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Homélie

Posté par rtireau le 27 mai 2020

Fête de la Pentecôte – 31 mai 2020

Actes 2, 1-11 ; Psaume 103 ; 1 Corinthiens 12, 3b-7.12-13 ; Jean 20, 19-23

Deux textes bien différents (Actes des apôtres et Saint Jean) pour dire la même réalité Pentecôte. Heureusement que notre foi n’est pas accrochée au mot à mot des textes.

La 1ère lecture, au livre des Actes, est tout entière symbolique : Le temps est symbolique : 50 jours après Pâques : la Pentecôte juive. Le lieu est symbolique : les disciples sont réunis dans la chambre haute (leur refuge depuis l’Ascension). Le groupe est symbolique : ils sont tous ensemble autour des Douze. Il y a un grand bruit comme au Sinaï de la première alliance. Il y a un grand vent comme pour la traversée de la mer rouge. Il y a du feu comme autrefois sur la montagne fumante du Sinaï. Il y a  du monde qui vient de partout. Ce texte dit que les apôtres ont compris l’événement Pentecôtedans la suite de l’Ancien Testament, comme une même histoire de libération qui se poursuit. Ce texte est donc clairement pédagogique.

Dans le texte de Saint Jean, la Pentecôte a lieu dès le soir de Pâques. Les apôtres ont verrouillé leur porte. Mélange de peur, de discrétion et de silence. Et Jésus vient. Et on arrive directement au fait, sans aucune préoccupation pédagogique. Pour les envoyer en mission, Jésus leur donne (leur fait) le souffle léger de son Esprit :

* Comme dans la Genèse (Gn 2), lors de la première création : “Dieu insuffla dans les narines de l’homme le souffle de vie”. Première naissance au début des temps.

* Comme dans Ezéchiel (Ez 37), lors de la dernière création : “Souffle sur ces ossements desséchés, et ils revivront”. Création de l’avenir, résurrection finale, au dernier jour.

Première et dernière création ! Entre les deux, il y a la création actuelle, en train de se faire : le Souffle de Dieu est chaque jour à l’œuvre. Saint Jean décrit la présence et l’action de Dieu par ce qui est à la fois le plus commun et le plus fondamental : respirer ! Tous les vivants respirent le même oxygène. Image saisissante de Dieu qui nous fait vivre ! Voilà donc Jésus qui “souffle” sur ces hommes en disant : “Recevez l’Esprit Saint”, comme Dieu, à l’origine, avait “soufflé dans les narines de l’homme l’haleine de vie”. Tout se passe comme si Jésus était en train de recommencer l’homme, de le créer à nouveau ?

“Les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des juifs.” C’est si vite fait, l’enfermement : non seulement celui dont on peut être victime, mais aussi celui dans lequel on s’enferme soi-même. Jésus franchit les verrous et annonce : “La paix soit avec vous !” Aux hommes anxieux, il veut d’abord donner “la paix”, cette paix avec soi-même, souvent la plus difficile à trouver. Ailleurs il précise : ma paix. Ce n’est pas une paix ordinaire. Ce n’est pas la tranquillité d’une petite vie sans histoires. Ce n’est pas : je vous fiche la paix. On sait trop comment son existence fut mouvementée et risquée. Et on se souvient qu’en souhaitant la paix, il montra ses plaies. Nos textes d’aujourd’hui parlent de la paix comme d’une immense transformation intérieure, d’un véritable bouleversement arrivé aux premiers chrétiens, dans le sens d’une ouverture aux autres, d’un envoi en mission : chacun les entendait proclamer les merveilles de Dieu dans sa propre langue. On rêve quelquefois d’une langue commune pour se faire comprendre. Non ! C’est l’inverse. C’est à l’Eglise qu’il revient d’assumer les langues et les cultures des hommes. Il ne s’agit pas pour elle d’amener les hommes à comprendre son langage à elle, mais bien de leur parler leur langue à eux, de retraduire sans cesse son message pour le rendre compréhensible à tous.

Je vous propose une petite histoire pour finir. ATTENTION elle décoiffe : « Le Christ ressuscité est en train de monter au ciel (Ascension). Il jette un coup d’œil vers la terre plongée dans l’obscurité, sauf quelques petites lumières sur Jérusalem. Il croise l’ange Gabriel qui lui demande : - “Seigneur, qu’est-ce que c’est que ces petites lumières ?” – “Ce sont les Apôtres en prière, groupés autour de ma mère. Mon plan : leur envoyer mon Esprit, pour que ces petits feux deviennent un grand brasier, qui enflamme d’Amour – Charité, peu à peu, tous les peuples de la terre !”  Et l’ange Gabriel voulant faire de l’esprit : “Et que ferez-vous, Seigneur, si ce plan ne réussit pas ?” Après un instant, le Seigneur lui répond :“Mais je n’ai pas d’autre plan.”

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Homélie

Posté par rtireau le 20 mai 2020

Septième  dimanche  de  Pâques – A – 24 mai 2020

Actes  1, 12-14 ; Psaume 26 ; 1 Pierre 4, 13-16 ; Jean 17, 1-11

La première lecture, au livre des Actes des apôtres, nous montre l’Eglise, au tout début de son existence, après le départ de Jésus. Elle n’a pas encore vécu la venue de l’Esprit Saint. L’évangéliste Luc nous transporte au premier étage d’une maison de Jérusalem. L’Eglise est là, en germe, comme en attente. Avant de parler et de se disperser, elle vérifie son unité et se recueille dans la prière. Les onze apôtres sont rassemblés avec Pierre à leur tête. Ils ne sont pas  seuls : il  y a aussi des “frères” et quelques femmes. Et au milieu de ces trois groupes (apôtres, frères, femmes), se tient “Marie, la mère de Jésus”. On dirait qu’elle est penchée sur le berceau de l’Eglise, comme elle l’avait été sur celui de Jésus. Communauté silencieuse et priante qui attend son Seigneur : c’est l’Eglise du commencement qui se forge la force de supporter avec calme la souffrance rencontrée “comme chrétien”, selon le mot de saint Pierre dans la seconde lecture.

Dans l’Evangile (Jean 17), Jésus prie aussi. Il prie d’abord pour lui : “Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie.” L’heure est venue pour lui de demander sa propre gloire qui est… sa  croix. La gloire de Dieu, la toute-puissance, rien à voir avec les honneurs et les fastes des grands de la terre ! Sa gloire, ce n’est pas le podium ou la réussite. Sa gloire, c’est la croix, c’est l’amour, c’est sa vie qu’il veut donner à tous ! C’est l’heure où Jésus va êtreAmour total, c’est l’heure où Jésus va être pleinement Dieu. La gloire, c’est ce qui fait qu’une vie a du poids. Comme le disait saint Irénée dès le second siècle : “La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant !” Le contraire de bafoué ou méprisé.

Jésus prie ensuite pour les croyants : ses disciples et ceux qui croiront grâce à eux, c’est à dire nous. Que demande-t-il pour eux et pour nous ? “La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.” La vie éternelle, un don de Dieu, un cadeau gratuit à recevoir librement. Jésus est parti. C’est le  mystère de l’Ascension. Mais il a prié pour tous les hommes qui sont dans le monde et il leur a envoyé ses disciples, les chrétiens, pour qu’ils soient la pincée de sel qui donne goût à la vie, pour qu’ils soient la poignée de levain qui  soulève les pesanteurs du monde, pour qu’ils soient les assoiffés de justice qui libèrent de toute injustice. Car vivre, c’est faire vivre, et donner plein de vie autour de soi.

Aujourd’hui c’est l’évangile de la prière de Jésus. Je vous propose deux expressions très différentes autour du mystère de la prière : 

- la première est de Saint Augustin, très brève : “Tu étais en moi, dit Saint Augustin à Dieu, mais moi j’étais hors de moi : je te cherchais dehors. Tu étais avec moi ; je n’étais pas avec toi, puisque je n’étais pas chez moi.” 

- La seconde, plus longue, est de Timothy Radcliffe, ancien maître des dominicains dans son livre Je vous appelle amis“Dès la naissance, les parents commencent immédiatement à parler à l’enfant. Bien avant qu’il ne soit capable de comprendre, un enfant est nourri de mots, baigné et bercé de mots. Le père et la mère ne parlent pas à leur enfant pour lui transmettre de l’information. Ils l’animent de leur parole. Il devient humain dans cet océan de langage. Petit à petit, il saura trouver une place dans l’amour que partagent ses parents. Sa vie grandit en humanité.

De même nous sommes transformés par l’immersion dans la Parole de Dieu. Nous ne lisons pas la Parole pour y chercher de l’information. Nous y réfléchissons, nous la méditons, nous vivons avec elle… « Que ces paroles que je te dicte aujourd’hui restent dans ton cœur ! Tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route. » (Deutéronome  6, 6…)

… Un couple de mes amis a adopté un enfant. Ils l’ont trouvé dans une immense salle d’hôpital à Saïgon, orphelin de la guerre du Viêt-Nam. Les premiers mois, à l’hôpital, personne n’avait eu le temps de s’en occuper ou de lui parler. Il a grandi sans savoir sourire. Mais ses parents adoptifs lui ont parlé et souri, œuvre d’amour. Je me souviens du jour où pour la première fois il a renvoyé un sourire. La Parole de Dieu nous nourrit, afin que nous prenions vie, en humains que nous sommes, et devenions même capables de renvoyer le sourire de Dieu.”

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Homélie

Posté par rtireau le 10 mai 2020

Sixième dimanche de Pâques – A - 17 mai 2020

Actes 8, 5-8.14-17 ; Psaume 65 ; 1 Pierre 3, 15-18 ; Jean 14, 15-21

“Je prierai le Père… ;  je suis en mon Père… ; celui qui m’aime sera aimé de mon Père…” Jésus parle de son Père. En réalité, c’est pour ça qu’il est venu, pour révéler la véritable identité de celui que personne n’a jamais vu, ce Dieu que tous les hommes ont recherché en lui donnant les noms les plus divers, celui-là même dont les prophètes ont témoigné, et que Jésus a l’audace d’appeler familièrement Papa. Jésus prête sa voix et ses mains à son Père pour que sa Parole puisse retentir à nos oreilles d’hommes et pour que sa tendresse puisse nous être signifiée. Quand Jésus parle, c’est Dieu qui parle. Quand Jésus guérit et pardonne, c’est Dieu qui guérit et pardonne.

Et, quand il s’apprête à quitter le monde, il parle de l’Esprit, c’est à dire de l’Amour qui unit le Père au Fils, et le Fils au Père : “Moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité. ” J’imagine que beaucoup d’entre vous ont en tête que le mystère de la Trinité est chose bien compliquée. Or vous venez de réaliser que Jésus, le Fils, nous parle sans cesse de son Père, et qu’il ne nous quitte pas sans assurer qu’il restera présent par son Esprit qui “demeure en nous”. Tout simple, non ? Oh ! Le mystère demeure entier, mais c’est à la manière du mystère de l’Amour dont chacun peut déjà faire l’expérience.

C’est donc un passage de relais que Jésus fait à ses disciples : c’est à eux (à nous) de continuer d’annoncer que Dieu est Père. Et il promet l’Esprit qui sera sa présence jusqu’à la fin des temps. Il est frappant d’ailleurs de constater aujourd’hui que, même si les églises ne sont pas remplies, il ne manque pas de gens qui vivent de cet Esprit. Comme dit Gérard Bessière, “Ils conservent en eux, comme un ferment, la figure de Jésus et les appels de l’Évangile. Leur générosité n’est pas démobilisée. Beaucoup cherchent et trouvent des lieux et des groupes où ils apportent leur énergie pour tenter de changer le monde.” Et il ajoute : “Dommage que les structures et les appareils de l’Église provoquent chez beaucoup méfiance ou indifférence.” Comme ce jour – il y a longtemps – où une maman prévenait que son enfant ne viendrait plus au catéchisme : “Deux années, ça suffit bien. Son père et moi, nous pensons qu’il ne faut pas les ennuyer trop tôt avec tout ça !”

Bertrand Vergely, dans son livre Retour à l’émerveillement, a une méditation inattendue sur le péché, en lien avec le Père, le Fils et l’Esprit. Le péché, dit-il, signifie ratage en hébreu comme en grec. On pèche quand on rate la cible et on rate la cible quand l’un des éléments de la Trinité vient à manquer :

- Dieu seul n’est plus Dieu, mais une transcendance abstraite, désincarnée, le Dieu-Loi, Autorité, le Père terrible et inflexible. 

- Le Fils seul donne l’humanité abstraite qui ne croit que dans la science et la politique. L’homme est intelligent et efficace. Mais sans rapport à l’éternité il n’apporte pas la réponse de fond aux questions humaines. 

- Enfin, l’Esprit seul donne le devenir sans la dimension de transcendance. Bien des choses peuvent vivre et être créatrices, mais tout ne sauve pas.

Alors je vous propose une méditation trinitaire pour faire le point sur notre vie de baptisés. 

J’ai été baptisé au nom du Père : Est-ce que Dieu est un Père pour moi, celui dont l’amour me façonne jour après jour ? Est-ce que je sais m’émerveiller de sa création, et y participer en contribuant à ce que la terre soit plus habitable et le monde plus juste ? Et si je prie Dieu en lui disant avec les autres notre Père, est-ce que je réalise que tout homme est un frère ? 

J’ai été baptisé au nom du Père et du Fils : Est-ce que je suis familier du Fils ? Est-ce que je lis assez l’Évangile pour corriger les caricatures de Dieu que j’ai pu me fabriquer ? 

J’ai été baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit : Est-ce que je laisse l’Esprit agir en moi ? Il est l’Esprit de vérité. Est-ce que je sais l’entendre ? Est-ce que je prends le temps de relire ma vie en disant, comme autrefois le jeune Samuel : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !” L’Esprit m’invite à ne jamais désespérer, ni des autres, ni de Dieu, ni de moi-même. 

C’est à nous de continuer d’annoncer que Dieu est Père. Il dépend de notre réponse à l’Esprit que des gens ne se sentent plus orphelins.

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CINQUIÈME LETTRE PASCALE AUX AMIS CONFINÉS

Posté par rtireau le 9 mai 2020

Fr.C.

CINQUIÈME LETTRE PASCALE AUX AMIS CONFINÉS

François Cassingena-Trévedy, osb.  moine de Saint-Martin de Ligugé

6 mai 2020

                        … Le confinement a marché de pair avec un certain raffinement. Un raffinement de nos relations, un raffinement de notre pensée, un raffinement de notre travail ordinaire, un raffinement de notre attention au détail… Or il faut bien nous persuader que ce qui nous reste n’est pas moins que ce que nous avions auparavant. Si ce qui nous reste est un progrès de sagesse, d’intériorité, d’humanité, alors ce qui nous reste est plus que ce que nous avions auparavant. Les dépouillements consentis n’appauvrissent pas : ils enrichissent… Nous ne sortons pas du confinement tout à fait dans le même état que celui dans lequel nous y étions entrés : l’exercice nous a insensiblement modifiés, au plan personnel comme au plan collectif… Le bénéfice le plus certain de l’épreuve est l’idée qui nous est venue de nous causer de fenêtre à fenêtre, de clocher à clocher, de colline à colline, et la découverte que nous avons faite de notre profonde entente. Le confinement nous a unis : il ne faut pas que le déconfinement nous disperse. La longévité de nos liens, la solidité de la toile patiemment tissée, la définition partagée de nos attentes, voilà désormais les grandes questions qui doivent nous mobiliser activement et nous arracher à toutes sortes de morosités prévisibles. Un « ordre », une « compagnie » du Compagnon blanc s’ébauche : il faut qu’elle se confirme et demeure. 

            La pandémie est à l’évidence la sanction naturelle et quasi automatique de nos maltraitances invétérées à l’égard des écosystèmes et des aberrations de notre « commerce » planétaire. L’homme, laissé à son propre conseil » (Sir 15, 14), ne peut consulter là-dessus que ses propres responsabilités. Mais l’on a entendu dire, l’on entend dire encore, çà et là, que la pandémie est un châtiment de Dieu. Ce vocabulaire intenable, sinon tout à fait monstrueux, hérité d’une longue tradition de prédication terrorisante, relève d’une conception archaïque, magique et superstitieuse de Dieu, dont il n’est pas certain qu’elle ait cessé tout à fait d’infecter nos représentations mentales ni les présupposés de nos discours ecclésiastiques (même lorsqu’ils parlent avec volubilité de l’amour…) ; elle induit également, demeurant bien sûr hors de cause la belle prière des « simples », les stratégies mercantiles d’une certaine prière de demande scrupuleuse et machinale. Car l’Évangile, loin des bavardages et des rabâchements (Mt 6, 7), suggère bien sûr de demander, mais il demande d’abord quelque chose, très peu de chose, à la demande elle-même, pour qu’elle soit juste : il lui demande la sobriété et la discrétion qui s’appuie sur la confiance inébranlable dans l’Ami. « Seigneur, celui que tu aimes est malade… » (Jn 11, 3). Présenter le Monde et nous présenter avec le Monde à l’Ami : cela suffit et fait le fond de notre commun « sacerdoce ». « Cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. » (Jn 11, 6). De la part de « Dieu » (ce nom lui-même, problématique, demande à être revisité, et surtout ré-évangélisé), il n’y a pas de châtiment à attendre. Nos maux personnels et collectifs ne sont que l’aubaine qu’il saisit pour manifester sa gloire, que l’interstice par lequel passe sa gloire, que l’espace dans lequel sa gloire « se passe » sur un mode pascal qui l’engage lui-même, non comme démiurge, mais comme Patient. Gloire paradoxale de la croix. Paradoxale, c’est-à-dire, selon les deux sens du mot « doxa », à rebours de l’opinion commune et à rebours de la gloire mondaine. « Gloire du Seigneur »qui, de tristesse et de consternation, peut déserter nos institutions trop sûres d’elles-mêmes, comme le prophète Ézéchiel la vit quitter le Temple de Jérusalem (Éz 10, 18-22). Non, je ne crois pas en un Dieu condescendant qui assène des coups sur l’homme, mais en un Dieu émergeant qui affleure à travers les efforts que l’homme fait pour s’humaniser toujours davantage : un Dieu en ascension au plus haut de l’homme et qui convoque l’intégralité de sa chair au plus haut niveau de vie. Le Dieu que l’on cherche à acheter et à fléchir n’est qu’une idole forgée par la peur panique qui se tapit au fond de chacun de nous. Un magnifique « païen » comme Lucrèce (la catégorisation des « païens » et de ceux qui ne le sont pas est bien discutable…) avait déjà dénoncé cette perversion lorsqu’il évoquait une « humanité écrasée sous le poids d’une religion dont le visage, se montrant du haut des régions célestes, menace les mortels de son aspect horrible » (De Natura rerum, I, 63-65).  

            … Demeurant sauve la Tradition comme acte de passation de Vivant à vivants, demeurant incontestable le trésor de sainteté, de charité, d’intelligence et de beauté qu’ont élaboré deux millénaires chrétiens, il nous faut revenir aujourd’hui de manière réflexive sur notre histoire et discerner ce qui est étranger à l’Évangile, inutile à l’Évangile, ce qui n’est plus dicible, ni crédible, ni tenable. Il nous faut, moyennant une opération d’une rigueur et d’une lucidité sans précédent, détacher Jésus du dieu magique, du dieu archaïque, du dieu artificiel, du dieu officiel, du dieu philosophique, du lourd appareil dogmatique aux appendices suspects qu’on lui a attaché depuis des siècles, et qui l’encombre, et qui nous encombre sérieusement nous-mêmes, si nous sommes honnêtes (le malheur est que peu ont l’honnêteté de l’avouer). Corrélativement, il nous faut choisir entre la prolongation acharnée d’un certain fonctionnement religieux et l’exploitation innovante de ces « ressources du christianisme » sur lesquelles François Jullien vient d’attirer notre attention dans un petit ouvrage remarquable, ou encore la mise en œuvre de cet « esprit du christianisme » dont le Père Joseph Moingt, jeune vieillard de cent-trois ans, vient de nous suggérer les grands traits dans son audacieux testament spirituel. Certes, l’Église, comme Mystère (Ep 3, 4-11), comme Dessein de Dieu sur l’humanité, comme Fondation évangélique (Mt 16, 18-19 ; Jn 21, 15-19), est éminemment sainte et transcende l’histoire des hommes ; certes, l’institution temporelle (elle ne s’assoit véritablement, pour le bon et le moins bon, qu’au IVsiècle) est irremplaçable (l’absence pure et simple d’institution serait une utopie, car rien ne perdure, ici-bas, sans une certaine assise institutionnelle), mais l’institution, dans sa configuration présente, est appelée à reconnaître ce qu’il y a de prétentieux et de malhonnête dans certains de ses comportements, ce qu’il y a d’insuffisamment revisité, d’insuffisamment repensé, et par conséquent d’inadapté dans certains de ses discours, dans sa catéchèse, dans sa prédication, dans sa liturgie, dans sa pratique sacramentelle, dans sa conception des ministères ordonnés, dans sa formation aux ministères ordonnés, dans son interface avec la culture et le monde… Nous aspirons à une Église qui pense ; qui repense ses affirmations et ses fonctionnements ; qui, en auscultant profondément et sans présomption le monde, l’accompagne dans l’effort qu’il fait pour se penser. Nous aspirons à avoir, ou plutôt – parce que nous sommes toujours d’elle, et que nous l’aimons, et justement parce que nous l’aimons – nous aspirons à être une Église qui fasse le saut de la « mythologie » chrétienne à la théologie chrétienne, du psittacisme à l’interprétation, de la réaction à l’Action, de la paresse à la Pensée, de l’hagiographie à l’honnêteté, de l’angélisme à la considération de la chair, de la gourmandise du merveilleux à la gravité du Réel, de l’ecclésiastique à l’ecclésial, de l’établissement à l’Exode. Devant l’inanité de tant de discours religieux, devant l’inertie de tant d’installations, devant l’indigence de tant de propos catholiques, j’ai parfois envie d’avouer, avec l’enthousiasme d’un néophyte, « l’athée » qui sommeille en moi, l’athée chrétien qui reste en moi : car, au bout de soixante ans d’existence – je pousse ici la franchise jusqu’au bout – il ne reste peut-être plus que cela en moi. Mais, somme toute, ce reste est un plus ! En tout cas, dirais-je avec un grain d’humour, peut-être faut-il, comme clerc – et surtout comme clerc – posséder en soi-même un taux suffisant d’anticléricalisme pour être en vérité et sans péril un homme d’Église, comme un Père Daniélou l’avait parfaitement compris et clairement formulé. « Réparer l’Église qui tombe », comme le Poverello (toujours en filigrane de ces propos) s’en était entendu intimer l’ordre, ne signifie pas restaurer à l’identique (ce qui est l’affaire des Monuments historiques), mais redimensionner l’édifice à l’échelle de son environnement, ce qui est l’œuvre commune de l’Esprit Saint et des baptisés : « L’Esprit Saint et nous-mêmes… » (Ac 15, 28).

            Au regard du travail de discernement et de construction positive, passionnante, dont les circonstances actuelles nous offrent une opportunité sans pareille, la présente lettre serait presque une charte, ou du moins une allumette, au sens métaphorique que l’on donnait à ce terme dans la langue spirituelle du XVIIsiècle. En envisageant notre « fraternité du Compagnon blanc », nous pouvons dès lors nous poser les questions suivantes, tout à fait pratiques… Comment faire pour que l’attrait de l’Ouvert perdure au-delà du choc pandémique et de la période d’urgence sanitaire ? Comment faire, non pour imposer un Christ-roi plus ou moins temporel dans la sphère publique (cette prétention est obsolète), mais pour manifester et incarner la présence du Christ – du Compagnon blanc – dans cette communauté qui se cherche entre les citoyens et les responsables de l’État ? Autrement dit, comment des citoyens, plus compréhensifs quant à la difficulté de faire fonctionner un État, plus attentifs à l’intrication de toutes les instances qui le composent, entreprennent, au cœur de la chose publique, et sans nécessairement tout approuver, un dialogue et une collaboration à travers lesquels se manifeste la présence du Christ ?  Le déconfinement va exiger une intense attention à l’autre : chacun devra renoncer à l’impatience, à l’insolence, à la gourmandise, à l’incivilité de son ego, pour donner la priorité à la protection de l’autre, moyen éminent de rentrer en relation avec lui. N’y a-t-il pas là une manière très circonstanciée de faire eucharistie ? Comment penser l’Eucharistie en échappant à un très vieux et très actuel matérialisme eucharistique qui chosifie la Présence du Ressuscité au point de l’identifier, ou peu s’en faut, à un comprimé effervescent ? Comment penser le ministère ordonné en échappant aux ambiguïtés du « sacré » et à l’hégémonie du prêtre tout-puissant et solitaire ? Le « Compagnon blanc » est une expression qui nous donne à rêver, à imaginer, à penser : comment faire pour dépasser le simple charme des mots et découvrir, au plus intime de nous-même, la réalité qu’ils esquissent ; pour construire, ensemble, le compagnonnage spacieux et rayonnant qu’ils appellent ? Car nul ne saurait prendre la place du Compagnon blanc, ni revendiquer pour soi-même une place auprès du Compagnon blanc (voir Mt 20, 20-23), mais la place doit demeurer toujours vacante en nous, entre nous, pour le Compagnon blanc : une communauté chrétienne ne se construit qu’autour de la place vacante – appel d’air !– qu’elle laisse à son Seigneur Absent-Présent. 

Et voilà comment nous en venons tout naturellement à l’évangile du cinquième dimanche du Temps pascal (Jn 14, 1-12), tiré de l’admirable « Discours d’adieu » du Christ johannique. « Que votre cœur ne se trouble pas… » Voilà bien les paroles rassurantes que nous avons besoin d’entendre sur le seuil d’un temps de l’indéterminé, puisque aussi bien l’affranchissement de tout dieu archaïque et mythologique ne signifie pas la condamnation de notre besoin d’être rassurés, et ne donne au contraire que plus de force aux paroles rassurantes de notre grand Frère humain. « Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père… Je m’en vais vous préparer une place… » Voilà la maison spacieuse, conçue pour la « stabulation libre », accueillante au pluriel, à la différence et à la diversité. À vrai dire, nous n’avons pas à gagner la « place » en question par quelque mérite que ce soit : ce n’est pas une place honorifique, mais une place vitale dans le grand organisme de la Vie. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie… » Remarquons bien l’ordre de l’énumération, la structure de cette trilogie. Non pas la Vérité seule, mais la Vérité accompagnée par le Chemin et la Vie, entre le Chemin et la Vie, prise, en somme, dans le dynamisme de la Vie (voir Ac 17, 28 : « De Lui nous tenons la vie, le mouvement et l’être »). Non pas un contenu dogmatique à apprendre, non pas une vérité close, mise en conserve, intolérante, intransigeante, comme elle est apparue trop souvent dans notre histoire catholique, mais une vérité toujours en train de se faire, toujours en train de se faire jour, dans la beauté, l’humilité, la gloire du pur apparaître, dans le mouvement existentiel et historique du pur advenir. Et le Christ continue avec un affectueux reproche : « Il y a si longtemps que je suis avec vous et vous ne me connaissez pas ? Philippe, qui me voit, voit le Père. » Nous restons comme interdits. Inutile de chercher plus loin. La curiosité est vaine. Le Christ ne fait pas mystère – pas mystère supplémentaire – de Dieu : il astreint simplement notre regard à l’austérité, à l’altérité de son visage d’homme, comme au jour de la Transfiguration : « Ils ne virent plus que Jésus seul » (Mt 17, 8) ; comme au jour du Discernement où les uns et les autres lui demanderont : « Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif ?… (Mt 25, 37 et 44). Le Visage, composé de tous les nôtres, fait jaillir nos larmes (Lc 23, 61-62), fait briller notre joie (Jn 20, 20) et nous renvoie à nos responsabilités (Mt 25, 40). On ne saurait concevoir humanisme plus intégral que celui que respirent, qu’inspirent tous ces textes rapprochés. Transparent au Père, le Visage de l’Homme « venu du Père et retournant au Père » (Jn 16, 28) n’a pas d’au-delà qui sollicite notre curiosité : celle du dieu que forgent inlassablement nos angoisses, nos imaginations et nos acrobaties intellectuelles. C’est pourquoi, décidément, « nous voulons voir Jésus » (Jn 12, 21).

Mettons-nous donc en Chemin dans le sens de la Vie qui nous envoie au Monde. On aurait aimé, ces derniers temps, entendre davantage de réclamations généreuses pour la Mission que de revendications égoïstes pour la messe (celle-ci n’ayant de raison d’être que celle-là). Une mission dépouillée de tout appétit d’annexion et de conquête, mais qui laisse l’autre, tout autre, intact. Car le Christ ne détruit pas ce qu’il sanctifie, mais le répare, l’exalte et le transfigure. Loin des mesquineries, une Altitude appelle notre rupture d’amarres, notre abandon à son rythme souverain et, qui sait, notre bienheureuse perdition dans ses flots. Laissons l’Esprit travailler la chair frémissante de la mer, laissons la lumière traverser le galbe de la vague. « Le vent se lève : il faut tenter de vivre. » (Paul Valéry, Le cimetière marin). « Là où la terre n’existe plus, là d’où vient ce mouvement sur la forêt, d’une rive du monde jusqu’à l’autre, il n’y a de chemin qu’à travers la Paix… Sur les choses qu’il a créées ne cesse pas l’interrogation de l’Esprit. » (Paul Claudel, La Messe là-bas).

 

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Le Compagnon blanc, ou 3° lettre pascale aux amis confinés

Posté par rtireau le 6 mai 2020

Fr.C.

Le Compagnon blanc, ou 3° lettre pascale aux amis confinés

François Cassingena-Trévedy

            … La manière dont les autorités publiques gèrent la crise sanitaire nous inquiète, nous agace et nous impatiente. L’on sent beaucoup d’hésitation, d’incohérence, de naïveté, de cachotteries. Dans certains accès de mauvaise humeur, l’on aurait presque envie de renvoyer à l’école ceux qui, au mépris de l’ordre élémentaire des choses, entendent rouvrir les écoles avant de distribuer des masques. Et puis, à d’autres moments, la patience, l’indulgence, la bonne volonté civique reprennent en nous le dessus : face à l’inédit (un inédit pourtant prévisible et effectivement prédit…), le tâtonnement semble universel. Mais l’Histoire n’est-elle pas faite, pour une bonne part, de nos impréparations, de nos tergiversations, de notre incapacité à nous mettre à jour ? Les étourdis ne sont-ils pas incomparablement plus nombreux que les visionnaires ? Ce qui est certain, en tout cas, c’est que les diverses prises en main de la situation présente révèlent, parfois jusqu’à la caricature, les traits saillants, le tempérament invétéré, la « personnalité » de chaque nation. La France, qui daube traditionnellement sur la fantaisie et le désordre italiens, n’est guère mieux lotie que sa voisine au regard des décès… En cette circonstance apparaît, une fois de plus dans l’histoire européenne, l’étroite ressemblance des deux sœurs latines. Je risquerai une autre observation que me suggère un regard panoramique de l’histoire récente. Une observation géographique, ou plus exactement géopolitique. Il est remarquable, en effet, que le nuage de Tchernobyl (1986, un peu titillé ces derniers jours…) et la pandémie du Covid 19 émanent l’un et l’autre, à trente-cinq ans de distance, de deux régions du monde soumises à des régimes autoritaires, pour ne pas dire totalitaires… L’un et l’autre ne seraient-ils pas des sous-produits toxiques d’une des idéologies les plus mensongères et les plus meurtrières que le siècle dernier ait promues, et dont on n’a pas fini de découvrir les mensonges ? Il y a là, me semble-t-il, amplement de quoi méditer.

Passons à l’Église. Nos liturgies sans fidèles, depuis des semaines, nous font sentir de manière cuisante, si je puis dire (même chez les moines !), à quel point la présence physique du Peuple de Dieu est indispensable à la liturgie. Un Peuple de Dieu en chair et en os. Du reste, celui-ci n’est pas seulement un partenaire de la liturgie : il en est, comme l’indique le mot « liturgie », le sujet actif par excellence. Un Peuple de Dieu dont les ministres ordonnés ne sont pas simplement le vis-à-vis, mais dont ils font eux-mêmes partie. La liturgie virtuelle n’est pas tenable, du moins n’est-elle pas tenable longtemps, tout simplement parce que la liturgie est un acte de chair dont la Chair de Dieu est le grand centre d’intérêt. Demandez à ceux qui s’aiment si leurs corps sont accessoires ou facultatifs : les corps, le corps n’est pas davantage accessoire ni facultatif dans la vie liturgique, dans la vie chrétienne, « sacrément » concrète. Une fois venu le déconfinement, comme il fera bon, sinon encore nous embrasser, sans doute, du moins revoir mutuellement nos visages ! Et il faudrait que ces retrouvailles des ministres ordonnés avec le Peuple de Dieu ne soient point la simple réédition des jours d’avant. Comme les ministres ordonnés sont appelés à solliciter avec plus d’intelligence et de délicatesse encore la pleine responsabilité baptismale des laïcs, ceux-ci sont appelés à réviser et à approfondir le besoin véritable qu’ils ont des ministres ordonnés. Des ministres ordonnés qui, moins nombreux que jadis, ne soient pas simplement des distributeurs de sacrements, mais des éveilleurs de sens, et de sens hors du commun.

 

La circulation ordinaire – irréfléchie – reprendra-t-elle après l’embouteillage passager, dans nos institutions, dans notre train de vie général, dans le train de vie ecclésial lui-même ? Au fond, peu ont pris la mesure réelle de la catastrophe que nous traversons, peu l’ont vu venir, peu veulent descendre jusqu’aux assises métaphysiques dont elle interroge la pertinence et la solidité. D’extraordinaires conversations se nouent néanmoins ces temps-ci, timidement d’abord, puis avec assurance, avec ferveur, entre ceux qui se découvrent les uns les autres au même point de dépouillement intérieur, au même degré d’intelligence, au même degré de perception du « vertigineux » qui nous arrive. Avouerai-je que je fais de plus en plus le rêve d’une espèce de fraternité inédite, d’amicale insolite entre tous ces hommes et toutes ces femmes aux aguets, de par le monde, sans désespérance, mais aussi sans anesthésie facile et doucereuse, sans paradis artificiels. Au-delà de toutes les frontières sociales, culturelles, confessionnelles, la compagnie de ces êtres décillés et lucides est peut-être le grand Ordre qui appelle une fondation (sans lourdeurs) et qui importe à la construction de notre avenir. En ces jours que nous traversons, il est passionnant d’y penser. Là se trouve l’aliment de notre irrépressible envie de vivre. Le temps des assistances de toutes sortes (même religieuses, au sens étroit et compassé du terme) est révolu : il faut entrer nu dans le temps des responsabilités. Jetés hors de nos palais d’illusion, nous sommes désormais des gens de perpétuel bivouac, des francs-tireurs sous les étoiles. Il n’y a plus rien pour nous mettre à genoux que le Mystère des choses dont les sommités mondaines n’ont même pas l’idée. Oh ! si nous pouvions alléger un peu Jésus-Christ de tout l’appareil massif dont nous l’avons encombré depuis si longtemps, pour qu’il puisse marcher, pour que nous puissions marcher avec lui…

« Et voici que, ce même jour, deux d’entre eux faisaient route vers un village du nom d’Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s’approcha, et il faisait route avec eux, mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître… » (Lc 24, 13-15). Notre vie humaine, notre cheminement individuel ne représente qu’un infime segment sur la trajectoire de la Vie qui nous précède et nous dépasse, car nous ne savons pas, nous ne voyons pas d’où cette trajectoire a commencé ni jusqu’où elle se poursuit. « Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » (Jn 3, 8). Nous ne savons pas, nous ne voyons pas l’origine ni le terme de la route, mais quelqu’un vient se joindre à nous sur la route, en cours de route, et c’est assez. Le Compagnon blanc. Non pas un fantôme, mais un ami. Un ami qui vient se tenir là, au milieu, au beau milieu (le milieu est beau, parce que c’est la place du Ressuscité). « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, Je suis là, au milieu d’eux. » (Mt 18, 20). Pas de conversation véritable entre nous, entre toi et moi,que l’Ami ne s’en mêle, de sorte qu’en réalité l’on est toujours trois. C’est la plus simple et la plus humble des trinités. Loin d’être jalouse ou exclusive, cette présence de l’Ami est concomitante (au sens propre : elle « accompagne »). Elle est en définitive concomitante à la présence de tout ami humain qui, un jour, au bon moment, au bon endroit, vient se joindre à notre route. « Ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous, car le soir tombe et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux… » (Lc 24, 29). Tout s’achève à l’auberge, ou plutôt tout commence. Lieu trivial et génial, lieu sublime que l’auberge, que le « café » ! Comme il est urgent que les cafés ouvrent à nouveau, en face des églises, à côté des églises, frères des églises ! « Terribilis est locus iste : hic domus Dei est. » (Gn 28, introït de la Dédicace). Tant de conversations essentielles et décisives s’engagent dans les cafés… Le Ressuscité est aussi un Pèlerin. Le Vivant est aussi un Voyageur. « Homo Viator ». C’est comme cela, et comme cela seulement qu’Il nous reste. Et voici que Je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20).

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Homélie

Posté par rtireau le 26 avril 2020

Quatrième dimanche de Pâques – A - 3 mai 2020

Actes 2, 14a.36-41 ; Psaume 22 ; 1 Pierre 2, 20b-25 ; Jean 10, 1-10

L’avez-vous remarquée en entrant ? Quand on arrive dans une église, on admire l’architecture, on regarde le chœur, l’autel, l’orgue. Mais elle, est-ce que vous y avez-vous fait attention ? C’est pourtant elle qui est chargée aujourd’hui de nous parler de Jésus : 

“Moi, je suis la porte !” dit Jésus. D’ordinaire, on laisse à la porte les objets encombrants. Y’en a même qui mettent à la porte les indésirables. On dit aussi aux personnes d’avancer et de ne pas rester près de la porte. Et les distraits se retournent quand on entend bouger la porte. Pourtant, “Moi, je suis la porte !” dit Jésus.

Souvent les portes des églises anciennes sont décorées et quelquefois très belles, vues de l’extérieur. Mais voilà, Jésus n’est pas la porte d’entrée. Non ! Il appelle les brebis chacune par son nom et il les fait sortir. Jésus est une porte de sortie. C’est dehors qu’il nous entraîne. Son projet n’est pas de nous garder dans la sécurité de la bergerie, mais de nous conduire au plein air. Venez avec moi sur la route des hommes. “Moi, je suis la porte !” dit Jésus.

Il y a des portes qui protègent, qui séparent, qui isolent ou qui enferment. Jésus, lui, est un passage. Quand les professionnels du bâtiment désignent portes et fenêtres, savez-vous qu’ils parlent des ouvertures ? Eh bien Jésus est une ouverture sur la rencontre. Il est celui qui marche devant et qui nous conduit ailleurs. A travers la route des hommes, il nous mène au Père. Écouter Jésus, ce n’est pas s’asseoir, c’est prendre le chemin. Portes ouvertes, murs brisés, pierre roulée, tombeau vide, brèche d’espérance. “Moi, je suis la porte !” dit Jésus.

Sur la porte de cette église, comme sur la porte de notre maison, non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur, non pas pour les autres mais pour nous, regardons bien, c’est écrit en lettres d’or : “Moi, je suis la porte !” dit Jésus. Faire Église ce n’est pas écouter aux portes, ce n’est pas condamner une porte, ni se cacher derrière la porte, ni mettre à la porte, mais reconnaître une voix qui nous dit : “Moi je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.”

Un jour, un artiste avait réalisé une magnifique affiche. On pouvait voir Jésus frapper à une porte. Quelqu’un remarqua qu’il n’y avait ni poignée ni clenche ! En fait, l’artiste n’avait rien oublié. Mais il y a des portes qui ne s’ouvrent que de l’intérieur. Vous avez bien compris : si je n’ai pas de vie intérieure, si je n’ouvre pas ma porte au Christ, la rencontre ne sera pas possible.

Karine est aumônier fédération protestante en centre de détention. Le lundi de Pâques, le 13 avril dernier, elle a écrit sa méditation sur l’actualité :

Etrange montée vers Pâques que nous venons de vivre. Retraite généralisée à l’abri du monde. Des prières, comme des bulles d’oxygène qui viennent éclater à la surface de nos barrières de distanciations sociales… Temps de l’interrogation,… temps de l’épreuve, mais aussi temps de solidarité, d’humble accompagnement au jour le jour, simples gestes d’offrande. Emerveillement devant la capacité à faire front là où on se croyait à bout de forces.

Etrange Vendredi Saint. Temps de confinement vécu parfois comme une mise au tombeau… Comme les femmes au matin de Pâques on pose alors la question : « Qui viendra rouler la lourde pierre qui nous sépare de la vie ? Qui nous ouvrira les portes de l’espérance ? » Pourtant j’entends déjà le murmure ténu de la Parole. De ce temps de jachère fleuriront de nouvelles joies et découvertes. La lumière de Pâques s’est levée.

Etrange jour de Pâques où cette année c’est en restant délibérément à distance les uns des autres que nous avons célébré la Vie. Pourtant le Christ nous invite lui-même à ne pas le « confiner ». Au matin de Pâques il adresse à chacun de nous cette parole : « Va vers mes frères » (Jean 20, 17)… Sur ce chemin il nous rejoint pour ouvrir les portes d’une société nouvelle et nous engage à construire avec lui ce monde nouveau… C’est définitif : Dieu choisit la vie ! Toi, va vers l’espérance qui vient !

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Homélie

Posté par rtireau le 19 avril 2020

Troisième dimanche de Pâques – A - 26 avril 2020

Actes 2, 14.22b-33 ; Psaume 15 ; 1 Pierre 1, 17-21 ; Luc 24, 13-35

“Il leur expliqua dans toute l’Écriture ce qui le concernait.” Jésus les invita à relire dans la bible ce qu’ils avaient vécu avec lui. M’apercevoir que l’évangile et ma vie pourraient bien être une même histoire d’amour. Et ça fait tilt, comme dans une relation forte quand on reconnaît le meilleur de soi en l’autre et le meilleur de l’autre en soi. Alors c’est la fameuse phrase : Notre cœur n’était-il pas brûlant tandis qu’il nous parlait sur la route ?” En fait, c’est là que commence la foi chrétienne, quand on sort de la simple croyance en un Dieu lointain et qu’on reconnaît Dieu amour dans sa vie et le ressuscité dans son quotidien.

Avez-vous remarqué les moments où le cœur est brûlant ? C’est quand plusieurs sont rassemblés. Dans les débuts du christianisme, on a pu lire : “Le chrétiens ne se distinguent ni par le langage, ni par les vêtements. Leur genre de vie n’a rien de singulier. Mais ils ne peuvent vivre sans se rassembler. Ne déchirez pas l’Eglise en ne vous rassemblant pas.” Le cœur est brûlant quand on se rassemble. Car le Christ est là au milieu de nous, comme il l’avait dit : “Là ou 2 ou 3 sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux.” Et on mesure ici combien le confinement actuel nous prive de ces moments de communion.

Les disciples d’Emmaüs sont déçus. Mais ils marchent et ils parlent. Donc ils ne sont pas anéantis. Alors le ressuscité est là, et ça brûle dans les cœurs. Ils veulent donc le garder avec eux. C’est humain : on veut fêter ça, on veut arroser ça.Il entre chez eux. Et c’est un partage qui remet en marche. La présence et les paroles, ça peut aider, mais c’est le partage qui fait resurgir le goût de vivre. Partager un pain, ça ne peut pas laisser tranquille. Il y a tellement d’endroits où le pain a besoin d’être partagé. Les disciples donnent à manger à leur invité, et Dieu, qu’ils n’ont pas reconnu dans la méditation, ils le découvrent dans la fraction du pain. Ils ne furent pas éclairés totalement en écoutant la Parole, ils le sont en l’accomplissant. Ailleurs Jésus a dit que ce geste le rejoint quand on le fait vers tout être en détresse : “J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger.” Quand nous partageons, c’est à lui que nous donnons. A jamais, Jésus habite le don.

Pour les disciples le pain partagé s’est fait Parole. C’est à ce geste qu’ils l’ont reconnu. Et lui a disparu. Au moment où ils sont tentés de le garder, il disparaît. Chaque fois, il envoie vers d’autres frères : c’est ça le temps de l’Église. Les disciples l’ont compris. Ils ne se sont pas lancés dans une entreprise de reliques et de pèlerinages. Certains regrettent sûrement qu’on ait perdu la chaise et la table de ce soir-là. En fait on ne sait même plus trop où est Emmaüs : au moins 4 lieux du même nom peuvent correspondre et les manuscrits font varier entre “60 et 160 stades” la distance avec Jérusalem. Imprécision salutaire : Emmaüs, c’est partout où un homme marche avec Jésus sans le savoir, partout où se vit la rencontre avec lui. On ne sait plus trop où est Emmaüs, mais on se souvient que la nouvelle de la résurrection est arrivée bien vivante à Jérusalem.

Jean-Paul II a écrit en 2004 : « Il est significatif que les disciples d’Emmaüs, bien préparés par les paroles du Seigneur, l’aient reconnu au moment du geste simple de la “fraction du pain”. Lorsque les esprits sont éclairés et que les cœurs sont ardents, les signes “parlent”. Après avoir reconnu le Seigneur, les disciples d’Emmaüs “se levèrent à l’instant même” pour communiquer ce qu’ils avaient vu et entendu. C’est une expérience qu’on ne peut garder pour soi. »

Et un poète inconnu : “Sur la route d’Emmaüs, ils étaient deux. Les voici trois. Jésus est avec eux qu’ils ne savent pas. Dieu, ton rendez-vous sera-t-il donc toujours en chemin ? Tu n’es pas un Dieu de tout repos, un dieu de trône et de maître-autel. Tu n’es donc toujours qu’un Dieu vagabond, un Dieu d’Exode et sans domicile fixe. Et il suffira que ces deux-là, sur la route d’Emmaüs, veuillent t’installer, même provisoirement, pour que tu t’effaces de leurs yeux. Sur la route, ils étaient deux. Ils se parlaient. Ils partageaient les mots de leur tristesse, le choc de cette mort en croix qui ressemblait trop à un assassinat. Ils étaient deux sur la route, à se parler, les voici trois. Jésus est avec eux, qu’ils ne reconnaissent pas. Dieu, c’est donc quand nous commençons d’oser nous parler, lorsque nous prenons le risque de l’échange, que tu es là au milieu de nous ? Dieu, c’est donc lorsque nous acceptons d’être deux que nous devenons trois.”

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Homélie

Posté par rtireau le 29 mars 2020

Dimanche des Rameaux A - 5 avril 2020

Isaïe 50, 4-7 ; Psaume 21 ; Philippiens 2, 6-11 ; Matthieu 26, 14 – 27, 66

Nous avons entendu le récit de la Passion. La Passion, c’est d’abord une situation que l’on subit. Dépendance totale pour Jésus puisque on est allé jusqu’à le condamner à mort. Mais pour lui, cette passion passive est conséquence d’une vie pleine de passion active. Sa passion c’était de donner à chacun une nouvelle chance. Il disait : vous pouvez vivre debout, solidaires comme des frères. C’est cette passion qu’on a voulu arrêter en le mettant à mort. Nous sommes donc invités à faire mémoire de la mort de Jésus, mais aussi à essayer de vivre la même passion que lui.

Il y a trois niveaux de récit dans ce que nous venons d’entendre :

- Il y a le récit de saint Matthieu qui décrit l’événement pour que toutes les générations sachent ce qui s’est passé. Ce niveau de lecture est information. Il n’appelle pas vraiment notre foi.

- Le 2ème niveau, lui, appelle notre adhésion de foi. Jésus n’est pas seulement livré aux hommes, il se livre lui même : “Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne”. Nous croyons que ce ne sont pas les événements qui guident Jésus, mais sa fidélité au Père. Avant même que Judas ne le livre, Jésus, nous le croyons, a déjà offert son corps et son sang. Ni Judas, ni Pilate, ni personne ne pourront prendre ce qu’il a déjà donné. Cette lecture est déjà pour nous, acte de foi.

- Le 3ème degré de lecture est une question : comment ce récit me rejoint-il ? De toutes ces paroles, laquelle est pour moi ? De tous ces silences, lequel est pour moi ? Oui, je peux laisser se réaliser en moi ce que nous célébrons en trois jours : le Jeudi Saint : “ceci est mon corps” dans l’Eucharistie ; le Vendredi Saint : “ceci est mon corps” sur la croix ; et le Dimanche Saint, jour de Pâques : “ceci est mon corps” ressuscité.

En réalité, nous ne fêtons pas les rameaux, nous les recevons comme un signe que nous mettrons dans nos maisons pour que notre vie soit exposée à la vie du Christ. La vie de nos proches, la vie de ceux qui nous ont quittés, toutes nos histoires se récapitulent dans cette histoire où Dieu a pris la condition humaine. C’est pour ça que cette semaine est appelée Sainteparce qu’elle donne un sens aux 51 autres semaines de notre quotidien.

Les Rameaux sans la Passion, ce serait tomber dans la superstition en attribuant des pouvoirs magiques à de simples feuillages. Ce serait se tromper sur la royauté de Jésus : il n’est vraiment roi que sur la croix, lorsqu’il fait, par amour, le don de sa vie. Nous sommes nombreux chaque année pour la fête des rameaux : c’est bien. Combien serons-nous lorsqu’il s’agira d’être disciples de celui qui s’est fait serviteur ? Les Rameaux sans la Passion, ce serait se tromper de bonheur : Jésus ne promet pas un bonheur facile. Sur son chemin, il nous faudra rencontrer la croix. Mais la Passion sans les Rameaux, ce serait se complaire dans la douleur. Ce ne sont pas les souffrances du Christ qui sauvent, c’est l’amour qu’elles révèlent qui sauve ! La croix du Christ n’est fierté pour nous que parce qu’il est le Ressuscité ! Son chemin, même difficile, est bonne nouvelle parce qu’il ne s’est pas arrêté au Golgotha !

Ecoutez cette belle profession de foi de mon ami théologien Jean-Yves Baziou : “Tenir aujourd’hui que cet homme de Dieu demeure vif au point de susciter encore des itinéraires et des vies habitées par le don, le pardon ou l’abandon, n’est-ce pas tout simplement maintenir vivant l’espoir fou que l’avenir de notre monde ne réside pas dans la puissance guerrière ou agressive mais dans le moindre geste de générosité et de bonté. Telle est la force dans laquelle Jésus a mis tout son cœur et qu’il comprenait comme étant le cœur même de Dieu.”

Ecoutez aussi notre évêque le 25 mars dernier, fête de l’annonciation, qui souligne le mot « fraternité » pour inviter à traverser la période difficile du Covid-19 : « Tous, nous sommes vulnérables et interdépendants les uns des autres. Est ainsi mise en lumière la fraternité… En raison de notre fragilité, la fraternité est notre vocation fondamentale. Les soignants, en prenant soin des plus affaiblis, en sont le signe… À trop oublier notre fragilité, liberté et égalité deviennent des idées folles. Avec la fraternité s’ouvre un chemin… où fleurira solidarité, simplicité, responsabilité personnelle et collective, primauté de l’humain et centralité du prendre-soin. 

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Homélie

Posté par rtireau le 6 janvier 2020

Fête du Baptême du Seigneur dans l’année A - 12 janvier 2020

Isaïe 42, 1-4.6-7 ; Psaume 28 ; Actes 10, 34-38 ; Matthieu 3, 13-17

“Jésus paraît, dit l’évangile, sur les bords du Jourdain”, ce fleuve unique au monde. En hébreu le mot Jourdain signifie le descendeur. Il prend sa source dans le mont Hermon, à 520 mètres d’altitude, il est le seul à descendre aussi bas, dans la Mer Morte, à 394 mètres en dessous du niveau de la mer. Voilà jusqu’où descend Jésus. Il n’avait nullement besoin de confesser des péchés ! Et pourtant, il descend à son tour vers les eaux sales du Jourdain. Il se solidarise ainsi avec les pécheurs, comme pour s’enraciner dans son peuple et le ramener vers le Père. Il plonge dans un peuple, il s’engage avec lui, il se mouille avec lui.

L’eau est un mystère qui traverse toute la Bible. Depuis les eaux du Déluge qui détruisent, jusqu’aux eaux du Jourdain qui régénèrent : mystère de vie et de mort, eaux de la mort et eaux maternelles, traversée de la Mer Rouge et surtout passage du Ressuscité à travers l’océan de la mort. Depuis ce jour où Jésus est descendu jusqu’au fond, il n’est pas de pécheur, même le plus abîmé, qu’il ne puisse rejoindre. Il s’est fait le plus proche des plus éloignés. Et c’est quand son humiliation arrive au plus bas qu’éclate la manifestation du Père. Le Père lui fait sa déclaration d’amour : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui, j’ai mis tout mon amour.” Il sera la voix du Père parmi les hommes. Et l’Esprit à son tour descend “comme une colombe”. Car cet homme, si semblable aux autres, est le Fils de Dieu, tellement rempli de l’Esprit qu’il pourra le donner à tous les hommes pour en faire des fils de Dieu.

Le baptême révèle Jésus comme notre baptême nous révèle à nous-mêmes. Baptisés, nous remontons des eaux de la mort par la puissance de l’Esprit et nous nous découvrons fils, sous le regard du Père. Invités à notre tour à montrer le visage du Père autour de nous : “Fais paraître dans ta vie un nouvel aspect du visage de Jésus-Christ que personne n’a encore manifesté.” Vous qui êtes baptisés, vous qui avez fait baptiser vos enfants, avez-vous commencé de faire paraître un aspect du visage de Jésus ?

“Tu vas toujours à ta psychothérapie de groupe” demandait quelqu’un à un chrétien un jour ? Il avait tout à fait compris, celui-là, l’intérêt qu’il y a à faire partie de la communauté des chrétiens. Et une autre fois : “Ah oui, tu es chrétien parce que tu as eu des problèmes de santé ?”  Réponse de l’interrogé : “Non, c’est parce que des gens m’ont donné envie de vivre.” Fameux baptême !

Des gens m’ont donné envie de vivre. Une phrase qui rejoint le mot que j’aime bien quand je pense baptême, le mot commencements. Une Église qui se soucie de ses commencements est une Église vivante. Je me souviens de Thaï, jeune adulte Viet-Namien, baptisé à une veillée pascale à Rennes, en présence d’environ 500 personnes. Les semaines d’après, il ne pouvait plus se déplacer dans le quartier sans qu’on lui saute au cou de toutes parts. Fameux recommencement dans sa vie.

Des gens m’ont donné envie de vivre. Le baptême : un nouveau commencement. Avez-vous remarqué la différence de physionomie entre ceux qui vous annoncent : “Je viens de commencer le piano… la danse… le foot… ou à surfer sur Internet…” et ceux qui vous disent : “Oh, j’ai arrêté la musique, j’en avais marre. J’ai arrêté le sport, je n’avais plus temps…” ou “J’y arrivais pas…” Avez-vous remarqué la différence de physionomie ? Eh bien en principe, l’Eglise est toujours du côté de ceux qui commencent. L’Eglise est toujours du côté des joyeux commencements,  du côté de ceux qui sont en route, en marche, en chemin.

Des gens m’ont donné envie de vivre. Ils ont été comme une lumière pour moi : 

Voulez-vous une histoire d’enfants pour dire ça ? C’est un petit garçon qui visite une cathédrale avec sa grand-mère et qui découvre les vitraux.

- “C’est qui, ces gens-là ?” demande l’enfant, en montrant un vitrail.

- “Ce sont les chrétiens !” répond la grand-mère.

Peu après, à l’école, I’instituteur demande : 

- “Qu’est-ce qu’un chrétien ?” 

et l’enfant de répondre immédiatement : 

- “C’est quelqu’un à travers qui on voit la lumière.”

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Petit traité de l’espérance…

Posté par rtireau le 29 décembre 2019

Petit traité de l’espérance à l’usage des contemporains. 

D’après Adrien CANDIARD, dans son livre « Veilleur, où en est la nuit ? » 

Jérémie, bien que prophète, est le plus complet des défaitistes. Il prêche la soumission pure et simple au roi de Babylone, oppresseur. En cas de révolte, la victoire du roi de Babylone est inévitable… 

Avoir la foi, dit Jérémie, ce n’est pas vivre dans un monde enchanté où Dieu réglerait tous nos problèmes : c’est d’abord regarder le monde en face, le mal en face. Et c’est pourtant dans les jours d’angoisse du siège de Jérusalem que Jérémie se met à écrite des folies. Il annonce que Dieu va tout recréer, à partir de rien. 

Souvent notre foi, loin de renforcer notre espérance, la fragilise encore davantage. Car la foi, dans nos contrées, se porte mal. Comme croyants, nous vivons davantage un chemin de croix qu’une marche triomphale. Don Camillo n’intéresse plus Peppone, tout entier préoccupé par l’imam du village.

Aujourd’hui, nous sommes mûrs pour l’espérance. Car pour parler de l’espérance, il faut commencer par regarder le désespoir en face. On se méfie souvent de l’espérance, et singulièrement de l’espérance chrétienne. N’est-ce pas une histoire de naïfs indécrottables qui veulent tellement croire que tout va bien que, lorsque les faits leur donnent tort, ils s’inventent un ciel où tout irait mieux, qui a le double avantage de régler absolument tous les problèmes et de n’être jamais démenti par les faits ?

L’espérance chrétienne ne réclame pas d’optimisme, mais du courage. Pour espérer en Dieu, il faut accepter d’abord de quitter toutes les autres espérances, tous les filets de sécurité qui nous évitent d’avoir à faire le grand saut de la confiance en Dieu. Contrairement à tant de nos devanciers, que les succès de la foi pouvaient aveugler, nous n’avons plus tellement d’autres choix que le désespoir devant la catastrophe ou l’espérance en Dieu. La seule promesse que Dieu fait à Jérémie, ce n’est pas la réussite. C’est la promesse de sa présence.

Alors grandit, du même coup, le faux espoir symétrique. S’il est faux de penser que ça ira mieux demain, il est tentant de se dire qu’il suffit de revenir en arrière pour résoudre tous les problèmes. Rien n’est moins chrétien que de serrer sans fin dans ses bras le cadavre de la vieille chrétienté. Jérusalem est tombée, et ses murailles ne seront pas reconstruites. Nous avons à renoncer à voir se réaliser, même partiellement, le triomphe de l’Eglise, pour accepter le paradoxal triomphe de la croix.

Une seule promesse pour rattraper tout le reste « Je serai avec toi. » Cette présence promise a un coût exorbitant : elle exige de renoncer d’abord à toutes les consolations imaginaires dont nos vies sont remplies. Dieu n’existe que dans le monde réel : c’est le Dieu du présent, pas celui des rêveries et des châteaux en Espagne.  

L’espérance chrétienne espère nécessairement contre toute espérance, c’est-à-dire contre tous les faux espoirs qui nous protègent d’une rencontre rugueuse avec le monde réel où Dieu nous attend. Comment pourra-t-il nous sauver si nous sommes ailleurs ? Les images populaires et naïves du paradis n’ont réussi qu’à le ridiculiser et en faire, dans la culture commune, un lieu un peu mièvre où pourront s’épanouir les moins dégourdis des enfants du catéchisme. L’espérance chrétienne n’est possible que parce que Dieu s’est donné le premier. Il ne s’agit pas d’attente, mais de don – d’un don que nous devons simplement recevoir. Dieu n’est pas à venir ni à attendre : il est déjà donné, et la seule difficulté consiste à accepter ce don.

Le Salut, s’il est porteur de la joie véritable, n’est nullement une partie de plaisir ! Mais si nous n’osons pas en parler, bien souvent, c’est parce que pendant des siècles, l’Église s’est trop intéressée à la vie après la mort, et pas assez à ce monde-là. Quand je parle de salut et de vie éternelle, je ne parle pas de la vie après la mort. En tout cas, pas seulement. Si Jésus nous ouvre la vie éternelle, c’est qu’il nous oblige a renoncer à nos frontières entre la vie ici-bas et la vie dans l’au-delà : c’est la même vie ! La vie éternelle commence maintenant, et elle se poursuit éternellement. 

Espérer, c’est quelque chose de concret : c’est croire que Dieu nous rend capables de poser des actes éternels. Que, quand nous aimons, cet amour est une fenêtre que nous ouvrons sur l’éternité. Comme nos vies changeraient, si nous savions ordonner nos priorités en fonction du poids d’éternité de nos actions : l’ambition, le souci de gagner de l’argent, l’envie de se faire reconnaître se retrouveraient très vite au bas de la pile. On découvrirait que préparer un gâteau pour une voisine isolée, à qui cela fera plaisir, construit bien plus l’éternité que son poids de farine, d’œufs et de sucre ne le laisserait croire.

Transformer les événements en occasion d’aimer, c’est reproduire au quotidien le miracle de Cana. C’est changer l’eau de la vie ordinaire en vin de vie éternelle. Il vaut la peine de s’exercer sur des petites choses. Un embouteillage, en soi, ça n’a pas de goût. C’est nous qui choisissons, presque par réflexe, d’en faire un sujet d’agacement, voire d’énervement. Mais c’est vrai pour tout le reste : les enfants qui crient au lieu de jouer sagement, le bus qui prend son temps alors qu’il fait si froid à l’arrêt, l’ami qui annule à la dernière minute ce dîner que j’attendais avec impatience, tout cela aura le goût que nous lui donnerons : toutes ces situations nous donnent des gens à aimer davantage ; toutes nous procurent des occasions d’aimer, et donc d’être heureux. Il suffit de chercher un instant, et c’est un exercice auquel on devient meilleur si on en prend un peu l’habitude. Cette habitude vaut la peine d’être prise, car si nous nous exerçons sur ces petits événements, alors nous saurons peu à peu produire la même transformation pour les événements plus importants, et plus difficiles. Un chagrin d’amour ou le décès d’un être cher peuvent être aussi des occasions d’aimer.

La croix ne sauve personne. Elle tue, elle fait souffrir : c’est un instrument de supplice, certainement pas de salut. Mais quand nous disons qu’elle sauve, c’est évidemment par un raccourci de langage dont nous sommes coutumiers, comme quand nous disons que nous prenons le volant pour désigner par là la voiture tout entière. Ce n’est pas la croix qui sauve qui que ce soit, mais la manière dont Jésus a vécu le supplice de la croix. La croix ne sauve personne, mais parce qu’il a fait de la croix le lieu du plus grand amour, parce qu’il a choisi le pardon universel, la croix est devenue sans le vouloir l’instrument du salut. Si nous sommes chrétiens, si nous sommes le corps du Christ, alors il est normal que nous soyons nous aussi fixés à la croix. 

Aller à la messe, c’est faire mémoire que la foi chrétienne est fondée sur une débandade, une catastrophe dont elle n’aurait dû jamais pouvoir se remettre… Le commandement suprême, « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », ne nous propose pas l’amour du Christ comme un exemple qu’il s’agirait d’imiter, alors qu’il est par définition tout à fait hors de notre portée. « Comme je vous ai aimés » a un sens bien plus fort que celui d’un modèle ; il indique la source de notre amour. Aimez-vous les uns les autre avec l’amour dont je vous ai aimés, avec l’amour dont je ne cesse de vous aimer. Sans le savoir, souvent, notre monde nous pose la même question. « Veilleur, où en est la nuit ?» Il nous interroge sur notre espérance… Il attend de nous que nous vivions dans l’espérance, c’est-à-dire que nous vivions pour l’éternité, que nous vivions pour ce qui compte vraiment et ne passera jamais.

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