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Homélie

Posté par rtireau le 6 janvier 2020

Fête du Baptême du Seigneur dans l’année A - 12 janvier 2020

Isaïe 42, 1-4.6-7 ; Psaume 28 ; Actes 10, 34-38 ; Matthieu 3, 13-17

“Jésus paraît, dit l’évangile, sur les bords du Jourdain”, ce fleuve unique au monde. En hébreu le mot Jourdain signifie le descendeur. Il prend sa source dans le mont Hermon, à 520 mètres d’altitude, il est le seul à descendre aussi bas, dans la Mer Morte, à 394 mètres en dessous du niveau de la mer. Voilà jusqu’où descend Jésus. Il n’avait nullement besoin de confesser des péchés ! Et pourtant, il descend à son tour vers les eaux sales du Jourdain. Il se solidarise ainsi avec les pécheurs, comme pour s’enraciner dans son peuple et le ramener vers le Père. Il plonge dans un peuple, il s’engage avec lui, il se mouille avec lui.

L’eau est un mystère qui traverse toute la Bible. Depuis les eaux du Déluge qui détruisent, jusqu’aux eaux du Jourdain qui régénèrent : mystère de vie et de mort, eaux de la mort et eaux maternelles, traversée de la Mer Rouge et surtout passage du Ressuscité à travers l’océan de la mort. Depuis ce jour où Jésus est descendu jusqu’au fond, il n’est pas de pécheur, même le plus abîmé, qu’il ne puisse rejoindre. Il s’est fait le plus proche des plus éloignés. Et c’est quand son humiliation arrive au plus bas qu’éclate la manifestation du Père. Le Père lui fait sa déclaration d’amour : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui, j’ai mis tout mon amour.” Il sera la voix du Père parmi les hommes. Et l’Esprit à son tour descend “comme une colombe”. Car cet homme, si semblable aux autres, est le Fils de Dieu, tellement rempli de l’Esprit qu’il pourra le donner à tous les hommes pour en faire des fils de Dieu.

Le baptême révèle Jésus comme notre baptême nous révèle à nous-mêmes. Baptisés, nous remontons des eaux de la mort par la puissance de l’Esprit et nous nous découvrons fils, sous le regard du Père. Invités à notre tour à montrer le visage du Père autour de nous : “Fais paraître dans ta vie un nouvel aspect du visage de Jésus-Christ que personne n’a encore manifesté.” Vous qui êtes baptisés, vous qui avez fait baptiser vos enfants, avez-vous commencé de faire paraître un aspect du visage de Jésus ?

“Tu vas toujours à ta psychothérapie de groupe” demandait quelqu’un à un chrétien un jour ? Il avait tout à fait compris, celui-là, l’intérêt qu’il y a à faire partie de la communauté des chrétiens. Et une autre fois : “Ah oui, tu es chrétien parce que tu as eu des problèmes de santé ?”  Réponse de l’interrogé : “Non, c’est parce que des gens m’ont donné envie de vivre.” Fameux baptême !

Des gens m’ont donné envie de vivre. Une phrase qui rejoint le mot que j’aime bien quand je pense baptême, le mot commencements. Une Église qui se soucie de ses commencements est une Église vivante. Je me souviens de Thaï, jeune adulte Viet-Namien, baptisé à une veillée pascale à Rennes, en présence d’environ 500 personnes. Les semaines d’après, il ne pouvait plus se déplacer dans le quartier sans qu’on lui saute au cou de toutes parts. Fameux recommencement dans sa vie.

Des gens m’ont donné envie de vivre. Le baptême : un nouveau commencement. Avez-vous remarqué la différence de physionomie entre ceux qui vous annoncent : “Je viens de commencer le piano… la danse… le foot… ou à surfer sur Internet…” et ceux qui vous disent : “Oh, j’ai arrêté la musique, j’en avais marre. J’ai arrêté le sport, je n’avais plus temps…” ou “J’y arrivais pas…” Avez-vous remarqué la différence de physionomie ? Eh bien en principe, l’Eglise est toujours du côté de ceux qui commencent. L’Eglise est toujours du côté des joyeux commencements,  du côté de ceux qui sont en route, en marche, en chemin.

Des gens m’ont donné envie de vivre. Ils ont été comme une lumière pour moi : 

Voulez-vous une histoire d’enfants pour dire ça ? C’est un petit garçon qui visite une cathédrale avec sa grand-mère et qui découvre les vitraux.

- “C’est qui, ces gens-là ?” demande l’enfant, en montrant un vitrail.

- “Ce sont les chrétiens !” répond la grand-mère.

Peu après, à l’école, I’instituteur demande : 

- “Qu’est-ce qu’un chrétien ?” 

et l’enfant de répondre immédiatement : 

- “C’est quelqu’un à travers qui on voit la lumière.”

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Petit traité de l’espérance…

Posté par rtireau le 29 décembre 2019

Petit traité de l’espérance à l’usage des contemporains. 

D’après Adrien CANDIARD, dans son livre « Veilleur, où en est la nuit ? » 

Jérémie, bien que prophète, est le plus complet des défaitistes. Il prêche la soumission pure et simple au roi de Babylone, oppresseur. En cas de révolte, la victoire du roi de Babylone est inévitable… 

Avoir la foi, dit Jérémie, ce n’est pas vivre dans un monde enchanté où Dieu réglerait tous nos problèmes : c’est d’abord regarder le monde en face, le mal en face. Et c’est pourtant dans les jours d’angoisse du siège de Jérusalem que Jérémie se met à écrite des folies. Il annonce que Dieu va tout recréer, à partir de rien. 

Souvent notre foi, loin de renforcer notre espérance, la fragilise encore davantage. Car la foi, dans nos contrées, se porte mal. Comme croyants, nous vivons davantage un chemin de croix qu’une marche triomphale. Don Camillo n’intéresse plus Peppone, tout entier préoccupé par l’imam du village.

Aujourd’hui, nous sommes mûrs pour l’espérance. Car pour parler de l’espérance, il faut commencer par regarder le désespoir en face. On se méfie souvent de l’espérance, et singulièrement de l’espérance chrétienne. N’est-ce pas une histoire de naïfs indécrottables qui veulent tellement croire que tout va bien que, lorsque les faits leur donnent tort, ils s’inventent un ciel où tout irait mieux, qui a le double avantage de régler absolument tous les problèmes et de n’être jamais démenti par les faits ?

L’espérance chrétienne ne réclame pas d’optimisme, mais du courage. Pour espérer en Dieu, il faut accepter d’abord de quitter toutes les autres espérances, tous les filets de sécurité qui nous évitent d’avoir à faire le grand saut de la confiance en Dieu. Contrairement à tant de nos devanciers, que les succès de la foi pouvaient aveugler, nous n’avons plus tellement d’autres choix que le désespoir devant la catastrophe ou l’espérance en Dieu. La seule promesse que Dieu fait à Jérémie, ce n’est pas la réussite. C’est la promesse de sa présence.

Alors grandit, du même coup, le faux espoir symétrique. S’il est faux de penser que ça ira mieux demain, il est tentant de se dire qu’il suffit de revenir en arrière pour résoudre tous les problèmes. Rien n’est moins chrétien que de serrer sans fin dans ses bras le cadavre de la vieille chrétienté. Jérusalem est tombée, et ses murailles ne seront pas reconstruites. Nous avons à renoncer à voir se réaliser, même partiellement, le triomphe de l’Eglise, pour accepter le paradoxal triomphe de la croix.

Une seule promesse pour rattraper tout le reste « Je serai avec toi. » Cette présence promise a un coût exorbitant : elle exige de renoncer d’abord à toutes les consolations imaginaires dont nos vies sont remplies. Dieu n’existe que dans le monde réel : c’est le Dieu du présent, pas celui des rêveries et des châteaux en Espagne.  

L’espérance chrétienne espère nécessairement contre toute espérance, c’est-à-dire contre tous les faux espoirs qui nous protègent d’une rencontre rugueuse avec le monde réel où Dieu nous attend. Comment pourra-t-il nous sauver si nous sommes ailleurs ? Les images populaires et naïves du paradis n’ont réussi qu’à le ridiculiser et en faire, dans la culture commune, un lieu un peu mièvre où pourront s’épanouir les moins dégourdis des enfants du catéchisme. L’espérance chrétienne n’est possible que parce que Dieu s’est donné le premier. Il ne s’agit pas d’attente, mais de don – d’un don que nous devons simplement recevoir. Dieu n’est pas à venir ni à attendre : il est déjà donné, et la seule difficulté consiste à accepter ce don.

Le Salut, s’il est porteur de la joie véritable, n’est nullement une partie de plaisir ! Mais si nous n’osons pas en parler, bien souvent, c’est parce que pendant des siècles, l’Église s’est trop intéressée à la vie après la mort, et pas assez à ce monde-là. Quand je parle de salut et de vie éternelle, je ne parle pas de la vie après la mort. En tout cas, pas seulement. Si Jésus nous ouvre la vie éternelle, c’est qu’il nous oblige a renoncer à nos frontières entre la vie ici-bas et la vie dans l’au-delà : c’est la même vie ! La vie éternelle commence maintenant, et elle se poursuit éternellement. 

Espérer, c’est quelque chose de concret : c’est croire que Dieu nous rend capables de poser des actes éternels. Que, quand nous aimons, cet amour est une fenêtre que nous ouvrons sur l’éternité. Comme nos vies changeraient, si nous savions ordonner nos priorités en fonction du poids d’éternité de nos actions : l’ambition, le souci de gagner de l’argent, l’envie de se faire reconnaître se retrouveraient très vite au bas de la pile. On découvrirait que préparer un gâteau pour une voisine isolée, à qui cela fera plaisir, construit bien plus l’éternité que son poids de farine, d’œufs et de sucre ne le laisserait croire.

Transformer les événements en occasion d’aimer, c’est reproduire au quotidien le miracle de Cana. C’est changer l’eau de la vie ordinaire en vin de vie éternelle. Il vaut la peine de s’exercer sur des petites choses. Un embouteillage, en soi, ça n’a pas de goût. C’est nous qui choisissons, presque par réflexe, d’en faire un sujet d’agacement, voire d’énervement. Mais c’est vrai pour tout le reste : les enfants qui crient au lieu de jouer sagement, le bus qui prend son temps alors qu’il fait si froid à l’arrêt, l’ami qui annule à la dernière minute ce dîner que j’attendais avec impatience, tout cela aura le goût que nous lui donnerons : toutes ces situations nous donnent des gens à aimer davantage ; toutes nous procurent des occasions d’aimer, et donc d’être heureux. Il suffit de chercher un instant, et c’est un exercice auquel on devient meilleur si on en prend un peu l’habitude. Cette habitude vaut la peine d’être prise, car si nous nous exerçons sur ces petits événements, alors nous saurons peu à peu produire la même transformation pour les événements plus importants, et plus difficiles. Un chagrin d’amour ou le décès d’un être cher peuvent être aussi des occasions d’aimer.

La croix ne sauve personne. Elle tue, elle fait souffrir : c’est un instrument de supplice, certainement pas de salut. Mais quand nous disons qu’elle sauve, c’est évidemment par un raccourci de langage dont nous sommes coutumiers, comme quand nous disons que nous prenons le volant pour désigner par là la voiture tout entière. Ce n’est pas la croix qui sauve qui que ce soit, mais la manière dont Jésus a vécu le supplice de la croix. La croix ne sauve personne, mais parce qu’il a fait de la croix le lieu du plus grand amour, parce qu’il a choisi le pardon universel, la croix est devenue sans le vouloir l’instrument du salut. Si nous sommes chrétiens, si nous sommes le corps du Christ, alors il est normal que nous soyons nous aussi fixés à la croix. 

Aller à la messe, c’est faire mémoire que la foi chrétienne est fondée sur une débandade, une catastrophe dont elle n’aurait dû jamais pouvoir se remettre… Le commandement suprême, « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », ne nous propose pas l’amour du Christ comme un exemple qu’il s’agirait d’imiter, alors qu’il est par définition tout à fait hors de notre portée. « Comme je vous ai aimés » a un sens bien plus fort que celui d’un modèle ; il indique la source de notre amour. Aimez-vous les uns les autre avec l’amour dont je vous ai aimés, avec l’amour dont je ne cesse de vous aimer. Sans le savoir, souvent, notre monde nous pose la même question. « Veilleur, où en est la nuit ?» Il nous interroge sur notre espérance… Il attend de nous que nous vivions dans l’espérance, c’est-à-dire que nous vivions pour l’éternité, que nous vivions pour ce qui compte vraiment et ne passera jamais.

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Homélie

Posté par rtireau le 24 septembre 2019

26° dimanche dans l’année C – 29 septembre 2019

Amos 6, 1-7 ; Psaume 145 ; 1 Timothée 6, 11-16 ; Luc 16,19-31

Fameux Evangile de Lazare et du mauvais riche… Je m’en doutais. Personne n’a sursauté quand j’ai dit mauvais. Remarquez, vous n’êtes pas tout seuls. Dans ma vieille bible de 1955, le titre est bien Lazare et le mauvais riche. Et pourtant nulle part dans le texte il n’est écrit mauvaisD’ailleurs, est-il si mauvais ? C’est vrai qu’il n’a pas tellement le souci du pauvre qui est installé devant chez lui, mais au moins il ne cherche pas à le mettre dehors !

En réalité, ce que Jésus dit, ce n’est pas que la richesse soit mauvaise, mais qu’elle risque tellement d’aveugler. Le riche n’a rien refusé au pauvre. D’ailleurs, Lazare n’a rien demandé. Tout simplement, le riche n’a pas vu. Sa porte verrouillée ne laisse rien passer, même pas les miettes. Il n’a pas vu. Il y a un proverbe espagnol qui dit : “Si tu veux te rendre invisible, fais-toi pauvre.”

Question : comment s’appelle le riche ? L’homme riche est sans nom, anonyme. Le pauvre, lui, porte un nom. Un beau nom d’ailleurs : El’Azar, Dieu aideDieu a secouruLe nom est le signe de l’existence sociale. La société ne vous tolère pas si vos papiers ne sont pas en règles, avec le nom, la photo et la signature. Dans un groupe, vous existez quand vous dites votre nom et quand les autres vous appellent par votre nom. 

Le riche de la parabole n’a pas de nom. Pourtant il en avait des relations. Sa réussite était visible avec les banquets qu’il offrait autour de lui. Lazare, lui, qui porte un nom, est seul, abandonné. Sa seule compagnie est celle des chiens. Et Saint Luc lui dresse une haute stature, comme pour montrer l’absurdité de la situation du riche et de ses prétendues relations. 

En fait Saint Luc appelle à la conversion. N’attendez pas ! C’est maintenant que vous êtes appelés à ouvrir vos oreilles et votre porte à la Parole. C’est maintenant que vous êtes appelés à vivre des relations où l’on se nomme vraiment. L’au-delà, c’est déjà maintenant !

 Mais je vois bien que vous avez du mal à me suivre et à être d’accord avec ce texte. Moi aussi, je vous dirai. La preuve c’est que les jours derniers J’ai écrit une lettre à Jésus : Je lui ai dit : “C’est trop facile de dénoncer la richesse et les riches. Si tu avais femme et enfants, si tu risquais d’être au chômage, si tu devais payer des impôts, l’eau, le gaz, l’électricité, les annuités d’emprunts pour l’appart, peut-être que tu aurais mis toi-aussi des sous de côté.”

“Et puis Luc, qui est si dur pour les riches, raconte que des femmes t’accompagnaient et t’aidaient financièrement : alors, c’est facile d’être pauvre quand d’autres sont riches pour vous, quand on est souvent invité. Pas d’accord, respectueusement… Veuillez agréer…”

En fait, je ne l’ai pas envoyée, ma lettre, je n’avais pas l’adresse exacte. Mais je l’ai portée à Jésus. Il l’a lue. Il m’a souri. Il n’a rien dit. Maintenant, je sais bien qu’il ne répondra pas. Je le sens parce que son regard m’accompagne. Je ne sais pas ce qu’il faut faire, lui non plus peut-être, mais il faut faire quelque chose. Je regarde la carte du monde, l’abondance et la misère. Je regarde autour de moi. Je me trouve un peu ridicule d’avoir écrit à Jésus et de lui avoir porté la lettre. Je sens bien que c’est moi-même qui dois répondre aujourd’hui. 

Et ce n’est pas la peine d’attendre un miracle pour bouger : 

“Je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père pour prévenir mes 5 frères… Si quelqu’un vient de chez les morts pour les avertir, ils se convertiront.”

“Non, dit Abraham. S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, même avec un miracle, ils ne bougeront pas”… Un miracle, ce serait moins fort que Moïse et les Prophètes !

Ils ont Moïse et les Prophètes… et nous, nous  avons l’Evangile. Un miracle, c’est moins fort que l’Evangile. Pourquoi attendre un miracle ? C’est l’Evangile et son invitation à partager qui appellent à changer de vie. Et quand on lit bien l’Evangile, il nous secoue encore plus fortement que quelqu’un qui ressusciterait des morts. Car l’Evangile nous dit : Celui qui n’a pas vu le pauvre, la distance qu’il a mise entre le pauvre et lui, c’est entre Dieu et lui qu’il l’a établie.

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Homélie

Posté par rtireau le 6 juin 2019

Fête de la Pentecôte – 9 juin 2019

Actes 2, 1-11 ; Psaume 103 ; Romains 8, 8-17 ; Jean 14, 15-16.23b-26

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus s’apprête à quitter le monde et il parle de l’Esprit“Moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous, l’Esprit de vérité… Il sera en vous.”Beaucoup croient que le mystère de la Trinitéest compliqué. Or vous savez que Jésus, le Fils, nous parle sans cesse de son Père, et qu’il nous quitte en assurant qu’il restera présent par son Espritqui “demeure en nous”. Simple, non ? Le mystère reste entier, mais c’est à la manière du mystère de l’Amourdont chacun peut déjà faire l’expérience. C’est donc un passage de relais que Jésus fait à ses disciples : c’est à eux (à nous) de continuer d’annoncer que Dieu est Père.Et il promet l’Esprit qui sera sa présence jusqu’à la fin des temps.

J’aime bien aussi la petite parabole intitulée: Entre Ascension et Pentecôte.Quand le Christ ressuscité était en train de monter au ciel, il jeta un coup d’œil vers la terre et la vit plongée dans l’obscurité, sauf quelques petites lumières sur Jérusalem. En pleine ascension, il croise l’ange Gabriel qui lui demande :

- “Seigneur, qu’est-ce que c’est que ces petites lumières ?” 

- “Ce sont les Apôtres en prière, groupés autour de ma mère. Mon plan : à peine rentré au ciel, leur envoyer mon Esprit, pour que ces petits feux deviennent un grand brasier, qui enflamme d’Amour – Charité, peu à peu, tous les peuples de la terre !”  

Et l’ange Gabriel ose répliquer: “Et que ferez-vous, Seigneur, si ce plan ne réussit pas ?” 

Après un instant de silence, le Seigneur lui répond doucement :“Mais je n’ai pas d’autre plan.”

Ecoutez maintenant Jacques NOYER, évêque émerite d’Amiens, qui raconte à sa façon, en 2015, l’histoire de la Pentecôte. C’est l’histoire de cette poignée d’hommes qui ce jour-là ont ouvert portes et fenêtres sur le monde pour lui annoncer la Bonne Nouvelle. Ils disaient que tous les peuples sont aimés de Dieu et appelés à vivre en paix. Ils disaient qu’il ne fallait pas avoir peur car l’amour peut changer la face du monde. Pourtant ils avaient eu peur. Ils avaient vu comment les chefs religieux du moment, avec la complicité du pouvoir occupant, avaient crucifié leur leader en l’accusant de blasphème. Ils avaient fui. Ils s’étaient cachés. Ils s’étaient regroupés. Ils se sentaient tellement désarmés. Mais doucement ils avaient retrouvé des forces. Ils ne voyaient plus Jésus comme un vaincu mais comme un vainqueur.II était avec eux. Il comptait sur eux. Il les envoyait pour inviter le monde à la paix.

Peut-être quelques-uns ont-ils pu être tentés de prendre les armes de leurs adversaires. La résistance avait déjà inspiré bien des bandes que la force romaine avait vite matées. Ils n’avaient pas toujours compris pourquoi Jésus avait refusé de les armer et regrettaient les épées qu’ils n’avaient pas pu prendre. Mais ils comprenaient doucement que ce n’était pas une erreur que Jésus avait faite mais que c’était bien le cœur de son projet. On ne répand pas la paix par la guerre. On ne vainc pas la haine par une haine plus forte. On éveille l’amour en prenant le risque d’aimer, les mains nues et les yeux confiants. La haine croira vaincre par la violence. Elle sera vaincue par l’innocent crucifié et aimant. Sommes-nous capables, nous les héritiers de cette poignée de disciples, de sortir de cette église tout à l’heure en annonçant l’Evangile de la paix par l’amour ? Ne soyez pas trop certains que la guerre est loin et que vos armes vous sauveront. Ne laissez pas le virus de la méfiance contaminer nos sociétés. Prenez conscience que tout étranger pacifique, si nous nel’accueillons pas comme un frère, deviendra un ennemi de plus. Ne croyez jamais que les choses s’arrangeront sans vous et sans ébranler votre confort.

La Pentecôte n’est pas un week-end de vacances. C’est le moment où les chrétiens osent affirmer leur programme de paix par l’amour. Devant la barbarie, il n’est question ni de fuir ni de se soumettre. Face à la barbarie, il n’est pas question de devenir barbares à notre tour. Il faut prendre le risque d’ouvrir ses portes, de parler aux inconnus, de partager le toit et la table avec l’étranger sans patrie. Le royaume de Dieu demande des hommes de cœur et non des hommes d’armes, des témoins de l’amour et non des mercenaires, des hommes prêts à donner leur vie et non des assassins sans pitié.

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Homélie

Posté par rtireau le 6 mai 2019

4° dimanche de Pâques dans l’année C – 12 mai 2019

Actes 13, 14…43-52 ; Psaume 99 ; Apocalypse 7, 9.14b-17 ; Jean 10, 27-30

Paul et Barnabé sont à Antioche de Pisidie. Ils font beaucoup de convertis au judaïsme. Et le sabbat suivant presque toute la ville se rassemble pour entendre la parole du Seigneur. Et puis ça tourne mal. Alors Paul et Barnabé leur déclarent avec assurance :“C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez,… eh bien ! Nous nous tournons vers les nations païennes.” Les uns sont pleins de joieen entendant cette Parole : “les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur.Les autres sont remplis de fureur.

Trois conclusions :

- la première, c’est qu’il est impossible de faire taire les apôtres. Impossible de se taire quand on porte la foi chrétienne en soi. 

- deuxième conclusion : face à la Bonne Nouvelle, il y a fureur ou joie, pas de moyen terme. Je me suis souvent dit que toute les fois qu’il y a indifférence, même polie, c’est que la Parole n’a pas été entendue. La Bonne Nouvelle ne supporte pas l’indifférence.

- Troisième conclusion : Même les poursuites et les expulsions participent aussi à faire répandre la nouvelle plus loin“ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire. Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium, tandis que les disciples étaient pleins de joie et d’Esprit Saint.”

“Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais”. J’ai lu sous la plume de Fabien Deleclos, dans son livre Prends et mange la Parole, des précisions utiles pour comprendre qui sont les bergers de l’Evangile : “Leur mission n’avait rien de romantique ni de facile. Rude épreuve que de chercher des pâturages et des points d’eau dans des régions désertiques et rocailleuses. Métier dangereux et plein de risques, exigeant beaucoup de courage pour défendre le troupeau contre les fauves et les voleurs. Une vocation(le mot y est) de combattant.”

Alors je suis allé lire Ezéchiel, le chapitre 34 intitulé Les pasteurs d’Israël.Le verset 16 dit ceci : “La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai.” Quelqu’un a pu dire un jour : « Il y a deux sortes de pasteurs, ceux qui s’intéressent à la laine et ceux qui s’intéressent à la viande. Aucun ne s’intéresse aux brebis« . Dans notre monde de rendement et de solitudes, prenons le temps de goûter cette parabole de l’évangile : Jésus a payé de sa personne, il connaissait ses brebis.Et quand il emploie ce mot connaître, Jésus ne parle pas de Curriculum Vitae.Pour Jésus et pour ses auditeurs Juifs connaîtrec’est naître avec, c’est entrer en communion avec l’autre, c’est compatir quand il souffre, c’est se réjouir avec lui, se battre avec lui. Jésus est entré en communion avec les personnes parce qu’il les rejoignait dans leur être profond. Ce n’est pas la transgression de la loi qu’il voyait d’abord chez les pécheurs, mais leur soif, leur faim, leur désir de vivre autrement. Alors chacun était unique à ses yeux, et les exclusdevenaient pour lui des élus, ce qui ne plaisait pas beaucoup aux pharisiens.

« Mes brebis écoutent ma voix ;moi je les connais…Je leur donne la vie éternelle… Personne ne les arrachera de ma main”Désormais cette parole interpellera tous ceux qui ont à exercer un pouvoirsur les autres. A partir de la Résurrection du Christ Pasteur, on ne peut plus profiter des autres pour agir selon ses intérêts. La nature même du pouvoir a été changée par la vie du Christ au milieu de nous. Le pouvoir n’est plus la possibilité d’exercer son influence sur les autres. Le pouvoir est une délégation de serviceà rendre. A chacun de s’interroger sur ce qu’il peut faire ? C’est plus exigeant que de se contenter de ressasser ce qui ne va pas. 

J’aime bien à ce sujet la réponse de Mère Teresa à un journaliste qui lui demandait :“Qu’est-ce qui ne va pas dans le monde, ma sœur ?” Sa réponse fut brève: “Vous et moi, Monsieur.”Dans nos communautés, quand des chrétiens se connaissent et se reconnaissent, quand des chrétiens ont le souci de ceux qui ne sont pas encore accueillis, alors des personnes se sentent appelées à être des pasteurs au service des communautés. C’est là que le mot vocationpeut surgir.

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Recueil 30

Posté par rtireau le 27 février 2019

rouge

Aimez-vous !

Aimez-vous.
 Aimez-moi. 
Si vous m’aimez, laissez-moi m’échapper.
Si vous aimez vos proches, laissez-les s’écarter.
Si vous aimez vos petits, laissez-les s’élever.
Si vous aimez vos grands, laissez-les s’envoler.
Si vous aimez vos défunts, laissez-les s’en aller.

Aimez-vous.
L’éloignement n’empêche pas la proximité.
L’absence ne supprime pas la présence.
L’écart n’interdit pas l’alliance.
La solitude ne rejette pas la solidarité.

Aimez-vous.
Le silence n’interrompt pas la parole.
L’ombre n’éteint pas la lumière.

Aimez-vous les uns les autres.
Allégez-vous les uns les autres.
Inventez-vous les uns les autres.
Elevez-vous.
Grandissez-vous.

Aimez-vous.
C’est tout neuf.

Aimez-vous et vous donnerez du fruit.

Aimez-vous
et vous goûterez la paix.

Aimez-vous et vous mourrez la mort.

Aimez-vous et vous vivrez la vie.

Aimez-vous et ma joie viendra vous caresser.


Et cette joie, je vous le dis, personne ne pourra vous l’ôter.

Gabriel Ringlet

 

Un carême épatant

Nous sommes dans les dernières semaines de carême.Au catéchisme, l’abbé nous avait recommandé de faire des sacrifices. Mais on n’avait pas trop d’idées. Alors maman a pris une grande feuille de papier. Elle a dessiné un arbre et a fixé la feuille sur la porte du placard. L’arbre n’avait que les branches. Maman nous a expliqué que les feuilles seraient les sacrifices. 

À partir de là, chaque soir, nous allions à tour de rôle lui dire, dans l’oreille, le sacrifice qu’on avait fait dans la journée. Maman disait : « Ça compte !… » ou bien : « Ça ne compte pas ! »…Il faut bien une autorité de contrôle, quand il s’agit de choses sérieuses. 

Si c’était un vrai sacrifice, maman dessinait une belle feuille verte sur l’arbre. Et il avait été décidéque chaque fois que l’arbre aurait cinq nouvelles feuilles, il lui pousserait une orange. On regardait l’arbre se garnir de feuilles et de fruits. Ce n’était pas très rapide. 

Alors papa est intervenu. Il a dit que chaque fois qu’il y aurait cinq oranges, il nous donnerait une bûche.Et quand ou en aurait de quoi remplir la petite carriole, on pourrait la porter nous mêmes à une vieille grand-mère du quartier qu’on connaissait bien et qui était toute seule. C’était le temps des durs et longs hivers de la guerre, où une bûche était une bûche. On économisait au maximumdans l’unique feu de la maison : le poêle de la cuisine. 

À partir de là, notre arbres’épanouit plus rapidement. On redoublait d’effort et d’inventionpour trouver des sacrifices. Au point qu’il a fallu ajouter des branches à l’arbre primitif. Il y eut deux carrioles de bois. Nous étions si contents de cet exploit qu’on a demandé à mamanquand c’était le prochain carême…

Perjean

  

Les vitraux

Un petit garçon visitant une cathédrale avec sa grand-mère découvre les vitraux.

C’est qui, ces gens-là ?demanda l’enfant, en montrant un vitrail.

Ce sont les chrétiens !répondit la grand-mère.

Peu après, à l’école, I’instituteur demande : 

Qu’est-ce qu’un chrétien ?

Et l’enfant de répondre immédiatement : 

- C’est quelqu’un à travers qui on voit la lumière.

Anonyme

 

Où est Dieu ?

J’arrivepas à comprendre pourquoi Dieu qui était soit-disant partout, on le voyait nulle part.Or, un jour, je me suis réveillée tout ensoleillée de bonheur. Ça m’arrive certains jours, je sais pas pourquoi, j’ai tellement de ciel bleu à l’intérieur de moi quej’ai l’impression d’avoir mangéde  l’infini.Ça te fait mousser le cœur, ça te monte à la tête, et tu te sens pétiller. C’est comme si tu avais bu un peu trop de champagne. Tu titubes d’allégresse.C’est grisant, suave et exquis.

François Garagnon

 

Intuition

C’est absurde !  dit la raison
C’est comme c’est !  dit l’amour…
C’est un malheur ! dit la prophétie
Ce n’est rien que douleur ! dit la peur
C’est sans espoir ! dit la lucidité
C’est comme c’est ! dit l’amour…
C’est ridicule ! dit la fierté
C’est de la légèreté ! dit la prudence
C’est impossible dit ! l’expérience
C’est comme c’est ! dit l’amour…

Eric Fried

 

L’homme existe, je l’ai rencontré

Dans un petit village de Lozère abandonné des hommes,il n’y avait plus personne. Et en passant devant la vieille église, poussé par je ne sais quel instinct, je suis entré… Et, là, j’ai été ébloui… par une lumière intense… insoutenable ! C’était Dieu… Dieu en personne, Dieu qui priait ! 

Je me suis dit : « Qui prie-t-il ? Il ne se prie pas lui-même ? Pas lui ? Pas Dieu ! »Non ! Il priait l’homme ! Il me priait, moi ! Il doutait de moi comme j’avais douté de lui ! Il disait : 

- Ô homme ! si tu existes, un signe de toi ! 

J’ai dit : 

- Mon Dieu, je suis là ! 

Il a dit : – Miracle ! Une humaine apparition ! 

Je lui ai dit : – Mais mon Dieu… comment pouvez-vous douterde l’existence de l’homme, puisque c’est vous qui l’avez créé ?

Il m’a dit : 

- Oui… mais il y a si longtemps que je n’en ai pas vu un dans mon église… que je me demandais si ce n’était pas une vue de l’esprit ! 

Je lui ai dit : 

-Vous voilà rassuré, mon Dieu ! 

Il m’a dit : 

- Oui ! Je vais pouvoir leur dire là-haut : « L’homme existe, je l’ai rencontré ! »

Raymond Devos

Savoir vieillir

J’ai cueilli mes 80 ans dernièrement et j’y pense souvent :
Ainsi le coin de la rue est deux fois plus loin qu’avant.
Ils ont ajouté une montée que je n’avais pas remarquée.
J’ai dû cesser de courir après le bus parce qu’il démarre bien plus vite qu’avant.
Je crois qu’on fait les marches d’escalier bien plus hautes que dans le temps.
Avez-vous remarqué les petits caractères que les journaux se sont mis à employer ?
Tout le monde parle si bas qu’on ne comprend quasi rien.
On vous fait des vêtements si serrés,
surtout à la taille et aux hanches, que c’est désagréable !
Les jeunes gens eux-mêmes ont changé :
ils sont bien plus jeunes que quand j’avais leur âge.
Les gens de mon âge sont bien plus vieux que moi !
L’autre jour, je suis tombé sur une vieille connaissance :
elle avait tellement vieilli qu’elle ne me reconnaissait pas !
Je réfléchissais à tout cela en faisant ma toilette ce matin :
ils ne font plus d’aussi bons miroirs qu’il y a 60 ans !

Jean Vernette 

 La poule

Un jour Philippe Neri confessait une dame de la noblesse romaine. Celle-ci lui avoua qu’elle avait, non sans un certain plaisir, répandu toutes sortes de ragots autour d’elle. Le futur saint l’écouta et, à la fin de l’entretien lui infligea une curieuse pénitence : 

- Vous allez prendre une poule sous le bras et vous parcourrez les rues de Rome en plumant la poule et en jetant au vent ce que vous aurez arraché. Cela fait, vous viendrez me voir demain matin.

La femme s’exécute et revient le lendemain : 

- Maintenant, dit le prêtre, je vous demande d’aller ramasser toutes les plumes et de me les rapporter.

- Mais, Père, le vent les a dispersées, la foule les a piétinées, les gamins les ont ramassées… Je ne pourrai jamais les retrouver toutes. 

- Vraiment ? répond le prêtre, retenez bien ceci alors : il en est ainsi de vos médisances…

d’après Philippe Neri

La charité

Pourquoi le Secours catholique ?… Pour allumer le feu de la charité ! disait le Père Rodhain.
La charité ! Faire la charité ! Ah non, pas de çà ! direz-vous…
La charité, c’est la condescendance, la supériorité dédaigneuse qui se penche avec commisération sur le sort des pauvres ! Faire la charité, c’est comme qui dirait jeter un os à un chien !
Eh bien, vous avez tout faux !
La charité… Caritas en latin… Agapè en grec… c’est l’Amour avec un grand A. l’Amour même qu’est Dieu, c’est l’Amour de Dieu qui passe par les mains, les lèvres, le cœur des hommes.
Et l’Amour de Dieu est attention, respect, délicatesse, bonté, douceur, paix, joie …
La charité, c’est Dieu qui aime à travers nous ! 

François Plouidy

Le jeune homme endormi

Le jeune homme est endormi… Il entre en rêve dans un magasin. C’est un ange qui est derrière le comptoir. Le jeune homme demande : 

- Que vendez vous, ici ?

- Nous vendons vraiment tout ce que vous pouvez désirer,  répond l’ange. 

Alors, dit le jeune homme, voyant à qui il avait à faire : je veux voir la fin de toutes les guerres dans le monde ; je veux du travail pour les chômeurs, l’intégration dans la société de tous les marginaux,la suppression de la misère et davantage d’amour dans les familles ; je veux beaucoup plus de justice et de tolérance ; je veux la générosité envers les étrangers, la réconciliation entre les peuples…

L’ange l’arrêta : 

- Excusez-moi, Monsieur, vous m’avez mal compris. Ici, nous ne vendons pas des fruits, nous ne vendons que des graines. Les fruits, c’est à vous de les faire murir.

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Homélie

Posté par rtireau le 26 décembre 2018

Sainte Famille – 30 décembre 2018

1 Samuel 1, 20-28 ; 1 Jean 3, 1-24 ; Luc 2, 41-52 

Quand j’étais enfant, je comprenais avant tout que la sainte famillen’était pas comme ma famille. Mais tout autre chose. Il m’a fallu des années pour réaliser que mon interprétation était stérileet mêmedangereuse. Elle était stérileparce que si la sainte famille est sur un piédestal, pas comme la mienne, alors elle devient comme un cadre accroché au mur, joli peut-être, mais pas vraiment utile. Mon interprétation était même dangereuseparce qu’elle aurait pu me conduire à déprécier ma famille. Or la foi chrétienne nous invite à reconnaître notre Dieu incarné en chacun de nous, en chacune de nos familles, et pas seulement dans la sainte famille. En fait la foi chrétienne nous invite à considérer sainte chacune de nos familles.

Relisez l’Evangile d’aujourd’hui et imaginez donc qu’il s’agit de votre famille. Soudain cette belle histoire à l’eau de rose devient la fugue cruelle d’un enfant qui commence à prendre son indépendance par rapport à des parents angoissés. Commencement d’une expérience spirituelle à laquelle chacun de nous est appelé un jour ou l’autre. Et il est bon de se rendre compte qu’il n’y a plus rien de« profane » dansnotre vie, sinon ce que nous« profanons »peut-être par momentsEn foi chrétienne, c’est toujours la même invitation : chercher Dieu là où il est, c’est à dire dans la discrétion du quotidien. Et cette attention au quotidien pour trouver Dieu, c’est la mission de l’Eglise depuis toujours, mais jamais facile. C’est tellement réconfortant de chercher Dieu dans le merveilleux. C’est si tentant de s’évader du quotidien banal, quelquefois dur, souvent triste. Tout à fait symptomatique en ce sens que Noël soit nettement plus fêté que la fête de Pâques elle-même.

Chercher Dieu dans le merveilleux, les évangiles apocryphes, c’était déjà ça. Mais en réalité quand on cherche Dieu dans le merveilleux,c’est qu’on a un regard pessimiste sur l’homme. Alors que la foi chrétienne regarde l’homme comme Fils de Dieu. Quand on cherche Dieu Baguette magique, c’est qu’on n’assume plus très bien notre condition d’homme où chacun doit prendre ses responsabilités et sa place, modeste mais nécessaire.

L’autre message que j’aime bien dans le mot famille, ce sont les frères et sœurs qui nous sont donnés à aimer.On ne se choisit pas ses frères et sœurs. Ils arrivent et il faut apprendre à s’aimer. C’est une belle image de l’Eglise. Vos amis, le plus souvent, sont des personnes choisies. Tandis qu’une famille, elle nous est donnée, comme les frères et sœurs de la communauté-Eglise. Voulez-vous redevenir des enfants quelques instants. Ecoutez ce conte suédois. Ce sera ma manière de vous offrir des vœux pour la nouvelle année :

Il y avait, dans un petit village, un atelier de charpentier. Un jour que le Maître était absent, les outils se réunirent en grand conseil. Il s’agissait d’exclure de la communauté des outils un certain nombre de membres. L’un prit la parole :« Il nous faut, dit-il, exclure notre sœur la scie, car elle mord et elle grince des dents. Elle a le caractère le plus grincheux du monde. » Un autre dit :« Nous ne pouvons conserver parmi nous notre frère le rabotqui a le caractère tranchant et qui épluche tout ce qu’il touche. » « Quant aufrère marteaudit un autre, je lui trouve un caractère assommant. Il cogne toujours et nous tape sur les nerfs. Excluons-le. » « Et les clous? Peut-on vivre avec des gens qui ont le caractère aussi pointu ? Qu’ils s’en aillent ! Et la lime et la râpeaussi. A vivre avec elles, ce n’est que frottement perpétuel. Et qu’on chasse le papier de verredont il semble que la raison d’être dans cet atelier soit de toujours froisser ! » Ainsi discouraient les outils du charpentier. Et à la fin de la séance, tout le monde se trouvait exclu.

La réunion bruyante prit fin par l’entrée du charpentier. On se tut lorsqu’on le vit s’approcher de l’établi. I1 saisit une planche et la scia avec la sciequi grince. Il la rabota avecle rabotau ton tranchant qui épluche tout ce qu’il touche. Le frère ciseauqui blesse cruellement, notre sœur la râpeau langage rude, le frère papier de verrequi froisse, entrèrent successivement en action. Le charpentier prit alors nos frèreles clousau caractère pointu et le marteauqui fait du tapage. I1 se servit de tous ses outils au méchant caractère pour fabriquer un berceau. Pour accueillir l’enfant à naître. Pour accueillir la Vie…

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Homélie

Posté par rtireau le 9 octobre 2018

28° dimanche dans l’année B - 14 octobre 2018

Sagesse 7, 7-11 ; Psaume 89 ; Hébreux 4, 12-13 ; Marc 10, 17-30

Cette histoire de l’homme riche ne me rassure pas. A chaque fois je me dis : “Cet homme, globalement, c’est moi et chacun de vous sans doute”.Pas de meurtre, pas d’adultère, pas de vol, ni de faux témoignage, honorer père et mère, a priori c’est tout à fait nous. Et ce ne serait pas suffisant pour être chrétien ? Suivre Jésus, ce serait autre chose ? Les disciples aussi sont surpris. Voilà que Jésus vient de leur dire : “Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu”Alors qu’ils croient, eux, depuis toujours, que la richesse est signe de la bénédiction de Dieu ! “Que dois-je faire pour avoirla vie éternelle en héritage ?”demandait le jeune homme. Erreur. Il ne s’agit pas de faire pour avoir, mais de faire pour être.L’Evangile, c’est à vivre, c’est à êtreavec les autres et avec Dieu.

Le mouvement ATD quart monde s’apprête à vivre sa journée internationale du 17 octobre. En lien avec ATD qui est non confessionnel, existe la communauté chrétienne du SAPPEL. Dans sa petite revue,  j’ai trouvé une méditation du diacre Pierre Davienne sur l’évangile d’aujourd’hui : Le jeune homme richeveut aller plus loin. Réponse superbe, incisive, concrète en quatre verbes à l’impératif,quatre étapes pour devenir disciple : VaVendsce que tu as et donne-le aux pauvres… puis viens, suis-moi.”

-« Va »au loin, dans ta responsabilité et ta liberté. C’est ainsi que Dieu respecte l’humain.

-« Vends tout ce que tu as,”rends transportables tes biens. Tout ce que tu as appris, rends-le assimilable par les pauvres : la science, l’art, la technique… Pour ça, il va falloir réapprendre avec la vie des pauvres ce qui est nécessaire à ta propre vie. Ce qui ne peut leur servir, peut-être qu’en fait, cela t’encombre. La véritable richesse, c’est celle qui peut se partager.

-« Donne aux pauvres »: donne comme Dieu donne, c’est à diresans humilier celui à qui tu donne. Il y a une infinie discrétion dans la manière que Dieu a de nous donner de quoi vivre. Si nous voulons donner, nous devons connaître les pauvres. Sinon nous les encombrons d’objets ou de projets qui les mettent dans la dépendance. Donner, c’est donner avec la conscience que tout ce que nous avons vient de Dieu : c’est lui le donateur… La seule manière de donner aux pauvres, c’est de leur permettre de devenir des personnes qui remercient Dieu. Sinon je m’interpose entre les pauvres et Dieu, je deviens idolâtre de moi-même.

- C’est pour ça que le Christ ajoute : « Viens et suis-moi ».C’est lui qui marche en tête. Nous ne sommes pas aux avant-postes ; c’est lui qui a réalisé la loi d’amour et l’a complètement habitée. La richesse enferme facilement dans de fausses sécurités alors que notre seule sécurité c’est le Christ. Les pauvres sont le critère de vérification de notre attachement à Dieu.Ils sont le lieu où je vais comprendre le projet d’amour de Dieu pour les hommes. Pas besoin de m’appauvrir héroïquement, ce serait encore un acte de riche. Cela viendra tout seul si je me laisse entraîner dans le type d’amour que Dieu déploie en Christ, par l’Esprit.

Vends tout… donne-le aux pauvres… et suis moi.”Celui qui veut plus, doit donner tout !  Des mains pleines doivent d’abord se vider pour recevoir.Tes richesses te rendent solitaire. Suis-moi, devienssolidaire.Reste capable de ne pas te laisser posséder par ce que tu possèdes.Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu.” Suivre Jésus n’est pas performance humaine, mais cadeau de Dieu. Tellement pas simple que Gandhi a pu dire en son temps : “Le christianisme est quelque chose de merveilleux mais il n’a jamais été essayé.” Et un théologien actuel, Dominique Collin, vient d’écrire un livre intitulé :« Le Christianisme n’existe pas encore. » Etonnant, non ?

Un vénérable ancien aimait à raconter : « Il était une fois un enfant qui voulait manger des noix. Or les noix se trouvaient dans un pot au goulot étroit. L’enfant dit : “Maman, je veux manger des noix.” Elle répond : “Prends-en une, petit.”L’enfant enfile le bras mais il remplit tant sa main qu’il ne peut plus la retirer du pot. Il dit : “Regarde ! Ma main ne sort plus.”Sa mère répond : “Lâche donc ce que tu tiens ! Prends seulement ce qu’il faut, et ta main sortira.”Le vénérable ajoutait : “Il n’y a pas que les enfants pour attraper trop de noix en même temps. Et beaucoup, tentés par les richesses, ne sont pas assez sages pour recouvrer leur main.” »

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Homélie

Posté par rtireau le 17 mai 2018

Fête de la Pentecôte -  20 mai 2018

Actes 2, 1-11 ; Psaume 103 ; Galates 5, 16-25 : Jean 15, 26-27; 16, 12-15

Jésus a disparu. Ses proches se sont enfermés dans un espace clos. Que vont-ils faire maintenant ? Se replier dans la nostalgie ? Se protéger ? Ou retourner à leur point de départ ? Mais non. Car quelque chose se produit. Le texte raconte qu’il y a un grand bruit, comme un violent souffle. La communication entre les disciples est troublée : il leur faut inventer une nouvelle façon de communiquer. C’est comme ça ! Là où entre l’Esprit les petits groupes fermés deviennent insupportables. L’Esprit est la surprise de Dieu, le trouble-fête qui met en mouvement et provoque un départ. 

Alors ils sortent et se mettent à parler en plusieurs langues. La rumeur concernant Jésus est en train de devenir multiculturelle, multiraciale. Luc, l’auteur des Actes des apôtres, donne deux précisions. D’abord, ça se passe à Jérusalem. Donc l’Eglise a bien une origine juive. Et puis seconde précision : un peuple bigarré et polyglotte apparaît, un peuple un peu à l’image du cœur de Dieu en qui il y a plusieurs demeures. Comme si la Pentecôte inversait l’histoire de Babel en inaugurant un peuple sans frontières, où l’on se parle dans le respect, où l’on essaie d’habiter et d’aimer la diversité humaine.

Ecoutez le cri de Pentecôte du père Jean-Yves Baziou : 

« Eh bien ! Que souffle cet Esprit… Qu’il soit le trait d’union de nos langages, de nos cris de colère et de révolte, de nos chansons d’espoir et de liberté, de nos aveux d’amour, de nos rires de joie, des délires des fous, des poèmes de nos beaux jours et de ceux de nos tristesses, des musiques et des danses de toutes les fêtes…

Vue à partir de cet horizon, l’Eglise apparaît comme pouvant faire savourer l’avant-goût d’une humanité réconciliée avec ses différences. Etrange identité chrétienne : … sans cesse mouvante et instable car ouverte sur l’autre. Elle se construit de la dynamique de la communication. Elle s’essouffle et s’étiole quand elle se protège de ceux qui sont au loin. Peut-être est-elle en mesure de déchiffrer le message spirituel qui est dans l’air de notre époque et qui nous annonce que nous devons changer notre manière de vivre et de penser de telle sorte que la coexistence des diversités soit possible. Car nous vivons une période où l’universalité devient partout concrète. En chaque espace l’étranger est là, devenu notre voisin. Il nous faut donc trouver les moyens d’une coexistence qui est inédite à l’échelle de l’histoire.

Des nations cherchent à construire des murs. Mais elles n’empêcheront pas l’inexorable mouvance des peuples qui les conduit à se mêler et à partager le monde désormais commun. »

Dans la revue Signes, j’ai trouvé ces quelques mots sur l’Evangile d’aujourd’hui. : “L’évangile de Jean a trouvé un mot nouveau pour parler de l’Esprit. Il parle du Défenseur. Ce mot a le mérite d’être concret. Le Défenseur, c’est l’avocat de la défense. Mais qui se porte partie civile contre l’homme ? Si c’est Dieu qui fournit l’avocat de la défense, ce ne peut être lui qui entame un procès contre l’homme. Quel serait ce Dieu qui à la fois mettrait l’homme en accusation et le défendrait contre lui même ? Non ! Dieu a fait un tout autre choix. Partout où l’homme sera menacé de perdre son humanité d’homme, c’est Dieu lui-même qui le défendra. L’Esprit de Dieu s’est fait droit de l’homme.”

J’aime bien aussi la petite parabole intitulée: Entre Ascension et Pentecôte. Je vous la raconte au moins une fois par an. Elle nous dit comment l’Esprit est à l’œuvre modestement dans notre monde. La voici : Quand le Christ ressuscité était en train de monter au ciel, il jeta un coup d’œil vers la terre et la vit plongée dans l’obscurité, sauf quelques petites lumières sur Jérusalem. En pleine ascension, il croise l’ange Gabriel qui lui demande :

- “Seigneur, qu’est-ce que c’est que ces petites lumières ?” 

- “Ce sont les Apôtres en prière, groupés autour de ma mère. Mon plan : à peine rentré au ciel, leur envoyer mon Esprit, pour que ces petits feux deviennent un grand brasier, qui enflamme d’Amour – Charité, peu à peu, tous les peuples de la terre !”  

Et l’ange Gabriel ose répliquer: “Et que ferez-vous, Seigneur, si ce plan ne réussit pas ?” 

Après un instant de silence, le Seigneur lui répond doucement :“Mais je n’ai pas d’autre plan.”

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Homélie

Posté par rtireau le 25 avril 2018

5° dimanche de Pâques  dans l’année B – 29 avril 2018

Actes 9, 26-31 ; Psaume 21 ; 1 Jean 3, 18-24 ; Jean 15, 1 … 8.

L’apôtre Jean a recueilli les dernières recommandations de Jésus avant sa mort. C’est comme un Testament dans les chapitres 15, 16 et 17 de son Évangile. Le texte de tout à l’heure en fait partie : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments. - Demeurez en moi, comme le sarment demeure sur le cep ». En clair, essayez de rester branchés ! Le mot demeurerest répété sept fois en quelques lignes : « Demeurez en moi« . Les chrétiens sont des hommes et des femmes qui demeurent dans le Christ. Comment demeurer dans le Christ ? Comment le rencontrer ? 

Eh bien ! On ne rencontre pas le Christ en direct, comme un voisin de pallier dans l’ascenseur. Car l’homme habite aussi ses relations, ses goûts, ses amitiés, ses responsabilités. Sa véritable demeure est intérieure. Demeurer, c’est vivre avec. L’Eglise nous apprend à rencontrer le Christ grâce à des médiations, grâce à des ainés dans la foi, comme on dit au caté. Elle parle de trois chemins pour rencontrer le Christ : le chemin dela Parole de Dieu, le chemin de la prièreet des sacrements, le chemin de la viequotidienne. 

Le chemin de la Parole : pour demeurer dans le Christ, il faut accueillir la Parole de Dieu. J’aime bien la petite histoire vraie que raconte un prêtre. Un homme lui dit : « Moi je suis incroyant.

- Je vous crois, Monsieur, mais avez-vous lu l’Evangile ? – Non, dit l’homme.

- Vous avez tout de même entendu parler de la parabole de l’enfant prodigue ? – Euh, non.

- Mais vous connaissez les Béatitudes ? – Non ! dit l’homme qui commence à être agacé.

- Alors, dit le prêtre, êtes-vous bien sûr d’être incroyant ?

Deuxième cheminpour demeurer dans le Christ :le chemin de la prière et des sacrements. Le Père Lintanf écrit : la prière est un entretien, aux trois sens du mot :

1/ un entretien :on s’entretient avec le Christ, on parle avec lui : « Seigneur, j’ai un grand merci à te dire… – j’ai des gens à te recommander ».

2/ un entretien, comme on entretient son anglais ou sa voiture : la prière maintient l’Evangile en état de marche, dans ma vie.

3/ un entre-tient. Dans la prière, on se soutient les uns les autres. On prie les uns avec les autres, les uns pour les autres, on s’entre-tient.

Troisième cheminpour demeurer dans le Christ : le chemin de la vie quotidienne. Le vrai disciple de Jésus ne décolle pas de l’humain, mais il s’y enracine. L’Evangile nous dit que le Christ n’est pas enfermé dans les temples, mais qu’il demeure désormais à fleur de visage, au cœur de l’humanité : Ce que l’on fait au plus petit de ses frères, c’est à lui qu’on le fait(d’après Matthieu 25).  On ne peut pas se dire disciple du Christ si l’on n’est pas proche de ses frères.

Au début de son Évangile, l’apôtre Jean nous raconte le premier dialogue que Jésus a eu avec ses disciples. “Que cherchez-vous ?” leur demande-t-il. Et les disciples l’interrogent à leur tour : “Maître, où habites-tu ? – Eh bien : venez, et vous verrez.”

Venez et vous verrez… C’est ce que le Christ nous dit ce matin…

            - Venez ! Reprenez le chemin de ma Paroleet vous m’entendrez.

            - Venez ! Reprenez le chemin de la prièreet vous me rencontrerez.

            - Venez ! Reprenez le chemin de votre vieet vous me croiserez.

Chemin de la Parole, chemin de la prière, chemin de la vieTrois chemins qui, comme diraient les guides touristiques, méritent le détour.

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