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Homélie

Posté par rtireau le 20 mai 2020

Septième  dimanche  de  Pâques – A – 24 mai 2020

Actes  1, 12-14 ; Psaume 26 ; 1 Pierre 4, 13-16 ; Jean 17, 1-11

La première lecture, au livre des Actes des apôtres, nous montre l’Eglise, au tout début de son existence, après le départ de Jésus. Elle n’a pas encore vécu la venue de l’Esprit Saint. L’évangéliste Luc nous transporte au premier étage d’une maison de Jérusalem. L’Eglise est là, en germe, comme en attente. Avant de parler et de se disperser, elle vérifie son unité et se recueille dans la prière. Les onze apôtres sont rassemblés avec Pierre à leur tête. Ils ne sont pas  seuls : il  y a aussi des “frères” et quelques femmes. Et au milieu de ces trois groupes (apôtres, frères, femmes), se tient “Marie, la mère de Jésus”. On dirait qu’elle est penchée sur le berceau de l’Eglise, comme elle l’avait été sur celui de Jésus. Communauté silencieuse et priante qui attend son Seigneur : c’est l’Eglise du commencement qui se forge la force de supporter avec calme la souffrance rencontrée “comme chrétien”, selon le mot de saint Pierre dans la seconde lecture.

Dans l’Evangile (Jean 17), Jésus prie aussi. Il prie d’abord pour lui : “Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie.” L’heure est venue pour lui de demander sa propre gloire qui est… sa  croix. La gloire de Dieu, la toute-puissance, rien à voir avec les honneurs et les fastes des grands de la terre ! Sa gloire, ce n’est pas le podium ou la réussite. Sa gloire, c’est la croix, c’est l’amour, c’est sa vie qu’il veut donner à tous ! C’est l’heure où Jésus va êtreAmour total, c’est l’heure où Jésus va être pleinement Dieu. La gloire, c’est ce qui fait qu’une vie a du poids. Comme le disait saint Irénée dès le second siècle : “La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant !” Le contraire de bafoué ou méprisé.

Jésus prie ensuite pour les croyants : ses disciples et ceux qui croiront grâce à eux, c’est à dire nous. Que demande-t-il pour eux et pour nous ? “La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.” La vie éternelle, un don de Dieu, un cadeau gratuit à recevoir librement. Jésus est parti. C’est le  mystère de l’Ascension. Mais il a prié pour tous les hommes qui sont dans le monde et il leur a envoyé ses disciples, les chrétiens, pour qu’ils soient la pincée de sel qui donne goût à la vie, pour qu’ils soient la poignée de levain qui  soulève les pesanteurs du monde, pour qu’ils soient les assoiffés de justice qui libèrent de toute injustice. Car vivre, c’est faire vivre, et donner plein de vie autour de soi.

Aujourd’hui c’est l’évangile de la prière de Jésus. Je vous propose deux expressions très différentes autour du mystère de la prière : 

- la première est de Saint Augustin, très brève : “Tu étais en moi, dit Saint Augustin à Dieu, mais moi j’étais hors de moi : je te cherchais dehors. Tu étais avec moi ; je n’étais pas avec toi, puisque je n’étais pas chez moi.” 

- La seconde, plus longue, est de Timothy Radcliffe, ancien maître des dominicains dans son livre Je vous appelle amis“Dès la naissance, les parents commencent immédiatement à parler à l’enfant. Bien avant qu’il ne soit capable de comprendre, un enfant est nourri de mots, baigné et bercé de mots. Le père et la mère ne parlent pas à leur enfant pour lui transmettre de l’information. Ils l’animent de leur parole. Il devient humain dans cet océan de langage. Petit à petit, il saura trouver une place dans l’amour que partagent ses parents. Sa vie grandit en humanité.

De même nous sommes transformés par l’immersion dans la Parole de Dieu. Nous ne lisons pas la Parole pour y chercher de l’information. Nous y réfléchissons, nous la méditons, nous vivons avec elle… « Que ces paroles que je te dicte aujourd’hui restent dans ton cœur ! Tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route. » (Deutéronome  6, 6…)

… Un couple de mes amis a adopté un enfant. Ils l’ont trouvé dans une immense salle d’hôpital à Saïgon, orphelin de la guerre du Viêt-Nam. Les premiers mois, à l’hôpital, personne n’avait eu le temps de s’en occuper ou de lui parler. Il a grandi sans savoir sourire. Mais ses parents adoptifs lui ont parlé et souri, œuvre d’amour. Je me souviens du jour où pour la première fois il a renvoyé un sourire. La Parole de Dieu nous nourrit, afin que nous prenions vie, en humains que nous sommes, et devenions même capables de renvoyer le sourire de Dieu.”

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Homélie

Posté par rtireau le 10 mai 2020

Sixième dimanche de Pâques – A - 17 mai 2020

Actes 8, 5-8.14-17 ; Psaume 65 ; 1 Pierre 3, 15-18 ; Jean 14, 15-21

“Je prierai le Père… ;  je suis en mon Père… ; celui qui m’aime sera aimé de mon Père…” Jésus parle de son Père. En réalité, c’est pour ça qu’il est venu, pour révéler la véritable identité de celui que personne n’a jamais vu, ce Dieu que tous les hommes ont recherché en lui donnant les noms les plus divers, celui-là même dont les prophètes ont témoigné, et que Jésus a l’audace d’appeler familièrement Papa. Jésus prête sa voix et ses mains à son Père pour que sa Parole puisse retentir à nos oreilles d’hommes et pour que sa tendresse puisse nous être signifiée. Quand Jésus parle, c’est Dieu qui parle. Quand Jésus guérit et pardonne, c’est Dieu qui guérit et pardonne.

Et, quand il s’apprête à quitter le monde, il parle de l’Esprit, c’est à dire de l’Amour qui unit le Père au Fils, et le Fils au Père : “Moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité. ” J’imagine que beaucoup d’entre vous ont en tête que le mystère de la Trinité est chose bien compliquée. Or vous venez de réaliser que Jésus, le Fils, nous parle sans cesse de son Père, et qu’il ne nous quitte pas sans assurer qu’il restera présent par son Esprit qui “demeure en nous”. Tout simple, non ? Oh ! Le mystère demeure entier, mais c’est à la manière du mystère de l’Amour dont chacun peut déjà faire l’expérience.

C’est donc un passage de relais que Jésus fait à ses disciples : c’est à eux (à nous) de continuer d’annoncer que Dieu est Père. Et il promet l’Esprit qui sera sa présence jusqu’à la fin des temps. Il est frappant d’ailleurs de constater aujourd’hui que, même si les églises ne sont pas remplies, il ne manque pas de gens qui vivent de cet Esprit. Comme dit Gérard Bessière, “Ils conservent en eux, comme un ferment, la figure de Jésus et les appels de l’Évangile. Leur générosité n’est pas démobilisée. Beaucoup cherchent et trouvent des lieux et des groupes où ils apportent leur énergie pour tenter de changer le monde.” Et il ajoute : “Dommage que les structures et les appareils de l’Église provoquent chez beaucoup méfiance ou indifférence.” Comme ce jour – il y a longtemps – où une maman prévenait que son enfant ne viendrait plus au catéchisme : “Deux années, ça suffit bien. Son père et moi, nous pensons qu’il ne faut pas les ennuyer trop tôt avec tout ça !”

Bertrand Vergely, dans son livre Retour à l’émerveillement, a une méditation inattendue sur le péché, en lien avec le Père, le Fils et l’Esprit. Le péché, dit-il, signifie ratage en hébreu comme en grec. On pèche quand on rate la cible et on rate la cible quand l’un des éléments de la Trinité vient à manquer :

- Dieu seul n’est plus Dieu, mais une transcendance abstraite, désincarnée, le Dieu-Loi, Autorité, le Père terrible et inflexible. 

- Le Fils seul donne l’humanité abstraite qui ne croit que dans la science et la politique. L’homme est intelligent et efficace. Mais sans rapport à l’éternité il n’apporte pas la réponse de fond aux questions humaines. 

- Enfin, l’Esprit seul donne le devenir sans la dimension de transcendance. Bien des choses peuvent vivre et être créatrices, mais tout ne sauve pas.

Alors je vous propose une méditation trinitaire pour faire le point sur notre vie de baptisés. 

J’ai été baptisé au nom du Père : Est-ce que Dieu est un Père pour moi, celui dont l’amour me façonne jour après jour ? Est-ce que je sais m’émerveiller de sa création, et y participer en contribuant à ce que la terre soit plus habitable et le monde plus juste ? Et si je prie Dieu en lui disant avec les autres notre Père, est-ce que je réalise que tout homme est un frère ? 

J’ai été baptisé au nom du Père et du Fils : Est-ce que je suis familier du Fils ? Est-ce que je lis assez l’Évangile pour corriger les caricatures de Dieu que j’ai pu me fabriquer ? 

J’ai été baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit : Est-ce que je laisse l’Esprit agir en moi ? Il est l’Esprit de vérité. Est-ce que je sais l’entendre ? Est-ce que je prends le temps de relire ma vie en disant, comme autrefois le jeune Samuel : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !” L’Esprit m’invite à ne jamais désespérer, ni des autres, ni de Dieu, ni de moi-même. 

C’est à nous de continuer d’annoncer que Dieu est Père. Il dépend de notre réponse à l’Esprit que des gens ne se sentent plus orphelins.

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Homélie

Posté par rtireau le 26 avril 2020

Quatrième dimanche de Pâques – A - 3 mai 2020

Actes 2, 14a.36-41 ; Psaume 22 ; 1 Pierre 2, 20b-25 ; Jean 10, 1-10

L’avez-vous remarquée en entrant ? Quand on arrive dans une église, on admire l’architecture, on regarde le chœur, l’autel, l’orgue. Mais elle, est-ce que vous y avez-vous fait attention ? C’est pourtant elle qui est chargée aujourd’hui de nous parler de Jésus : 

“Moi, je suis la porte !” dit Jésus. D’ordinaire, on laisse à la porte les objets encombrants. Y’en a même qui mettent à la porte les indésirables. On dit aussi aux personnes d’avancer et de ne pas rester près de la porte. Et les distraits se retournent quand on entend bouger la porte. Pourtant, “Moi, je suis la porte !” dit Jésus.

Souvent les portes des églises anciennes sont décorées et quelquefois très belles, vues de l’extérieur. Mais voilà, Jésus n’est pas la porte d’entrée. Non ! Il appelle les brebis chacune par son nom et il les fait sortir. Jésus est une porte de sortie. C’est dehors qu’il nous entraîne. Son projet n’est pas de nous garder dans la sécurité de la bergerie, mais de nous conduire au plein air. Venez avec moi sur la route des hommes. “Moi, je suis la porte !” dit Jésus.

Il y a des portes qui protègent, qui séparent, qui isolent ou qui enferment. Jésus, lui, est un passage. Quand les professionnels du bâtiment désignent portes et fenêtres, savez-vous qu’ils parlent des ouvertures ? Eh bien Jésus est une ouverture sur la rencontre. Il est celui qui marche devant et qui nous conduit ailleurs. A travers la route des hommes, il nous mène au Père. Écouter Jésus, ce n’est pas s’asseoir, c’est prendre le chemin. Portes ouvertes, murs brisés, pierre roulée, tombeau vide, brèche d’espérance. “Moi, je suis la porte !” dit Jésus.

Sur la porte de cette église, comme sur la porte de notre maison, non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur, non pas pour les autres mais pour nous, regardons bien, c’est écrit en lettres d’or : “Moi, je suis la porte !” dit Jésus. Faire Église ce n’est pas écouter aux portes, ce n’est pas condamner une porte, ni se cacher derrière la porte, ni mettre à la porte, mais reconnaître une voix qui nous dit : “Moi je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.”

Un jour, un artiste avait réalisé une magnifique affiche. On pouvait voir Jésus frapper à une porte. Quelqu’un remarqua qu’il n’y avait ni poignée ni clenche ! En fait, l’artiste n’avait rien oublié. Mais il y a des portes qui ne s’ouvrent que de l’intérieur. Vous avez bien compris : si je n’ai pas de vie intérieure, si je n’ouvre pas ma porte au Christ, la rencontre ne sera pas possible.

Karine est aumônier fédération protestante en centre de détention. Le lundi de Pâques, le 13 avril dernier, elle a écrit sa méditation sur l’actualité :

Etrange montée vers Pâques que nous venons de vivre. Retraite généralisée à l’abri du monde. Des prières, comme des bulles d’oxygène qui viennent éclater à la surface de nos barrières de distanciations sociales… Temps de l’interrogation,… temps de l’épreuve, mais aussi temps de solidarité, d’humble accompagnement au jour le jour, simples gestes d’offrande. Emerveillement devant la capacité à faire front là où on se croyait à bout de forces.

Etrange Vendredi Saint. Temps de confinement vécu parfois comme une mise au tombeau… Comme les femmes au matin de Pâques on pose alors la question : « Qui viendra rouler la lourde pierre qui nous sépare de la vie ? Qui nous ouvrira les portes de l’espérance ? » Pourtant j’entends déjà le murmure ténu de la Parole. De ce temps de jachère fleuriront de nouvelles joies et découvertes. La lumière de Pâques s’est levée.

Etrange jour de Pâques où cette année c’est en restant délibérément à distance les uns des autres que nous avons célébré la Vie. Pourtant le Christ nous invite lui-même à ne pas le « confiner ». Au matin de Pâques il adresse à chacun de nous cette parole : « Va vers mes frères » (Jean 20, 17)… Sur ce chemin il nous rejoint pour ouvrir les portes d’une société nouvelle et nous engage à construire avec lui ce monde nouveau… C’est définitif : Dieu choisit la vie ! Toi, va vers l’espérance qui vient !

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Homélie

Posté par rtireau le 19 avril 2020

Troisième dimanche de Pâques – A - 26 avril 2020

Actes 2, 14.22b-33 ; Psaume 15 ; 1 Pierre 1, 17-21 ; Luc 24, 13-35

“Il leur expliqua dans toute l’Écriture ce qui le concernait.” Jésus les invita à relire dans la bible ce qu’ils avaient vécu avec lui. M’apercevoir que l’évangile et ma vie pourraient bien être une même histoire d’amour. Et ça fait tilt, comme dans une relation forte quand on reconnaît le meilleur de soi en l’autre et le meilleur de l’autre en soi. Alors c’est la fameuse phrase : Notre cœur n’était-il pas brûlant tandis qu’il nous parlait sur la route ?” En fait, c’est là que commence la foi chrétienne, quand on sort de la simple croyance en un Dieu lointain et qu’on reconnaît Dieu amour dans sa vie et le ressuscité dans son quotidien.

Avez-vous remarqué les moments où le cœur est brûlant ? C’est quand plusieurs sont rassemblés. Dans les débuts du christianisme, on a pu lire : “Le chrétiens ne se distinguent ni par le langage, ni par les vêtements. Leur genre de vie n’a rien de singulier. Mais ils ne peuvent vivre sans se rassembler. Ne déchirez pas l’Eglise en ne vous rassemblant pas.” Le cœur est brûlant quand on se rassemble. Car le Christ est là au milieu de nous, comme il l’avait dit : “Là ou 2 ou 3 sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux.” Et on mesure ici combien le confinement actuel nous prive de ces moments de communion.

Les disciples d’Emmaüs sont déçus. Mais ils marchent et ils parlent. Donc ils ne sont pas anéantis. Alors le ressuscité est là, et ça brûle dans les cœurs. Ils veulent donc le garder avec eux. C’est humain : on veut fêter ça, on veut arroser ça.Il entre chez eux. Et c’est un partage qui remet en marche. La présence et les paroles, ça peut aider, mais c’est le partage qui fait resurgir le goût de vivre. Partager un pain, ça ne peut pas laisser tranquille. Il y a tellement d’endroits où le pain a besoin d’être partagé. Les disciples donnent à manger à leur invité, et Dieu, qu’ils n’ont pas reconnu dans la méditation, ils le découvrent dans la fraction du pain. Ils ne furent pas éclairés totalement en écoutant la Parole, ils le sont en l’accomplissant. Ailleurs Jésus a dit que ce geste le rejoint quand on le fait vers tout être en détresse : “J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger.” Quand nous partageons, c’est à lui que nous donnons. A jamais, Jésus habite le don.

Pour les disciples le pain partagé s’est fait Parole. C’est à ce geste qu’ils l’ont reconnu. Et lui a disparu. Au moment où ils sont tentés de le garder, il disparaît. Chaque fois, il envoie vers d’autres frères : c’est ça le temps de l’Église. Les disciples l’ont compris. Ils ne se sont pas lancés dans une entreprise de reliques et de pèlerinages. Certains regrettent sûrement qu’on ait perdu la chaise et la table de ce soir-là. En fait on ne sait même plus trop où est Emmaüs : au moins 4 lieux du même nom peuvent correspondre et les manuscrits font varier entre “60 et 160 stades” la distance avec Jérusalem. Imprécision salutaire : Emmaüs, c’est partout où un homme marche avec Jésus sans le savoir, partout où se vit la rencontre avec lui. On ne sait plus trop où est Emmaüs, mais on se souvient que la nouvelle de la résurrection est arrivée bien vivante à Jérusalem.

Jean-Paul II a écrit en 2004 : « Il est significatif que les disciples d’Emmaüs, bien préparés par les paroles du Seigneur, l’aient reconnu au moment du geste simple de la “fraction du pain”. Lorsque les esprits sont éclairés et que les cœurs sont ardents, les signes “parlent”. Après avoir reconnu le Seigneur, les disciples d’Emmaüs “se levèrent à l’instant même” pour communiquer ce qu’ils avaient vu et entendu. C’est une expérience qu’on ne peut garder pour soi. »

Et un poète inconnu : “Sur la route d’Emmaüs, ils étaient deux. Les voici trois. Jésus est avec eux qu’ils ne savent pas. Dieu, ton rendez-vous sera-t-il donc toujours en chemin ? Tu n’es pas un Dieu de tout repos, un dieu de trône et de maître-autel. Tu n’es donc toujours qu’un Dieu vagabond, un Dieu d’Exode et sans domicile fixe. Et il suffira que ces deux-là, sur la route d’Emmaüs, veuillent t’installer, même provisoirement, pour que tu t’effaces de leurs yeux. Sur la route, ils étaient deux. Ils se parlaient. Ils partageaient les mots de leur tristesse, le choc de cette mort en croix qui ressemblait trop à un assassinat. Ils étaient deux sur la route, à se parler, les voici trois. Jésus est avec eux, qu’ils ne reconnaissent pas. Dieu, c’est donc quand nous commençons d’oser nous parler, lorsque nous prenons le risque de l’échange, que tu es là au milieu de nous ? Dieu, c’est donc lorsque nous acceptons d’être deux que nous devenons trois.”

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Homélie

Posté par rtireau le 29 mars 2020

Dimanche des Rameaux A - 5 avril 2020

Isaïe 50, 4-7 ; Psaume 21 ; Philippiens 2, 6-11 ; Matthieu 26, 14 – 27, 66

Nous avons entendu le récit de la Passion. La Passion, c’est d’abord une situation que l’on subit. Dépendance totale pour Jésus puisque on est allé jusqu’à le condamner à mort. Mais pour lui, cette passion passive est conséquence d’une vie pleine de passion active. Sa passion c’était de donner à chacun une nouvelle chance. Il disait : vous pouvez vivre debout, solidaires comme des frères. C’est cette passion qu’on a voulu arrêter en le mettant à mort. Nous sommes donc invités à faire mémoire de la mort de Jésus, mais aussi à essayer de vivre la même passion que lui.

Il y a trois niveaux de récit dans ce que nous venons d’entendre :

- Il y a le récit de saint Matthieu qui décrit l’événement pour que toutes les générations sachent ce qui s’est passé. Ce niveau de lecture est information. Il n’appelle pas vraiment notre foi.

- Le 2ème niveau, lui, appelle notre adhésion de foi. Jésus n’est pas seulement livré aux hommes, il se livre lui même : “Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne”. Nous croyons que ce ne sont pas les événements qui guident Jésus, mais sa fidélité au Père. Avant même que Judas ne le livre, Jésus, nous le croyons, a déjà offert son corps et son sang. Ni Judas, ni Pilate, ni personne ne pourront prendre ce qu’il a déjà donné. Cette lecture est déjà pour nous, acte de foi.

- Le 3ème degré de lecture est une question : comment ce récit me rejoint-il ? De toutes ces paroles, laquelle est pour moi ? De tous ces silences, lequel est pour moi ? Oui, je peux laisser se réaliser en moi ce que nous célébrons en trois jours : le Jeudi Saint : “ceci est mon corps” dans l’Eucharistie ; le Vendredi Saint : “ceci est mon corps” sur la croix ; et le Dimanche Saint, jour de Pâques : “ceci est mon corps” ressuscité.

En réalité, nous ne fêtons pas les rameaux, nous les recevons comme un signe que nous mettrons dans nos maisons pour que notre vie soit exposée à la vie du Christ. La vie de nos proches, la vie de ceux qui nous ont quittés, toutes nos histoires se récapitulent dans cette histoire où Dieu a pris la condition humaine. C’est pour ça que cette semaine est appelée Sainteparce qu’elle donne un sens aux 51 autres semaines de notre quotidien.

Les Rameaux sans la Passion, ce serait tomber dans la superstition en attribuant des pouvoirs magiques à de simples feuillages. Ce serait se tromper sur la royauté de Jésus : il n’est vraiment roi que sur la croix, lorsqu’il fait, par amour, le don de sa vie. Nous sommes nombreux chaque année pour la fête des rameaux : c’est bien. Combien serons-nous lorsqu’il s’agira d’être disciples de celui qui s’est fait serviteur ? Les Rameaux sans la Passion, ce serait se tromper de bonheur : Jésus ne promet pas un bonheur facile. Sur son chemin, il nous faudra rencontrer la croix. Mais la Passion sans les Rameaux, ce serait se complaire dans la douleur. Ce ne sont pas les souffrances du Christ qui sauvent, c’est l’amour qu’elles révèlent qui sauve ! La croix du Christ n’est fierté pour nous que parce qu’il est le Ressuscité ! Son chemin, même difficile, est bonne nouvelle parce qu’il ne s’est pas arrêté au Golgotha !

Ecoutez cette belle profession de foi de mon ami théologien Jean-Yves Baziou : “Tenir aujourd’hui que cet homme de Dieu demeure vif au point de susciter encore des itinéraires et des vies habitées par le don, le pardon ou l’abandon, n’est-ce pas tout simplement maintenir vivant l’espoir fou que l’avenir de notre monde ne réside pas dans la puissance guerrière ou agressive mais dans le moindre geste de générosité et de bonté. Telle est la force dans laquelle Jésus a mis tout son cœur et qu’il comprenait comme étant le cœur même de Dieu.”

Ecoutez aussi notre évêque le 25 mars dernier, fête de l’annonciation, qui souligne le mot « fraternité » pour inviter à traverser la période difficile du Covid-19 : « Tous, nous sommes vulnérables et interdépendants les uns des autres. Est ainsi mise en lumière la fraternité… En raison de notre fragilité, la fraternité est notre vocation fondamentale. Les soignants, en prenant soin des plus affaiblis, en sont le signe… À trop oublier notre fragilité, liberté et égalité deviennent des idées folles. Avec la fraternité s’ouvre un chemin… où fleurira solidarité, simplicité, responsabilité personnelle et collective, primauté de l’humain et centralité du prendre-soin. 

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Homélie

Posté par rtireau le 6 janvier 2020

Fête du Baptême du Seigneur dans l’année A - 12 janvier 2020

Isaïe 42, 1-4.6-7 ; Psaume 28 ; Actes 10, 34-38 ; Matthieu 3, 13-17

“Jésus paraît, dit l’évangile, sur les bords du Jourdain”, ce fleuve unique au monde. En hébreu le mot Jourdain signifie le descendeur. Il prend sa source dans le mont Hermon, à 520 mètres d’altitude, il est le seul à descendre aussi bas, dans la Mer Morte, à 394 mètres en dessous du niveau de la mer. Voilà jusqu’où descend Jésus. Il n’avait nullement besoin de confesser des péchés ! Et pourtant, il descend à son tour vers les eaux sales du Jourdain. Il se solidarise ainsi avec les pécheurs, comme pour s’enraciner dans son peuple et le ramener vers le Père. Il plonge dans un peuple, il s’engage avec lui, il se mouille avec lui.

L’eau est un mystère qui traverse toute la Bible. Depuis les eaux du Déluge qui détruisent, jusqu’aux eaux du Jourdain qui régénèrent : mystère de vie et de mort, eaux de la mort et eaux maternelles, traversée de la Mer Rouge et surtout passage du Ressuscité à travers l’océan de la mort. Depuis ce jour où Jésus est descendu jusqu’au fond, il n’est pas de pécheur, même le plus abîmé, qu’il ne puisse rejoindre. Il s’est fait le plus proche des plus éloignés. Et c’est quand son humiliation arrive au plus bas qu’éclate la manifestation du Père. Le Père lui fait sa déclaration d’amour : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui, j’ai mis tout mon amour.” Il sera la voix du Père parmi les hommes. Et l’Esprit à son tour descend “comme une colombe”. Car cet homme, si semblable aux autres, est le Fils de Dieu, tellement rempli de l’Esprit qu’il pourra le donner à tous les hommes pour en faire des fils de Dieu.

Le baptême révèle Jésus comme notre baptême nous révèle à nous-mêmes. Baptisés, nous remontons des eaux de la mort par la puissance de l’Esprit et nous nous découvrons fils, sous le regard du Père. Invités à notre tour à montrer le visage du Père autour de nous : “Fais paraître dans ta vie un nouvel aspect du visage de Jésus-Christ que personne n’a encore manifesté.” Vous qui êtes baptisés, vous qui avez fait baptiser vos enfants, avez-vous commencé de faire paraître un aspect du visage de Jésus ?

“Tu vas toujours à ta psychothérapie de groupe” demandait quelqu’un à un chrétien un jour ? Il avait tout à fait compris, celui-là, l’intérêt qu’il y a à faire partie de la communauté des chrétiens. Et une autre fois : “Ah oui, tu es chrétien parce que tu as eu des problèmes de santé ?”  Réponse de l’interrogé : “Non, c’est parce que des gens m’ont donné envie de vivre.” Fameux baptême !

Des gens m’ont donné envie de vivre. Une phrase qui rejoint le mot que j’aime bien quand je pense baptême, le mot commencements. Une Église qui se soucie de ses commencements est une Église vivante. Je me souviens de Thaï, jeune adulte Viet-Namien, baptisé à une veillée pascale à Rennes, en présence d’environ 500 personnes. Les semaines d’après, il ne pouvait plus se déplacer dans le quartier sans qu’on lui saute au cou de toutes parts. Fameux recommencement dans sa vie.

Des gens m’ont donné envie de vivre. Le baptême : un nouveau commencement. Avez-vous remarqué la différence de physionomie entre ceux qui vous annoncent : “Je viens de commencer le piano… la danse… le foot… ou à surfer sur Internet…” et ceux qui vous disent : “Oh, j’ai arrêté la musique, j’en avais marre. J’ai arrêté le sport, je n’avais plus temps…” ou “J’y arrivais pas…” Avez-vous remarqué la différence de physionomie ? Eh bien en principe, l’Eglise est toujours du côté de ceux qui commencent. L’Eglise est toujours du côté des joyeux commencements,  du côté de ceux qui sont en route, en marche, en chemin.

Des gens m’ont donné envie de vivre. Ils ont été comme une lumière pour moi : 

Voulez-vous une histoire d’enfants pour dire ça ? C’est un petit garçon qui visite une cathédrale avec sa grand-mère et qui découvre les vitraux.

- “C’est qui, ces gens-là ?” demande l’enfant, en montrant un vitrail.

- “Ce sont les chrétiens !” répond la grand-mère.

Peu après, à l’école, I’instituteur demande : 

- “Qu’est-ce qu’un chrétien ?” 

et l’enfant de répondre immédiatement : 

- “C’est quelqu’un à travers qui on voit la lumière.”

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Petit traité de l’espérance…

Posté par rtireau le 29 décembre 2019

Petit traité de l’espérance à l’usage des contemporains. 

D’après Adrien CANDIARD, dans son livre « Veilleur, où en est la nuit ? » 

Jérémie, bien que prophète, est le plus complet des défaitistes. Il prêche la soumission pure et simple au roi de Babylone, oppresseur. En cas de révolte, la victoire du roi de Babylone est inévitable… 

Avoir la foi, dit Jérémie, ce n’est pas vivre dans un monde enchanté où Dieu réglerait tous nos problèmes : c’est d’abord regarder le monde en face, le mal en face. Et c’est pourtant dans les jours d’angoisse du siège de Jérusalem que Jérémie se met à écrite des folies. Il annonce que Dieu va tout recréer, à partir de rien. 

Souvent notre foi, loin de renforcer notre espérance, la fragilise encore davantage. Car la foi, dans nos contrées, se porte mal. Comme croyants, nous vivons davantage un chemin de croix qu’une marche triomphale. Don Camillo n’intéresse plus Peppone, tout entier préoccupé par l’imam du village.

Aujourd’hui, nous sommes mûrs pour l’espérance. Car pour parler de l’espérance, il faut commencer par regarder le désespoir en face. On se méfie souvent de l’espérance, et singulièrement de l’espérance chrétienne. N’est-ce pas une histoire de naïfs indécrottables qui veulent tellement croire que tout va bien que, lorsque les faits leur donnent tort, ils s’inventent un ciel où tout irait mieux, qui a le double avantage de régler absolument tous les problèmes et de n’être jamais démenti par les faits ?

L’espérance chrétienne ne réclame pas d’optimisme, mais du courage. Pour espérer en Dieu, il faut accepter d’abord de quitter toutes les autres espérances, tous les filets de sécurité qui nous évitent d’avoir à faire le grand saut de la confiance en Dieu. Contrairement à tant de nos devanciers, que les succès de la foi pouvaient aveugler, nous n’avons plus tellement d’autres choix que le désespoir devant la catastrophe ou l’espérance en Dieu. La seule promesse que Dieu fait à Jérémie, ce n’est pas la réussite. C’est la promesse de sa présence.

Alors grandit, du même coup, le faux espoir symétrique. S’il est faux de penser que ça ira mieux demain, il est tentant de se dire qu’il suffit de revenir en arrière pour résoudre tous les problèmes. Rien n’est moins chrétien que de serrer sans fin dans ses bras le cadavre de la vieille chrétienté. Jérusalem est tombée, et ses murailles ne seront pas reconstruites. Nous avons à renoncer à voir se réaliser, même partiellement, le triomphe de l’Eglise, pour accepter le paradoxal triomphe de la croix.

Une seule promesse pour rattraper tout le reste « Je serai avec toi. » Cette présence promise a un coût exorbitant : elle exige de renoncer d’abord à toutes les consolations imaginaires dont nos vies sont remplies. Dieu n’existe que dans le monde réel : c’est le Dieu du présent, pas celui des rêveries et des châteaux en Espagne.  

L’espérance chrétienne espère nécessairement contre toute espérance, c’est-à-dire contre tous les faux espoirs qui nous protègent d’une rencontre rugueuse avec le monde réel où Dieu nous attend. Comment pourra-t-il nous sauver si nous sommes ailleurs ? Les images populaires et naïves du paradis n’ont réussi qu’à le ridiculiser et en faire, dans la culture commune, un lieu un peu mièvre où pourront s’épanouir les moins dégourdis des enfants du catéchisme. L’espérance chrétienne n’est possible que parce que Dieu s’est donné le premier. Il ne s’agit pas d’attente, mais de don – d’un don que nous devons simplement recevoir. Dieu n’est pas à venir ni à attendre : il est déjà donné, et la seule difficulté consiste à accepter ce don.

Le Salut, s’il est porteur de la joie véritable, n’est nullement une partie de plaisir ! Mais si nous n’osons pas en parler, bien souvent, c’est parce que pendant des siècles, l’Église s’est trop intéressée à la vie après la mort, et pas assez à ce monde-là. Quand je parle de salut et de vie éternelle, je ne parle pas de la vie après la mort. En tout cas, pas seulement. Si Jésus nous ouvre la vie éternelle, c’est qu’il nous oblige a renoncer à nos frontières entre la vie ici-bas et la vie dans l’au-delà : c’est la même vie ! La vie éternelle commence maintenant, et elle se poursuit éternellement. 

Espérer, c’est quelque chose de concret : c’est croire que Dieu nous rend capables de poser des actes éternels. Que, quand nous aimons, cet amour est une fenêtre que nous ouvrons sur l’éternité. Comme nos vies changeraient, si nous savions ordonner nos priorités en fonction du poids d’éternité de nos actions : l’ambition, le souci de gagner de l’argent, l’envie de se faire reconnaître se retrouveraient très vite au bas de la pile. On découvrirait que préparer un gâteau pour une voisine isolée, à qui cela fera plaisir, construit bien plus l’éternité que son poids de farine, d’œufs et de sucre ne le laisserait croire.

Transformer les événements en occasion d’aimer, c’est reproduire au quotidien le miracle de Cana. C’est changer l’eau de la vie ordinaire en vin de vie éternelle. Il vaut la peine de s’exercer sur des petites choses. Un embouteillage, en soi, ça n’a pas de goût. C’est nous qui choisissons, presque par réflexe, d’en faire un sujet d’agacement, voire d’énervement. Mais c’est vrai pour tout le reste : les enfants qui crient au lieu de jouer sagement, le bus qui prend son temps alors qu’il fait si froid à l’arrêt, l’ami qui annule à la dernière minute ce dîner que j’attendais avec impatience, tout cela aura le goût que nous lui donnerons : toutes ces situations nous donnent des gens à aimer davantage ; toutes nous procurent des occasions d’aimer, et donc d’être heureux. Il suffit de chercher un instant, et c’est un exercice auquel on devient meilleur si on en prend un peu l’habitude. Cette habitude vaut la peine d’être prise, car si nous nous exerçons sur ces petits événements, alors nous saurons peu à peu produire la même transformation pour les événements plus importants, et plus difficiles. Un chagrin d’amour ou le décès d’un être cher peuvent être aussi des occasions d’aimer.

La croix ne sauve personne. Elle tue, elle fait souffrir : c’est un instrument de supplice, certainement pas de salut. Mais quand nous disons qu’elle sauve, c’est évidemment par un raccourci de langage dont nous sommes coutumiers, comme quand nous disons que nous prenons le volant pour désigner par là la voiture tout entière. Ce n’est pas la croix qui sauve qui que ce soit, mais la manière dont Jésus a vécu le supplice de la croix. La croix ne sauve personne, mais parce qu’il a fait de la croix le lieu du plus grand amour, parce qu’il a choisi le pardon universel, la croix est devenue sans le vouloir l’instrument du salut. Si nous sommes chrétiens, si nous sommes le corps du Christ, alors il est normal que nous soyons nous aussi fixés à la croix. 

Aller à la messe, c’est faire mémoire que la foi chrétienne est fondée sur une débandade, une catastrophe dont elle n’aurait dû jamais pouvoir se remettre… Le commandement suprême, « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », ne nous propose pas l’amour du Christ comme un exemple qu’il s’agirait d’imiter, alors qu’il est par définition tout à fait hors de notre portée. « Comme je vous ai aimés » a un sens bien plus fort que celui d’un modèle ; il indique la source de notre amour. Aimez-vous les uns les autre avec l’amour dont je vous ai aimés, avec l’amour dont je ne cesse de vous aimer. Sans le savoir, souvent, notre monde nous pose la même question. « Veilleur, où en est la nuit ?» Il nous interroge sur notre espérance… Il attend de nous que nous vivions dans l’espérance, c’est-à-dire que nous vivions pour l’éternité, que nous vivions pour ce qui compte vraiment et ne passera jamais.

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Homélie

Posté par rtireau le 24 septembre 2019

26° dimanche dans l’année C – 29 septembre 2019

Amos 6, 1-7 ; Psaume 145 ; 1 Timothée 6, 11-16 ; Luc 16,19-31

Fameux Evangile de Lazare et du mauvais riche… Je m’en doutais. Personne n’a sursauté quand j’ai dit mauvais. Remarquez, vous n’êtes pas tout seuls. Dans ma vieille bible de 1955, le titre est bien Lazare et le mauvais riche. Et pourtant nulle part dans le texte il n’est écrit mauvaisD’ailleurs, est-il si mauvais ? C’est vrai qu’il n’a pas tellement le souci du pauvre qui est installé devant chez lui, mais au moins il ne cherche pas à le mettre dehors !

En réalité, ce que Jésus dit, ce n’est pas que la richesse soit mauvaise, mais qu’elle risque tellement d’aveugler. Le riche n’a rien refusé au pauvre. D’ailleurs, Lazare n’a rien demandé. Tout simplement, le riche n’a pas vu. Sa porte verrouillée ne laisse rien passer, même pas les miettes. Il n’a pas vu. Il y a un proverbe espagnol qui dit : “Si tu veux te rendre invisible, fais-toi pauvre.”

Question : comment s’appelle le riche ? L’homme riche est sans nom, anonyme. Le pauvre, lui, porte un nom. Un beau nom d’ailleurs : El’Azar, Dieu aideDieu a secouruLe nom est le signe de l’existence sociale. La société ne vous tolère pas si vos papiers ne sont pas en règles, avec le nom, la photo et la signature. Dans un groupe, vous existez quand vous dites votre nom et quand les autres vous appellent par votre nom. 

Le riche de la parabole n’a pas de nom. Pourtant il en avait des relations. Sa réussite était visible avec les banquets qu’il offrait autour de lui. Lazare, lui, qui porte un nom, est seul, abandonné. Sa seule compagnie est celle des chiens. Et Saint Luc lui dresse une haute stature, comme pour montrer l’absurdité de la situation du riche et de ses prétendues relations. 

En fait Saint Luc appelle à la conversion. N’attendez pas ! C’est maintenant que vous êtes appelés à ouvrir vos oreilles et votre porte à la Parole. C’est maintenant que vous êtes appelés à vivre des relations où l’on se nomme vraiment. L’au-delà, c’est déjà maintenant !

 Mais je vois bien que vous avez du mal à me suivre et à être d’accord avec ce texte. Moi aussi, je vous dirai. La preuve c’est que les jours derniers J’ai écrit une lettre à Jésus : Je lui ai dit : “C’est trop facile de dénoncer la richesse et les riches. Si tu avais femme et enfants, si tu risquais d’être au chômage, si tu devais payer des impôts, l’eau, le gaz, l’électricité, les annuités d’emprunts pour l’appart, peut-être que tu aurais mis toi-aussi des sous de côté.”

“Et puis Luc, qui est si dur pour les riches, raconte que des femmes t’accompagnaient et t’aidaient financièrement : alors, c’est facile d’être pauvre quand d’autres sont riches pour vous, quand on est souvent invité. Pas d’accord, respectueusement… Veuillez agréer…”

En fait, je ne l’ai pas envoyée, ma lettre, je n’avais pas l’adresse exacte. Mais je l’ai portée à Jésus. Il l’a lue. Il m’a souri. Il n’a rien dit. Maintenant, je sais bien qu’il ne répondra pas. Je le sens parce que son regard m’accompagne. Je ne sais pas ce qu’il faut faire, lui non plus peut-être, mais il faut faire quelque chose. Je regarde la carte du monde, l’abondance et la misère. Je regarde autour de moi. Je me trouve un peu ridicule d’avoir écrit à Jésus et de lui avoir porté la lettre. Je sens bien que c’est moi-même qui dois répondre aujourd’hui. 

Et ce n’est pas la peine d’attendre un miracle pour bouger : 

“Je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père pour prévenir mes 5 frères… Si quelqu’un vient de chez les morts pour les avertir, ils se convertiront.”

“Non, dit Abraham. S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, même avec un miracle, ils ne bougeront pas”… Un miracle, ce serait moins fort que Moïse et les Prophètes !

Ils ont Moïse et les Prophètes… et nous, nous  avons l’Evangile. Un miracle, c’est moins fort que l’Evangile. Pourquoi attendre un miracle ? C’est l’Evangile et son invitation à partager qui appellent à changer de vie. Et quand on lit bien l’Evangile, il nous secoue encore plus fortement que quelqu’un qui ressusciterait des morts. Car l’Evangile nous dit : Celui qui n’a pas vu le pauvre, la distance qu’il a mise entre le pauvre et lui, c’est entre Dieu et lui qu’il l’a établie.

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Homélie

Posté par rtireau le 6 juin 2019

Fête de la Pentecôte – 9 juin 2019

Actes 2, 1-11 ; Psaume 103 ; Romains 8, 8-17 ; Jean 14, 15-16.23b-26

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus s’apprête à quitter le monde et il parle de l’Esprit“Moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous, l’Esprit de vérité… Il sera en vous.”Beaucoup croient que le mystère de la Trinitéest compliqué. Or vous savez que Jésus, le Fils, nous parle sans cesse de son Père, et qu’il nous quitte en assurant qu’il restera présent par son Espritqui “demeure en nous”. Simple, non ? Le mystère reste entier, mais c’est à la manière du mystère de l’Amourdont chacun peut déjà faire l’expérience. C’est donc un passage de relais que Jésus fait à ses disciples : c’est à eux (à nous) de continuer d’annoncer que Dieu est Père.Et il promet l’Esprit qui sera sa présence jusqu’à la fin des temps.

J’aime bien aussi la petite parabole intitulée: Entre Ascension et Pentecôte.Quand le Christ ressuscité était en train de monter au ciel, il jeta un coup d’œil vers la terre et la vit plongée dans l’obscurité, sauf quelques petites lumières sur Jérusalem. En pleine ascension, il croise l’ange Gabriel qui lui demande :

- “Seigneur, qu’est-ce que c’est que ces petites lumières ?” 

- “Ce sont les Apôtres en prière, groupés autour de ma mère. Mon plan : à peine rentré au ciel, leur envoyer mon Esprit, pour que ces petits feux deviennent un grand brasier, qui enflamme d’Amour – Charité, peu à peu, tous les peuples de la terre !”  

Et l’ange Gabriel ose répliquer: “Et que ferez-vous, Seigneur, si ce plan ne réussit pas ?” 

Après un instant de silence, le Seigneur lui répond doucement :“Mais je n’ai pas d’autre plan.”

Ecoutez maintenant Jacques NOYER, évêque émerite d’Amiens, qui raconte à sa façon, en 2015, l’histoire de la Pentecôte. C’est l’histoire de cette poignée d’hommes qui ce jour-là ont ouvert portes et fenêtres sur le monde pour lui annoncer la Bonne Nouvelle. Ils disaient que tous les peuples sont aimés de Dieu et appelés à vivre en paix. Ils disaient qu’il ne fallait pas avoir peur car l’amour peut changer la face du monde. Pourtant ils avaient eu peur. Ils avaient vu comment les chefs religieux du moment, avec la complicité du pouvoir occupant, avaient crucifié leur leader en l’accusant de blasphème. Ils avaient fui. Ils s’étaient cachés. Ils s’étaient regroupés. Ils se sentaient tellement désarmés. Mais doucement ils avaient retrouvé des forces. Ils ne voyaient plus Jésus comme un vaincu mais comme un vainqueur.II était avec eux. Il comptait sur eux. Il les envoyait pour inviter le monde à la paix.

Peut-être quelques-uns ont-ils pu être tentés de prendre les armes de leurs adversaires. La résistance avait déjà inspiré bien des bandes que la force romaine avait vite matées. Ils n’avaient pas toujours compris pourquoi Jésus avait refusé de les armer et regrettaient les épées qu’ils n’avaient pas pu prendre. Mais ils comprenaient doucement que ce n’était pas une erreur que Jésus avait faite mais que c’était bien le cœur de son projet. On ne répand pas la paix par la guerre. On ne vainc pas la haine par une haine plus forte. On éveille l’amour en prenant le risque d’aimer, les mains nues et les yeux confiants. La haine croira vaincre par la violence. Elle sera vaincue par l’innocent crucifié et aimant. Sommes-nous capables, nous les héritiers de cette poignée de disciples, de sortir de cette église tout à l’heure en annonçant l’Evangile de la paix par l’amour ? Ne soyez pas trop certains que la guerre est loin et que vos armes vous sauveront. Ne laissez pas le virus de la méfiance contaminer nos sociétés. Prenez conscience que tout étranger pacifique, si nous nel’accueillons pas comme un frère, deviendra un ennemi de plus. Ne croyez jamais que les choses s’arrangeront sans vous et sans ébranler votre confort.

La Pentecôte n’est pas un week-end de vacances. C’est le moment où les chrétiens osent affirmer leur programme de paix par l’amour. Devant la barbarie, il n’est question ni de fuir ni de se soumettre. Face à la barbarie, il n’est pas question de devenir barbares à notre tour. Il faut prendre le risque d’ouvrir ses portes, de parler aux inconnus, de partager le toit et la table avec l’étranger sans patrie. Le royaume de Dieu demande des hommes de cœur et non des hommes d’armes, des témoins de l’amour et non des mercenaires, des hommes prêts à donner leur vie et non des assassins sans pitié.

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Homélie

Posté par rtireau le 6 mai 2019

4° dimanche de Pâques dans l’année C – 12 mai 2019

Actes 13, 14…43-52 ; Psaume 99 ; Apocalypse 7, 9.14b-17 ; Jean 10, 27-30

Paul et Barnabé sont à Antioche de Pisidie. Ils font beaucoup de convertis au judaïsme. Et le sabbat suivant presque toute la ville se rassemble pour entendre la parole du Seigneur. Et puis ça tourne mal. Alors Paul et Barnabé leur déclarent avec assurance :“C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez,… eh bien ! Nous nous tournons vers les nations païennes.” Les uns sont pleins de joieen entendant cette Parole : “les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur.Les autres sont remplis de fureur.

Trois conclusions :

- la première, c’est qu’il est impossible de faire taire les apôtres. Impossible de se taire quand on porte la foi chrétienne en soi. 

- deuxième conclusion : face à la Bonne Nouvelle, il y a fureur ou joie, pas de moyen terme. Je me suis souvent dit que toute les fois qu’il y a indifférence, même polie, c’est que la Parole n’a pas été entendue. La Bonne Nouvelle ne supporte pas l’indifférence.

- Troisième conclusion : Même les poursuites et les expulsions participent aussi à faire répandre la nouvelle plus loin“ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire. Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium, tandis que les disciples étaient pleins de joie et d’Esprit Saint.”

“Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais”. J’ai lu sous la plume de Fabien Deleclos, dans son livre Prends et mange la Parole, des précisions utiles pour comprendre qui sont les bergers de l’Evangile : “Leur mission n’avait rien de romantique ni de facile. Rude épreuve que de chercher des pâturages et des points d’eau dans des régions désertiques et rocailleuses. Métier dangereux et plein de risques, exigeant beaucoup de courage pour défendre le troupeau contre les fauves et les voleurs. Une vocation(le mot y est) de combattant.”

Alors je suis allé lire Ezéchiel, le chapitre 34 intitulé Les pasteurs d’Israël.Le verset 16 dit ceci : “La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai.” Quelqu’un a pu dire un jour : « Il y a deux sortes de pasteurs, ceux qui s’intéressent à la laine et ceux qui s’intéressent à la viande. Aucun ne s’intéresse aux brebis« . Dans notre monde de rendement et de solitudes, prenons le temps de goûter cette parabole de l’évangile : Jésus a payé de sa personne, il connaissait ses brebis.Et quand il emploie ce mot connaître, Jésus ne parle pas de Curriculum Vitae.Pour Jésus et pour ses auditeurs Juifs connaîtrec’est naître avec, c’est entrer en communion avec l’autre, c’est compatir quand il souffre, c’est se réjouir avec lui, se battre avec lui. Jésus est entré en communion avec les personnes parce qu’il les rejoignait dans leur être profond. Ce n’est pas la transgression de la loi qu’il voyait d’abord chez les pécheurs, mais leur soif, leur faim, leur désir de vivre autrement. Alors chacun était unique à ses yeux, et les exclusdevenaient pour lui des élus, ce qui ne plaisait pas beaucoup aux pharisiens.

« Mes brebis écoutent ma voix ;moi je les connais…Je leur donne la vie éternelle… Personne ne les arrachera de ma main”Désormais cette parole interpellera tous ceux qui ont à exercer un pouvoirsur les autres. A partir de la Résurrection du Christ Pasteur, on ne peut plus profiter des autres pour agir selon ses intérêts. La nature même du pouvoir a été changée par la vie du Christ au milieu de nous. Le pouvoir n’est plus la possibilité d’exercer son influence sur les autres. Le pouvoir est une délégation de serviceà rendre. A chacun de s’interroger sur ce qu’il peut faire ? C’est plus exigeant que de se contenter de ressasser ce qui ne va pas. 

J’aime bien à ce sujet la réponse de Mère Teresa à un journaliste qui lui demandait :“Qu’est-ce qui ne va pas dans le monde, ma sœur ?” Sa réponse fut brève: “Vous et moi, Monsieur.”Dans nos communautés, quand des chrétiens se connaissent et se reconnaissent, quand des chrétiens ont le souci de ceux qui ne sont pas encore accueillis, alors des personnes se sentent appelées à être des pasteurs au service des communautés. C’est là que le mot vocationpeut surgir.

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