il a ouvert un chemin, et beaucoup le suivent.” L’ancien parlait calmement, comme dans une prière. La femme prononça un seul mot : “Merci” et poursuivit sa route. Elle venait de recevoir la première annonce chrétienne de résurrection.

 Très souvent, aux célébrations d’obsèques, je fais moi-aussi une annonce de résurrection en lisant la très belle poésie de Gabriel Ringlet :

“Oui, nos mains vont disparaître … Mais nos poignées de main, mais nos signes de bonjour, mais nos gestes d’adieu, mais l’invisible chemin de nos caresses … nous n’allons pas les brûler.

Oui, nos pieds vont disparaître … Mais la foulée de nos promenades, mais l’élan de nos courses, mais le saut de nos jeux, mais le pas de nos danses et de nos rendez-vous, nous n’allons pas les noyer.

Oui, nos visages vont disparaître, et nos oreilles, et nos lèvres, et nos yeux … Mais nos sourires, mais nos écoutes, mais nos regards, mais nos baisers, nous n’allons pas les enterrer.”

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Homélie

Posté par rtireau le 8 décembre 2016

3°  dimanche de l’Avent dans l’année A – 11 décembre 2016

 Isaïe 35, 1-6a.10 ; Psaume 145 ; Jacques 5, 7-10 ; Matthieu 11, 2-11

Dimanche dernier, on lisait Matthieu au chapitre 3 : “Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu… qui ne s’éteint pas.” C’était Jean-Baptiste qui annonçait la manière forte. Aujourd’hui, le même Jean-Baptiste a envoyé ses amis enquêter sur Jésus et il est sûrement surpris : au lieu de condamner les pécheurs au supplice éternel avec “le feu qui ne s’éteint pas”, Jésus ouvre les bras à toute détresse, il guérit, il pardonne. Même qu’il appelle des pécheurs à travailler avec lui et qu’il mange à leur table. Jean Baptiste avait annoncé la vengeance de Dieu, et c’est la miséricorde qui est offerte.

Dans la 1ère lecture, au chapitre 35 d’Isaïe, on entendait aussi des mots terribles comme vengeance ou revanche de Dieu. Mais même dans le contexte du message d’Isaïe (Israël a trahi l’alliance de Dieu et a subi la déportation ), quand Dieu prend sa revanche, ce n’est pas en punissant son peuple mais en le faisant revenir d’exil. La vengeance de Dieu c’est la revanche de la bonté sur la haine, de la paix sur la violence, de la libération sur l’esclavage, de la lumière sur les ténèbres, de la vie sur la mort, la revanche du pardon sur le péché. La grande revanche de Dieu par rapport à l’humanité qui le trahit et le rejette, nous allons la fêter à Noël : il vient vivre avec nous et donner sa vie pour nous en la personne de son Fils, Jésus-Emmanuel.

Véritable épreuve pour Jean-Baptiste qui attendait une manifestation de justice éventuellement par la force, ne serait-ce que pour le sortir de sa prison. Eh bien non ! Jean Baptiste ne prendra sa vraie stature que lorsqu’il envisagera d’être libéré de sa captivité non pas par un Dieu tout-puissant, mais par sa propre vie donnée en communion à la mort prochaine de Jésus sur la croix. C’est comme ça qu’il sera le précurseur. Le vrai Libérateur est celui qui consent à tout perdre, même le pouvoir divin, pour instaurer un Royaume nouveau, celui où règne la puissance de l’amour.

Car les signes du Royaume de Dieu ne sont jamais violents, ils sont discrets, cachés et ils passent facilement inaperçus. Le vrai Dieu, celui de Jésus, ne se manifeste jamais par des attitudes fracassantes, mais par des gestes qui sauvent : un respect de tout être et un pardon généreusement offerts. Le Messie est bien là, la libération a bien commencé. Mais le seul signe que le Règne de Dieu est commencé, c’est qu’il y a de l’amour. Nous ne devons pas attendre d’autre signe.  C’est sans doute pour ça que Jésus ne répond pas à la question – “Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?” – parce que la réponse n’est pas en paroles.  Le signe que Dieu est là n’est pas une explication. Dieu est là quand il y a de l’amour.

«Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?» Normalement, après 2000 ans de christianisme, la question ne se pose plus : les chrétiens croient que Jésus est bien celui qui devait venir ! Ce Jésus de l’évangile et du caté, des célébrations et de la prière, il est bien celui qui devait et qui doit venir ? Oui sans doute ! Mais est-ce qu’on ne l’aurait pas un peu déguisé et  arrangé à notre avantage de riches de monde industrialisé ? Est-ce qu’on n’aurait pas fabriqué un Jésus confortable qui ignore souvent les plus pauvres ? Est-ce qu’on ne l’aurait pas façonné à notre image d’hommes blancs, à la mesure de nos besoins économiques et de nos modèles sociaux ?

En réalité, ce Jésus qui vient est toujours infiniment plus que celui que nous avons cru recevoir. Celui qui frappe à notre porte est différent de celui que nous avons accueilli. Des contemporains de Jean-Baptiste attendaient un nouveau David qui remettrait debout la nation juive. D’autres espéraient un Messie puissant qui prononcerait le jugement de Dieu. Jésus vient. Et il n’est ni l’un ni l’autre. Et il répond aux messagers de Jean : “Allez lui rapporter ce que vous entendez et voyez !”

Entendre encore. Voir encore ! Nous avons toujours à accueillir un Jésus autre que prévu ou souhaité. Jamais le même, toujours nouveau, sans cesse à redécouvrir. La joie de la foi est là, tous les jours, dans les yeux étonnés qui regardent vers Noël, l’enfant qui vient. Église d’aujourd’hui, es-tu la communauté d’amour de Jésus et de sa Bonne Nouvelle aux pauvres ou devons-nous attendre une autre Église ?

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Homélie

Posté par rtireau le 19 octobre 2016

30° dimanche dans l’année C – 23 octobre 2016

Siracide 35, 12-14.16-18 ; Psaume 33 ; 2 Timothée 4, 6-8.16-18 ; Luc 18, 9-14

D’abord quelques échos de la 1ère lecture, le temps pour chacun de se laisser imprégner : “Le Seigneur ne défavorise pas le pauvre. – Il ne méprise pas la supplication de l’orphelin ni la plainte répétée de la veuve.” Et dans le psaume : “le Seigneur est proche du cœur brisé.” Souvenez-vous : l’histoire du jugement dernier (Matthieu 25) : “Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi.” ; et le Magnificat de Marie : “Il renverse les puissants, il élève les humbles, il comble de biens les affamés, il renvoie les riches les mains vides.”

Non, je n’ai pas l’intention de faire un discours moralisant sur l’attention aux plus pauvres. Mais j’ai envie d’évoquer un courant théologique dans la ligne des théologies de la libération. Un courant qui dit, non pas : je suis chrétien, donc je dois être attentif aux pauvres, mais : mon souci des pauvres constitue mon être croyant. Mon rapport aux pauvres est le lieu même où s’enracine ma foi. Compliqué ? Sans doute, mais ça peut s’éclairer petit à petit. Dans un livre intitulé La cause des pauvres, Alain Durand a écrit : “Le rapport aux pauvres n’est pas un affluent qui viendrait grossir le fleuve de la vie chrétienne, il est au lieu même où le fleuve prend sa source.”

Je traduis à ma façon :

- non pas : j’ai la foi, donc je doit faire attention aux pauvres. Mon beau geste serait conséquence de ma foi. Quand on entend : “Ils sont chrétiens et ils ne sont pas meilleurs que les autres”, c’est bien de ça qu’on parle.

- mais : l’attention que je porte aux plus petits est le lieu-même où le Christ se donne à rencontrer. Sans doute faut-il une attitude particulière pour vivre ça : non pas la suffisance qui est fière de donner, mais l’attente d’une rencontre, d’un réel échange. En bref, une attitude de pauvre.

“Heureux les pauvres” dit Jésus. “Heureux, disait quelqu’un, ceux chez qui il reste de la place. Le contraire des hôtels quand ils affichent complet.”

“Heureux ceux qui pleurent”. Le même traduisait : “Heureux ceux qui sont capables de pleurer, ceux qui n’ont pas le cœur complètement sec.”

Vous devinez que tout ça n’est pas sans lien avec la parabole du pharisien et du publicain. A propos, quelle image du pharisien avez-vous en tête ? Pendant toute mon enfance je l’imaginais majestueux d’orgueil, et mauvais. Et un publicain, c’était plutôt un pauvre bougre un peu dépenaillé, mais bon. Et puis j’ai appris qu’en réalité c’était plutôt l’inverse : un pharisien était un ascète plein de qualités et de vertus ; et un publicain était plutôt un parvenu enrichi souvent malhonnêtement. C’est leur attitude intérieure qui va tout changer. Il y a un retournement dont l’Evangile a le secret. Le publicain s’en alla justifié, devenu juste, retourné, un peu comme Zachée sans doute.

D’après le contenu de sa prière, le pharisien était un homme juste. Il pratiquait parfaitement la loi. Il était respecté parce que respectable. Mais si, aux yeux des hommes, la prière du pharisien était celle d’un juste, cette prière ne l’a pas rendu juste aux yeux de Jésus, parce qu’il se met à part des autres et met en avant ses mérites. Il agit sans doute avec justice, mais son action et sa prière manquent de justesse. Il est peut-être juste, mais il n’est pas ajusté. Sa prière paraît parfaite, mais elle est fermée : aucune ouverture par où la grâce pourrait pénétrer. En somme il ne s’est pas mis réellement en présence de son Dieu. A la limite, en a-t-il même besoin ? Pas sûr ! Ou plutôt, si ! Il a simplement besoin de quelqu’un à qui il puisse dire qu’il est le meilleur.

Pendant ce temps, le publicain va demander à Dieu de faire quelque chose pour lui. Il a besoin de Dieu pour sortir de sa misère. Il sait qu’il ne vit pas dans la justice. Aussi il demande à Dieu de l’ajuster à lui.

C’est un peu comme Saint Paul (2de lecture). Il se glorifie lui aussi d’abord : “J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi”;  puis petit à petit il change d’attitude : “Le Seigneur m’a assisté.”  Un retournement qui chante tout.

C’est, je crois, Kierkegaard, un grand penseur danois du 19ème siècle, qui a écrit cette parole lumineuse : “Le contraire du péché, ce n’est pas la vertu, mais la foi”.

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