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Homélie

Posté par rtireau le 7 mars 2018

Quatrième dimanche du carême B – 11 mars 2018

2 Chroniques 36, 14-16.19-23 ; Psaume 136 ; Ephésiens 2, 4-10 ; Jean 3, 14-21

Étrange histoire d’un serpent comparé avec Jésus ! Une tradition biblique raconte que, durant l’Exode, les Hébreux qui souffraient de la faim et de la soif avaient protesté contre Dieu et contre Moïse. Des serpents de feu avaient alors surgi, comme pour les punir, et semaient la mort dans le peuple. Alors Dieu avait invité Moïse à mettre un serpent de bronze sur un mât en disant : “Quiconque le regardera restera en vie” (Nombres 21, 8). Les deux mots : élevé et vie permettent la comparaison entre le serpent et Jésus :

- Jésus est élevé sur la croix comme le serpent était élevé sur son mât.

- Ceux qui avaient reçu la blessure mortelle conservaient la vie en regardant le serpent, comme ceux qui cherchent la vie éternelle la trouveront dans leur confiance en Christ.

Marcel Domergue a écrit : “Regardons le Christ crucifié :

- il est d’abord la figure du mal que nous commettons, puisqu’il est parmi les malfaiteurs ;

- il est en même temps l’image du mal que nous subissons, puisqu’il est condamné injustement ;

- il est aussi l’image de Celui qui prend en charge le mal qui nous affecte, que nous en soyons les auteurs ou les victimes. A la Croix, ce qui nous détruit est à la fois affiché et surmonté.”

Le Christ donne la vie en plénitude, la vie éternelle. D’où vient donc ce cadeau qui dépasse tout désir ? La réponse : “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.” La source de ce don, c’est l’amour qui surgit du mystère de l’univers, c’est à dire du cœur même de Dieu.

Certains prétendaient que le Messie allait détruire les pécheurs. Non, dit Saint Jean, Dieu n’envoie pas son Fils pour juger, mais “pour que, par lui, le monde soit sauvé.” Perspective résolument optimiste. La foi chrétienne ne souffre pas le pessimisme. Dans le rituel du baptême, j’aime beaucoup la prière associée au signe de la lumière : “Reçois cette lumière. Qu’elle te permette de découvrir la beauté en toutes choses, qu’elle te donne espérance au milieu des difficultés que tu connaîtras. Rappelle-toi toujours que tu es entré dans un monde tourné vers l’avenir – j’ajoute souvent “un monde d’optimistes” – Car Jésus Christ notre Seigneur est la lumière du monde.”

Je n’oublie pas pour autant la phrase : “Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière”. Elle est toujours d’actualité partout où des hommes tuent, quelquefois même en prétendant le faire au nom de notre Dieu. C’est sûrement ça le sacrilège dont parle la première lecture. Jésus est pourtant clair : “Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… non pas pour juger le monde mais pour que par lui le monde soit sauvé”. Dieu est clairement du côté de la vie, jamais du côté du meurtre. Une autre phrase peut faire peur : “Celui qui ne croit pas est déjà jugé”. Phrase qui reste mystérieuse. Mais que personne ne dise, comme on a pu le faire, que cette phrase désignerait ceux qui ne sont pas chrétiens ! Car saint Jean dit tout le contraire : “Celui qui fait la vérité vient à la lumière.” Autrement dit, la rencontre de chacun avec son Dieu est intime, et elle se joue dans la sincérité du cœur, dans la valeur des actes et de l’ouverture aux autres. En clair, il est déjà dans la vie éternelle celui qui descend au fond de lui à la rencontre de l’Amour, qu’il le nomme Dieu ou non ; il baigne déjà dans la lumière de Dieu celui qui croit que les forces du mal n’auront pas le dernier mot.

Le sommet de la vie de Jésus est son élévation en croix. Mais de cette mort-résurrection, la vie de Dieu rayonne jusqu’à nous. Et il devient pensable d’aller jusqu’à mourir pour l’autre. Le tragique de la condition humaine, les horreurs que nous pouvons vivre, tout cela nous met devant le drame d’hommes qui préfèrent la mort. Mais en face, le Vivant nous propose de nous transfuser sa propre vie. Une vie qui n’est qu’amour, mais un amour crucifié. De sa croix jaillit une lumière qui fait la vérité sur l’homme et ne laisse aucun coin d’ombre où il puisse cacher son jeu.

La méditation de saint Jean devant la croix est sévère : croire est une décision qui engage toute l’existence, une option pour ou contre la vie. Nous chrétiens sommes optimistes : Dieu a ressuscité Jésus qui a donné sa vie par amour et depuis nous croyons que tout  ce qui est donné par amour dans une vie ne meurt pas. Ou comme l’écrit Véronique Margron : « Croire que la mort recule devant le don. »

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Homélie

Posté par rtireau le 1 février 2018

5° dimanche dans l’année B – 4 février 2018

 Job 7, 1-4. 6-7 ; Psaume 146 ; 1 Corinthiens 9, 16-19. 22-23 ; Marc 1, 29-39

Le cri de Job est un appel tragique vers Dieu. Paul Claudel qui a écrit en parlant de Job : “Il  désespère et il espère,/ il espère d’une espérance enragée,/ il blasphème et il adore.” A la question de Job, au mystère du mal et de la souffrance, Dieu répondra par la personne de Jésus. Job concentrait en lui toute la souffrance humaine. Jésus répond en la remplissant de sa présence.

Toute souffrance enferme l’homme en lui-même. Elle le coupe des autres comme par un gouffre. En Jésus, Dieu vient franchir le gouffre. Il est descendu dans l’enfer de la douleur. Il ne la supprime pas par magie. Il lui donne comme un signe plus, le signe de sa croix. Il vient vaincre le mal jusqu’à sa racine. Sa résurrection ouvrira le Royaume où il n’y a plus ni mal, ni souffrance, ni mort.

Dans l’évangile de Marc, Jésus enseigne, il guérit et il prie.

Jésus est l’homme de la parole.

Il sort de la synagogue où il a enseigné avec autorité au jour du sabbat et où il a libéré un homme d’un esprit mauvais. Et à la fin du récit, il a la même  préoccupation : “Allons ailleurs, dans les villages voisins afin que, là aussi, je proclame l’Evangile.” Jésus est d’abord enseignant. Comme s’il voulait qu’on ait une connaissance nourrissante des Écritures.

Jésus est l’homme de l’action.

Il guérit la belle-mère de Pierre d’une fièvre non précisée… sinon qu’elle l’empêche de jouer son rôle d’accueil et de service. Sa guérison est donc une remise debout pour le service. La Bonne Nouvelle, c’est retrouver sa raison de vivre. Le soir venu, il guérit tous les malades. Il s’attaque à tout ce qui fait souffrir les hommes : le mal physique ou moral. Quand ils finissent par exagérer – “Tout le monde te cherche”- alors il s’en va, il se retire au désert. Au moment même du succès garanti, il dit : “Allons ailleurs.” Jésus guérit à condition que ça reste au service de la Bonne Nouvelle, à condition que ça reste une remise debout pour le service. Aujourd’hui, avec Jésus, il faut que l’Église soit soucieuse de se battre contre tout ce qui détruit la dignité de l’homme, pour tout ce qui rétablit quelqu’un en humanité.

“Allons ailleurs.” Un des traits les plus voyants de l’action de Jésus, c’est son aspect itinérant. Il est tout le temps en marche. C’est souvent sur les routes qu’il guérit les malades et proclame son message. Quand il se laisse arrêter, ce sont des haltes, pas des séjours. Pour réunir du monde, il profite d’une synagogue ouverte un jour de sabbat ou d’une invitation chez quelqu’un du pays. S’il a besoin d’une barque pour se faire entendre d’une foule, il l’emprunte à un disciple. Il est toujours chez les autres, il n’a pas de maison à lui : Il n’a pas d’endroit où reposer sa tête. Saint Paul a pris le même chemin : “annoncer l’Evangile, dit-il, c’est une nécessité qui s’impose à moi.”

Jésus est l’homme de la prière.

C’est elle qui féconde ses paroles et ses actions, ses enseignements et ses gestes de guérison. Plus un être descend loin en lui-même, plus il augmente le poids de ses paroles et de ses actes. Un homme qui ne prie plus “n’a plus de dedans”,  disait le philosophe Berdiaef. Jésus est l’homme des  profondeurs.

Et nous, quelles sont nos fièvres ? Et notre monde, de quoi est-il malade ? Sans doute il a souvent besoin d’une remise debout pour le service, besoin de retrouver sa raison de vivre.

J’ai lu au sujet de la belle-mère Pierre : “Quand elle a vu que son gendre ne rentrait pas à la maison, quand elle a su qu’il avait laissé ses filets et était parti avec un prédicateur ambulant, vous imaginez le choc ! Et quand on lui a dit que ce Jésus allait venir chez elle, elle en a été malade : elle s’est mise au lit.

Nous aussi, nous avons peur que Le Christ bouleverse nos sécurités. Nous voudrions qu’il nous laisse tranquilles. Mais il s’approche sans un mot. Et alors, quel émerveillement et quelle énergie ! Alors on se lève… et on a envie de se mettre à servir.”

Quand quelqu’un s’entend dire qu’il est aimé de Dieu, Il paraît que ça le ressuscite.

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Homélie

Posté par rtireau le 9 novembre 2017

32° dimanche dans l’année A – 12 novembre 2017

Sagesse 6, 12-16 ; Psaume 62 ; 1 Thessaloniciens 4, 13-18 ; Matthieu 25, 1-13

Chaque dimanche jusqu’au temps de l’Avent, nous lisons le chapitre 25 de Matthieu. Il a été notre évangéliste toute l’année et c’est lui qui donne le plus de place à la parabole du jugement dernier. Sans doute les communautés chrétiennes à qui il s’adresse sont sous le choc du saccage de Jérusalem par les Romains. Il écrit en effet dans les années 80, peu de temps après la chute de Jérusalem en 70. Les chrétiens issus du judaïsme sont donc en train de vivre réellement la fin d’un monde. Peut-être même croient-ils que c’est la fin du monde, puisqu’ils attendent le retour du Christ.

Mais le monde est toujours là, et nul ne connaît ni le jour ni l’heure de sa fin. Ce que nous savons c’est qu’il n’est pas sans fin. Les jours et les années ont une fin, les civilisations et les cultures aussi, et même la terre puisque les scientifiques nous disent que le soleil s’éteindra un jour. C’est dans ce provisoire que l’Esprit de Dieu construit l’éternité de l’amour. La parabole dit de ne pas perdre de vue le caractère provisoire de notre condition et nous invite à la sagesse, en nous mettant en garde contre une inconscience folle. On peut mettre côte à côte sagesse et folie, à travers les détails de la parabole.

Le sage sait prévoir : il tire des leçons de son passé ; il anticipe et envisage l’avenir avec ses risques et ses limites. Le fou a le nez sur le guidon. Pour lui il n’y a que le présent qui compte. Il est sans mémoire et sans perspective. Il est fataliste. Il dit : “c’est le destin.” La version moderne de ce fatalisme, c’est l’épuisement des ressources de la planète et le fossé entre pauvres et riches. On est conscients qu’on va dans le mur mais on dit souvent qu’on ne sait pas faire autrement.

Prévision, provision et prudence vont ensemble pour le sage. Il sait que la nuit peut être longue et emporte avec lui une provision d’huile. Pour le fou, inutile de s’encombrer et de faire des réserves. Inutile de penser aux générations à venir : “Après nous le déluge.” La Fontaine aurait dit qu’il s’est habitué à être cigale et qu’il se moque des fourmis. Il est dépendant et assisté. Il se dit que les autres auront fait des provisions pour lui. Il est même capable de se fâcher si les autres ne partagent pas avec lui. Il ne voit pas que lui-même ne partage souvent rien. Il est incapable de se prendre en main, comment penserait-il aux autres ?

Le sage a l’esprit et le cœur toujours en éveil, en attente et en patience. Veilleur, il ne veut pas se laisser surprendre par le mal qui rode en lui et autour de lui. Amoureux, il savoure, en gardant son cœur éveillé, la venue de la personne bien-aimée. Quelle que soit l’heure, il se tient prêt. Le fou, lui, s’assoupit et s’endort. Il n’a pas d’autre désir ni d’autre amour que de lui-même. La patience n’est pas son fort et son espérance est vide.

Chacun peut facilement trouver comment cette parabole est actuelle. Je veux juste souligner un appel qui nous concerne tous : si l’on peut comparer la foi à l’huile d’une lampe qui éclaire nos nuits, qui entretient notre espérance et notre amour de Dieu, ils nous faut aujourd’hui, plus qu’autrefois, compter davantage sur nous-mêmes. Il nous faut nous-mêmes faire réserve d’huile. Autrefois la foi de l’Eglise dispensait beaucoup d’entretenir leur foi personnelle. Aujourd’hui, sans l’huile de la réflexion, de la prière et de la lecture de la Parole, nous risquons d’être vite incapables de rendre compte de notre foi personnelle, nous risquons de rater beaucoup de passages de notre Dieu et beaucoup de signes du ressuscité.

Au fait, comment va la lampe de chacun ? Nous pourrions la remplir avec l’huile de la sincérité pour aller à la rencontre des autres et de Dieu. Nous oublions souvent l’huile de la patience et celle du temps qu’il faut pour écouter l’appel au secours de nos frères. Et l’huile de la confiance en l’action de Dieu dans notre monde beaucoup déchiré ? Même la fantaisie et l’imagination peuvent être une huile qui nous nous aide à oser créer des choses nouvelles. 

Notre désir et notre espérance sont l’huile avec laquelle nous pouvons faire devenir réalité en notre cœur le Royaume de Dieu qui nous est annoncé. Ecoutez la conclusion du poème intitulé Parti pris de Colette Nys-Masure : « Je ne maudirai pas les ténèbres, je tiendrai haut la lampe. »

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Homélie

Posté par rtireau le 3 novembre 2017

31° dimanche dans l’année A – 5 novembre 2017

Malachie 1, 14b; 2, 2b.8-10 ; Psaume 130 ; 1 Thessaloniciens 2, 7b-9.13 ; Matthieu 23, 1-12

Les phylactères sont des étuis de cuir qui contiennent, sur de petits parchemins, des textes importants de la Bible. Ces deux sacs, fixés par des bandeaux, sont portés pendant la prière du matin, l’un au bras gauche, c’est-à-dire près du cœur, et l’autre sur le front. Des juifs, aujourd’hui encore, conservent cette coutume. Garder la Bible dans sa tête et dans son cœur, tout un programme !

“Frères, avec vous nous avons été pleins de douceur comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons.” Saint Paul est décidément beaucoup moins dur avec les chrétiens de Thessalonique qu’avec ceux de Corinthe. En réalité, l’expression “pleins de douceur” employée ici ne provient pas de l’Ancien Testament mais elle est connue dans la culture grecque. Elle s’emploie d’ordinaire pour des personnes, des rois ou des gouverneurs, qui ont une autorité à exercer. Être doux, pour eux, c’est exercer leur autorité en tenant compte de ceux qu’ils gouvernent, sans les oppresser. C’est la même attitude que celle de Jésus, le maître qui s’est fait “doux et humble de cœur” (Mt 11) Le mot “Doux”, comme le mot “serviteur”, ne veut pas dire “soumis”, mais signifie : “qui se met librement au service” parce que le service est porteur de vie.

“Le plus grand parmi vous sera votre serviteur”. Voilà une des phrases les plus révolutionnaires de la Bible. Le plus grand se met au service de Dieu et de ses frères. Il n’est pas tenté de mettre Dieu à son service ni de s’en réclamer pour prendre le pouvoir. C’est être grand que d’être serviteur, car c’est devenir comme Dieu qui, par l’incarnation du Fils, s’est fait notre serviteur. Et personne n’est plus heureux que celui qui sait aimer activement ses frères.

On a tous du POUVOIR…. Est-ce qu’il est au SERVICE ?

Un savoir, une compétence, des informations, tout cela donne du pouvoir. Certaines personnes donnent quelquefois un pouvoir excessif à certains types de compétences ou de professions, par exemple dans le monde médical. Et il est important que la réponse soit quelquefois clairement : “je ne sais pas”. Sinon le risque est grand de tromper ces personnes ou de contribuer à les infantiliser. Il y a ainsi des pouvoirs qu’on veut nous donner et qu’il ne faut absolument pas prendre.

On a tous du POUVOIR…. Est-ce qu’il est au SERVICE ?

- Au volant de ma voiture, j’ai un certain pouvoir.

- Si je suis papa ou maman, j’ai du pouvoir sur mes enfants.

- Notre entreprise vient de changer de locaux. Est-ce que moi, le patron, je me réserve le plus grand ou le plus beau bureau ? Et puis, qui ne va pas travailler tel jour, le personnel ou bien nous les responsables ?

- Moi qui suis professeur, comment je regarde les élèves ? En disant (ou en laissant entendre) : “vous pouvez, vous êtes capables…” ou bien : “vous êtes nuls, phrase quelquefois assassine, et qui a quelquefois le quasi pouvoir de rendre nul effectivement.

- “Je ne sers plus à rien”. Nous savons tous le désarroi que révèle une telle expression. Et on se souvient que Jésus lui-même demande un service à la Samaritaine.

On m’a fait remarquer un jour que “l’autorité” n’est pas d’abord faite pour interdire -  réflexe fréquent – mais pour autoriser. C’est bien vrai qu’il faut avoir assez d’autorité pour autoriser, pour permettre de vivre et grandir, au lieu d’empêcher ou même, comme dit le prophète Malachie, au lieu de faire de la Loi une occasion de chute.

Permettre de vivre et de grandir… Autoriser à progresser. J’aime bien ce poème arabe qui peut inspirer tous les parents et plus largement tous ceux qui ont autorité sur d’autres : “Un Khalife fit venir un homme très simple, dont on lui avait dit qu’il était un sage. Pour éprouver cette sagesse, ce Khalife lui posa cette question : “On me dit que tu as de nombreux enfants, veux-tu m’indiquer de tes enfants lequel est le préféré ?” Et l’homme de répondre : “Celui de mes enfants que je préfère, c’est le plus petit, jusqu’à ce qu’il grandisse, celui qui est loin, jusqu’à ce qu’il revienne, celui qui est malade, jusqu’à ce qu’il guérisse, celui qui est prisonnier, jusqu’à ce qu’il soit libéré, celui qui est est éprouvé, jusqu’à ce qu’il soit consolé.”

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Homélie

Posté par rtireau le 13 septembre 2017

24° dimanche dans l’année A – 17 septembre 2017

Siracide 27, 30 – 28, 1-7 ; Psaume 102 ; Romains 14, 7-9 ; Matthieu 18, 21-35

On amène au roi – c’est à dire à Dieu – un fonctionnaire qui lui doit dix mille talents, c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent. Une fortune si l’on sait que le roi lui-même recevait neuf cents talents par an. Affolé devant la perspective de l’esclavage, ce serviteur promet l’impossible : il va rembourser ! Mais le roi “saisi” de compassion (“pris aux entrailles” traduit Chouraqui) lui remet sa dette.

En sortant, le serviteur rencontre un compagnon qui lui doit cent pièces d’argent. Ce n’est pas rien puisqu’une pièce d’argent représentait le salaire d’une journée pour un travailleur agricole. Mais la seconde dette est six cent mille fois moins élevée que la première! Et pourtant, ce serviteur qui n’en a plus besoin réclame son dû jusqu’au dernier centime. En stricte justice, il n’a pas commis la moindre faute. On lui a remis sa dette, il aurait pu en faire autant ! Mais rien ne l’y obligeait.

Nous avons là une parabole qu’on pourrait intituler “la Parabole de la démesure de l’amour !” Il faut l’entendre avec le cœur pour en saisir le message. Gabriel Ringlet le dit à sa façon : “Quelle chance pour les gens insolvables que nous sommes : Dieu n’est pas fort en maths. Et de plus, il n’y connaît rien à la TPA (Taxe sur le péché ajouté) !”

Au commencement est le don. A l’origine est le don de Dieu, toujours premier. Don de la vie, débordant et inattendu, comme les largesses du roi de la parabole qui fait grâce à son serviteur d’une somme astronomique. Le cœur de Dieu, comme celui du Père de l’enfant prodigue, ne s’épuise pas à donner et à pardonner en supprimant toute dette. Comme le Samaritain d’une autre parabole, Dieu est “pris aux entrailles”. Il est “Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité”, comme le chantent plusieurs psaumes (86, 15 ; 103, 8 ; 145, 8). Et il nous donne et redonne “la vie, le mouvement et l’être”, dit saint Paul (Actes17, 28).

Au long de l’Évangile, Jésus nous révèle ce Dieu dont la justice est miséricorde. Il fait briller son soleil sur les bons et sur les méchants (Mt 5, 45). Il laisse le troupeau pour courir après la brebis perdue (Mt 18, 12-14 ; Lc 15, 1-7). Il paie autant l’ouvrier de la dernière heure que celui qui a travaillé tout le jour (Mt 20, 1-16). Pour lui, les derniers seront premiers (Mt 19, 30 ; 20, 16). Voilà le don toujours premier de sa tendresse.

Mais il faut dire un mot du serviteur impitoyable : à la miséricorde sans mesure de son maître, il répond par une attitude impitoyable en s’acharnant sur son compagnon de travail. Alors qu’il vient d’être pardonné, il oublie le pardon qui le fait vivre lui, et il le refuse à son frère. Oublier le pardon que l’on a reçu et ne pas vouloir le donner, c’est oublier de vivre, c’est choisir la mort. Tôt ou tard, le refus de pardonner nous détruit. Et nous accusons Dieu et les autres d’injustice, alors que c’est nous-mêmes qui nous fermons à la source de vie du pardon. Le Père François Varillon a écrit : “Pardonner, c’est effacer un ressentiment, piétiner mon orgueil, faire la paix, la construire. Le pardon n’est pas un coup d’éponge, il est une re-création. Pardonner, c’est permettre un nouveau départ.” Ou comme dit encore Gabriel Ringlet : “Pardonner, c’est libérer l’avenir… arrêter la violence, retrouver la paix, la légèreté, et donc l’humanité.”

Dès l’entrée, à l’ouverture de l’Eucharistie, nous sommes accueillis par le don du pardon : « Que Dieu dont l’amour est tout-puissant nous fasse miséricorde et nous conduise à la vie. » Le don qui nous a été fait surpasse tous les dons. Il est par-don. C’est de cette source débordante que surgit notre foi dans le pardon des offenses. Pardonner, c’est se souvenir du pardon reçu pour vivre en l’offrant. C’est renaître. C’est ressusciter. Ecoutez cette parabole intitulée Le fil à nœuds : Un vieux rabbin racontait : chacun de nous est relié à Dieu par un fil. Et Lorsqu’on commet une faute, le fil est cassé. Mais lorsqu’on regrette sa faute, Dieu fait un nœud au fil. Du coup, le fil est plus court qu’avant. Et le pécheur est un peu plus près de Dieu ! Ainsi, de faute en repentir, de nœud en nœud, nous nous rapprochons de Dieu.

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Recueil 20

Posté par rtireau le 7 août 2016

marron

Reflet

Sur le même arbre se trouvent deux oiseaux, l’un perché tout en haut, l’autre en bas dans les branches. Celui qui est en haut est calme et silencieux, resplendissant d’un merveilleux plumage aux reflets d’or.
Celui d’en bas mange tour à tour les fruits aux brillantes couleurs, soit amers, soit sucrés. Il saute de branche en branche, tantôt heureux, tantôt malheureux. Lorsqu’il goûte un fruit particulièrement amer, il est très déçu et inconsciemment son regard s’élève vers le faîte de l’arbre ou l’éblouissant oiseau ne bouge ni ne mange.
L’oiseau du bas envie cette paix, mais se remet à manger des fruits et oublie l’oiseau du sommet, jusqu’au jour où un fruit vraiment trop amer le fait sombrer dans le désespoir. Alors de nouveau il lève les yeux, et dans un effort il parvient tout près de l’oiseau magnifique. Les reflets dorés de son plumage l’enveloppe lui-même dans un flot de lumière, le pénètrent et le dissolvent en une brume diaphane. Il se sent fondre et disparaître…



En réalité, il n’y a jamais eu qu’un seul oiseau : celui du bas n’était que le reflet, le rêve de celui du haut. Les fruits doux et amers qu’il mangeait, ces joies et ces peines qu’il a vécues tour à tour, n’étaient que vaines chimères. Le seul oiseau véritable est toujours là, au faite de l’arbre de la Vie, calme et silencieux. Il est l’âme humaine au-delà des bonheurs et des peines

Légende citée par Vivekananda, au siècle dernier.

La lumière des yeux

Ce soir là, vingt cinq jeunes handicapés mentaux s’étaient rassemblés pour célébrer l’eucharistie. Le prêtre lut les paroles de Jésus On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau.” Puis il demanda : Où est la lumière ici ? Les réponses fusèrent : L’électricité ! Les bougies…” La petite chapelle en voûte était sombre. Le prêtre demanda encore : “N’y a-t-il pas quelque autre lumière ?” Le silence tomba et soudain l’un des jeunes lança : « Il y a la lumière des yeux.”      

Dans la pénombre, les regards donnaient vie aux visages et les illuminaient. Alors revint en mémoire une autre parole de Jésus : “La lampe de ton corps,  c’est ton œil.” La messe fut joyeuse. Une lumière plus vivante que celle des bougies et de l’ampoule avait fait éclore une paix légère et heureuse.
Il faisait nuit quand on est sorti. Il faisait plusieurs nuits : celle qui suit la disparition du soleil, celle de tant d’êtres perdus dans leurs opacités intérieures, celle de notre terre obscurcie par tant de violences, d’injustices et de mépris. Mais nous avions vu la lampe du corps, et nous savions que cette lumière luit dans les ténèbres.

Jean-Louis Fournier

Issue de secours

Chaque samedi, Marguerite sort de son supermarché, chargée comme un mulet. Aujourd’hui, des bénévoles de la banque alimentaire attendent à la sortie, à côté de grands sacs vides. Elle fait semblant de ne pas les voir.

Marguerite avance à pas lents, elle est lourde. Elle devrait être rayonnante, elle a tout pour être heureuse, ses cabas débordent de bonnes choses, et elle n’est pas heureuse, pourquoi ? Avez-vous remarqué l’expression de Marguerite ? Son air inquiet, son regard tourmente ? À quoi pense-t-elle ? Elle se pose des questions. Elle ne trouve pas les réponses.

A-t-elle bien fait de prendre un spray antibactérien plutôt qu’un nettoyant manager multi-usage ? Des biscuits aux amandes plutôt que des biscuits aux noisettes ? Des yaourts au kiwi plutôt qu’à la fraise ? Omo jardin secret plutôt qu’Omo oasis exotique ? Un gel douche au jus d’abricot du Roussillon plutôt qu’au jus de cerise du Lubéron ?

Soudain, elle s’arrête. Immobile, elle réfléchit, puis elle tait demi-tour. D’un pas assuré elle retourne vers le supermarché. On la sent déterminée, comme si elle venait de prendre une grande décision…

Les bénévoles frigorifiés attendent toujours devant la sortie. Alors, avec soin et sans précipitation, elle vide un a un ses cabas dans les sacs de la banque alimentaire. Tous, jusqu’au dernier.

Marguerite a tout donné. Elle repart légère et soulagée, comme un prisonnier qui vient d’être libéré. Marguerite allait enfin « goûter tout son saoul au luxe suprême qui consiste à se passer de tout. »

 Marguerite Yourcenar.

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Urgent !!!!

Cherche un électricien pour rétablir le courant entre les gens qui ne se parlent plus, un opticien pour changer le regard des gens, un artiste pour dessiner un sourire sur tous les visages, un maçon pour bâtir la paix, et un professeur de maths pour nous réapprendre à compter les uns sur les autres.

 

Nuages, pluie

Il était une fois une vieille femme qui se sentait de plus en plus jeune à mesure qu’elle prenait de l’âge. La jeunesse n’a rien à voir avec le temps, elle est une attitude. Le vieillard riche de vie peut vraiment être plus jeune que l’adolescent.

Cette vieille femme était tellement enjouée qu’elle suscitait l’admiration de tous.

- Pourtant, lui dit un visiteur il doit bien y avoir des nuages dans ta vie ?

- Des nuages ? Bien sûr ! Sinon, d’où viendrait la pluie bienfaisante ?

 

Sourires d’anges

Quand un ange vous sourit, rendez-lui son sourire Et il fera de votre cœur une étoile. Mais se plaindront les grincheux et les mélancoliques, il n’y a pas d’anges sur la Terre ! Ils se trompent. La terre est peuplée d’anges. N’attendez pas d’être au ciel pour les rencontrer. Ils sont nombreux à vivre parmi nous. Comment les reconnaître ? Tous ont ce signe particulier : une petite lueur dans les yeux, et dans le dessin de leur sourire. Cet éclat s’appelle la bonté.

Quand vous rencontrez la bonté, la bonté qui se joue des races et des langues, mais qui ne se moque ni de l’opulence, ni du dénuement, ni du savoir, ni de la pauvre ignorance, ni de la puissance, ni de la sereine humilité, quand vous rencontrerez la bonté dites-vous : j’ai affaire à un ange ! Alors, rendez-lui son sourire et cet ange-là se dira peut-être à son tour : j’ai affaire à un ange.

 

Le bâtisseur de ponts

Deux frères s’aimaient et vivaient en parfaite harmonie dans leur ferme jusqu’au jour où un conflit éclata entre eux. Tout commença par un malheureux malentendu entre eux. Mais peu à peu, le fossé se creusa jusqu’au jour où il y eut une vive discussion puis un silence douloureux qui dura plusieurs semaines.

Un jour quelqu’un frappa à la porte du frère aîné. C’était un homme à tout faire qui cherchait du travail. Quelques réparations à faire.
“Oui, lui répondit-il, j’ai du travail pour toi. Tu vois, de l’autre côté du ruisseau vit mon frère cadet. Il y a quelques semaines, il m’a offensé gravement et nos rapports se sont brisés. Je vais lui montrer que je peux aussi me venger. Tu vois ces pierres à côté de ma maison ? Je voudrais que tu en construises un mur de deux mètres de haut, car je ne veux plus le voir.”

L’homme répondit : “Je crois que je comprends la situation.”

L’homme aida son visiteur à réunir tout le matériel de travail puis il partit en voyage le laissant seul pendant toute une semaine. Quelques jours plus tard, lorsqu’il revint de la ville, l’homme à tout faire avait déjà terminé son travail. Mais quelle surprise ! Au lieu d’un mur de deux mètres de haut, il y avait un pont. Précisément à ce moment, le frère cadet sortit de sa maison et courut vers son aîné en s’exclamant : “Tu es vraiment formidable ! Construire un pont alors que nous étions si fâchés ! Je suis fier de toi !”

Pendant que les deux frères fêtaient leur réconciliation, l’homme à tout faire ramassa ses outils pour partir. “Non, attends, lui dirent-ils. Il y a ici du travail pour toi.”

Mais il répondit : “Je voudrais bien rester, mais j’ai encore d’autres ponts à construire.”

Anonyme

Le roi et son jardin

Un roi avait planté près de son château toutes sortes d’arbres et de plantes. Son jardin était d’une grande beauté. Chaque jour, il s’y promenait : c’était pour lui une joie et une détente. 
Un jour, il dut partir en voyage. A son retour, il s’empressa d’aller marcher dans le jardin. Il fût surpris en constatant que les plantes et les arbres étaient en train de se dessécher. Il s’adressa au pin, autrefois majestueux et plein de vie, et lui demanda ce qui s’était passé. Le pin lui répondit : “J’ai regardé le pommier et je me suis dit que jamais je ne produirais les bons fruits qu’il porte. Je me suis découragé et j’ai commencé à sécher.”
Le roi alla trouver le pommier : lui aussi se desséchait… Il l’interrogea et il répondit : “En regardant la rose et en sentant son parfum, je me suis dit que jamais je ne serais aussi beau et agréable et je me suis mis à sécher.”
Comme la rose elle-même était en train de dépérir, il alla lui parler et elle dit : « Comme c’est dommage que je n’ai pas l’âge de l’érable qui est là-bas et que mes feuilles ne se colorent pas à l’automne. Dans ces conditions, à quoi bon vivre et faire des fleurs ? Je me suis donc mise à dessécher. »
Le roi aperçut enfin une magnifique petite fleur, toute épanouie. Il lui demanda comment il se faisait qu’elle soit si vivante. Elle lui répondit : “J’ai failli me dessécher, car au début je me désolais. Jamais je n’aurais la majesté du pin, qui garde sa verdure toute l’année; ni le raffinement et le parfum de la rose. Et j’ai commencé à mourir mais j’ai réfléchi et je me suis dit : « Si le roi, qui est riche, puissant et sage, et qui a organisé ce jardin, avait voulu quelque chose d’autre à ma place, il l’aurait planté. Si donc, il m’a plantée, c’est qu’il me voulait, moi, telle que je suis et, à partir de ce moment, j’ai décidé d’être la plus belle possible !”

 

Question de perspective

Un jour, le père d’une très riche famille amène son fils à la campagne pour lui montrer comment les gens pauvres vivent. Il passe quelques jours sur la ferme d’une famille qui n’a pas beaucoup à lui offrir. 
Au retour, le père demande à son fils : « As-tu aimé ton séjour ? – C’était fantastique papa ! – As-tu vu comment les gens pauvres vivent ? – Ah oui ! répond le fils. - Alors, qu’as-tu appris ?  » 
Le fils lui répond : « J’ai vu que nous n’avions qu’un chien alors qu’ils en ont quatre. Nous avons une piscine qui fait la moitié du jardin et ils ont une grande crique. Nous avons des lanternes dans notre jardin et eux ont des étoiles partout dans le ciel. Nous avons une immense galerie à l’avant et eux ont l’horizon.  Nous avons un domaine mais eux ont des champs à perte de vue. Nous achetons nos denrées, et eux, les cultivent. Nous avons des murs autour de la propriété pour nous protéger, eux ont des amis qui les protègent. » 
Le père en resta muet.  Le fils ajouta : « Merci papa de m’avoir montré tout ce que nous n’avons pas. »

 

Les vrais amis.

Un jeune homme décida de se marier. Il se tourna vers son père et lui dit : « Papa voici la liste de mes amis. Invite-les tous à mon mariage ». « D’accord », répondit le père.
Le jour du mariage, le jeune homme commença à s’inquiéter : « Papa je t’avais dit d’inviter tous mes amis ! – C’est ce que j’ai fait, » lui répondit le père. – Sur ma liste, il y avait 50 personnes et seulement 15 sont présentes aujourd’hui ! – J’ai appelé une à une toutes ces personnes de la liste, et je leurs ai dit que tu avais des problèmes et que tu avais besoin de leur aide. Je leur ai demandé de venir à cette heure-ci. Donc ne t’inquiète pas tous tes amis sont là !” 

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Recueil 12

Posté par rtireau le 9 novembre 2014

vert

Les outils

Il y avait une fois, il y a bien longtemps, dans un petit village de Suède, un atelier de charpentier. Un jour que le maître était absent, les outils se sont réunis sur l’établi. Ils ont discuté très longtemps pour savoir lesquels des outils on devait supprimer.

- Je sais, dit un outil, il faut supprimer la scie parce qu’elle mord, elle grince et elle a le caractère grincheux.

Un autre dit :

- Nous ne pouvons pas garder le rabot parmi nous. Il a le caractère tranchant et il épluche tout ce qu’il touche.

- Quant au marteau, dit un troisième, je lui trouve un caractère assommant et en plus il cogne et nous tape sur les nerfs.

- Et les clous ? Peut-on vivre avec des outils aussi pointus ? Il faut qu’ils s’en aillent!

- Et la lime ? Et la râpe ? On se frotte toujours avec elles, on se dispute.

- Et le papier de verre ? Il est toujours en train de nous froisser !

Tout le monde parlait à la fois. Chacun accusait l’autre des pires choses si bien qu’à la fin, personne n’avait sa place dans l’atelier.

Il y avait beaucoup de bruit jusqu’au moment où le maître est revenu dans son atelier.

Sans rien dire, il a pris une planche et la scia avec la scie qui grince. Puis il la rabota avec le rabot qui tranche et qui épluche tout ce qu’il touche. Il utilisa la lime et la râpe qui frottent puis  le papier de verre qui froisse.  Le charpentier prit encore le marteau qui cogne et les clous pointus.  Finalement il se servi de tous ces outils au mauvais caractère et fit un berceau très beau, très doux pour accueillir l’enfant à naître, pour accueillir la vie.

 

Les personnes sont des cadeaux

Les gens sont des cadeaux que le Père a enveloppés pour nous les envoyer. Certains sont magnifiquement enveloppés. Ils sont très attrayants, dès le premier abord. D’autres sont enveloppés de papier très ordinaire. D’autres ont été malmenés par la poste. Il arrive parfois qu’il y ait une “distribution spéciale.” Certains sont des cadeaux dont l’emballage laisse à désirer. D’autres dont l’emballage est bien fait. Mais l’emballage n’est pas le cadeau ! C’est si facile de faire l’erreur, et nous rions quand les enfants prennent l’un pour l’autre. Parfois le cadeau est très facile à ouvrir. Parfois il ne l’est pas. Il faut alors se faire aider. Peut-être parce qu’ils ont été déjà ouverts et rejetés ! Ou bien se pourrait-il que le cadeau ne me soit pas destiné ?

Je suis une personne et donc moi, je suis un cadeau ! Un cadeau pour moi-même d’abord. Le Père m’a donné à moi-même. Ai-je déjà regardé à l’intérieur de l’emballage ? Ai-je peur de le faire ? Peut-être n’ai-je jamais accepté le cadeau que je suis. Pourrait-il se faire qu’il y ait à l’intérieur quelque chose de différent de ce que je m’imagine ? Je n’ai peut-être jamais vu le cadeau merveilleux que je suis. Les cadeaux du Père pourraient-ils être autre chose que magnifiques ?

J’aime les cadeaux que je reçois de ceux qui m’aiment, pourquoi pas les cadeaux du Père ? Je suis un cadeau pour les autres. Est-ce que j’accepte d’être donné par le Père aux autres ? Les autres doivent-ils se contenter de l’emballage ? Sans jamais pouvoir apprécier le cadeau.

Toutes les rencontres sont des échanges de cadeaux. Mais un cadeau sans quelqu’un qui le donne n’est pas un cadeau. C’est une chose privée de liens avec celui qui donne ou celui qui reçoit.

Un ami est un cadeau, pas seulement pour moi, mais aussi pour les autres à travers moi. Quand je garde mon ami, quand je me l’approprie, je détruis sa nature de cadeau. Si je le mets de côté pour moi, c’est alors que je le perds. Si je le donne aux autres, je le garde. Les gens sont des cadeaux reçus ou donnés, comme le Fils. L’amitié est la réponse des personnes-cadeaux au Père qui donne. L’amitié est Eucharistie, action de grâce !

 Jean Vermette, Paraboles pour aujourd’hui

 

Les quatre bougies

Les quatre bougies brûlaient lentement. L’ambiance était tellement silencieuse qu’on pouvait entendre leur conversation.

La première dit : « je suis la paix ! Cependant, personne n’arrive  à me maintenir  allumée. Je crois que je vais m’éteindre. » Sa flamme diminua rapidement, et elle s’éteignit complètement.

La seconde dit : « je suis la foi ! Dorénavant je ne suis plus indispensable, cela n’a pas de sens que je reste allumée plus longtemps. » Quand elle eut fini de parler, une brise souffla sur elle et l’éteignit.

Triste, la troisième bougie se manifesta à son tour : « je suis l’amour ! Je n’ai pas de force pour rester allumée. Les personnes me laissent de côté et ne comprennent pas mon importance. Elles oublient même d’aimer ceux qui sont proches d’eux. » Et, sans plus attendre, elle  s’éteignit.

Soudain, un enfant entre et voit les trois bougies éteintes. « Pourquoi êtes-vous éteintes ? Vous deviez être allumées jusqu’à la fin. » En disant cela, l’enfant commença à pleurer.

Alors, la quatrième bougie parla : « n’aie pas peur, tant que j’ai ma flamme nous pourrons allumer les autres bougies,  je suis l’espérance! »

Avec des yeux brillants, l’enfant prit la bougie de l’espérance… et alluma les autres.

Que la flamme de l’espérance ne s’éteigne jamais à l’intérieur de vous ! …

 

Les trois tamis

Un jour, quelqu’un vint trouver Socrate et lui dit :

- Il faut que je te raconte comment ton ami s’est conduit.

- Un instant ! dit le sage. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?

- Quels tamis ?

- Le premier est celui de la vérité. As-tu contrôlé si ce que tu veux me raconter est vrai ?

- Non, je l’ai entendu raconter.

- Bien, bien ! Mais sans doute l’as-tu fait passer à travers le deuxième tamis, celui de la bonté ? Ce que tu veux me raconter, si pas tout à fait vrai, c’est au moins quelque chose de bon ?

- Heu, non, au contraire.

- Essayons encore le troisième tamis : voyons s’il est utile de me raconter ce que tu as envie de dire.

- Utile ? Pas précisément.

- Eh bien, dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n’est  ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir. Et quant à toi, je te conseille de l’oublier.

 

Logique

Ton Christ est juif, ta voiture est japonaise, ta pizza est italienne et ton couscous algérien, ta démocratie est grecque, ton café est brésilien, ta montre est suisse, ta chemise est indienne, ta radio est coréenne, tes vacances sont turques, tunisiennes ou marocaines, tes chiffres sont arabes, ton écriture est latine, et… tu reproches à ton voisin d’être étranger !

 

Menacé de résurrection

On dit que je suis menacé de mort. Peut-être. Quoi qu’il arrive, je suis dans la paix. S’ils me tuent, ils ne me prendront pas la vie. Je l’emporterai avec moi, sur le dos, telle la besace d’un berger. Il en faut plus pour m’émouvoir ; car depuis mon enfance, quelqu’un m’a soufflé à l’oreille une vérité solide comme le roc, qui est en même temps une invitation à l’éternité : “Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps mais ne peuvent pas tuer la Vie.”

La vie, la vraie vie, s’est fortifiée en moi quand j’ai appris à lire l’Evangile : le mouvement de résurrection commence avec la première ride qui se dessine sur le visage, avec la première tache de vieillesse apparaissant sur nos mains, avec le premier cheveu blanc, surpris un jour dans la griffe du peigne, avec le premier soupir de nostalgie devant un monde qui change et s’éloigne soudain de nos yeux. Ainsi commence la résurrection, non pas ce quelque chose d’incertain que d’aucuns appellent “l’autre vie”, mais la vie “autre”.

On dit que je suis menacé de mort. De mort corporelle, qui n’est pas “menacé de mort” depuis sa naissance ? “Menacé de mort”, et alors ? Si cela est, je leur pardonne d’avance. Que ma croix soit une parfaite géométrie d’Amour, et qu’elle me permette de continuer à aimer, à parler, à écrire,  et à faire sourire, de temps en temps, tous mes frères, les hommes.

Je suis “menacé de mort.” Il y a dans cet avertissement une erreur profonde. Ni moi, ni personne, ne sommes “menacés de mort”. Nous sommes “menacés de vie”, “menacés d’espérance”, “menacés d’Amour”. Nous nous trompons, chrétiens, nous ne sommes pas menacés de mort ; nous sommes “menacés de résurrection.” Christ est le chemin, la vérité, la vie surtout,  même s’il est crucifié au sommet de la décharge du monde…

                                   Un guatémaltèque.

 

Mes relations avec le Seigneur

“Mes relations avec le Seigneur étaient assez bonnes. Je lui demandais des choses, je conversais avec lui, je chantais ses louanges et lui rendais grâce. Mais tout le temps, j’avais la sensation désagréable  qu’il voulait que je le regarde dans les yeux. Et cela, je ne l’osais pas. Je lui parlais, certes, mais j’évitais son regard, dès que je sentais qu’il me fixait.

J’évitais son regard, et je savais bien pourquoi : j’avais peur ! Je craignais d’y découvrir une accusation pour quelque faute non regrettée ; je croyais y découvrir quelque exigence, ou une chose qu’il attendait vraiment de moi.

Or, un beau jour, j’ai pris mon courage à deux mains, et je l’ai regardé ! Il n’y avait aucune accusation ni aucune demande ; les yeux du Seigneur me disaient simplement : “Je t’aime !”. J’ai fixé longuement ces yeux et je les ai scrutés ; mais toujours l’unique message était : “Je t’aime !” Ensuite, comme Simon-Pierre, je suis sorti et je me suis mis à pleurer.”

                                   extraits du livre d’Anthony de Mello          

 

Mon nom sur l’invitation

Le Christ a dit : “Venez à moi, vous tous qui peinez et portez de lourds fardeaux et je vous donnerai le repos.” Cela n’était pour moi que des mots magnifiques, sans plus, jusqu’à ce que j’aie réalisé que mon nom était écrit sur l’invitation.

 

 Mon tailleur

Quel est l’homme le plus intelligent que je connaisse ? Ce n’est pas à une grave recherche que je vous invite , car il s’agit tout simplement de mon tailleur. Et pourquoi donc ? En vérité, mon tailleur, chaque fois qu’il me rencontre, reprend mes mesures, tandis que les autres m’ont mesuré une fois pour toutes et ne prennent jamais le temps de reprendre mes mesures !

                                                          George Bernard ShawMurphy

 

Ne méprise pas le corps du Christ (Jean-Chrysostome, 354-407)

Veux-tu honorer le Corps du Christ ? Ne commence pas par le mépriser quand il est nu. Ne l’honore pas ici avec des étoffes de soie, pour le négliger dehors où il souffre du froid et de la nudité. Car celui qui a dit : “Ceci est mon corps” est le même qui a dit : “Vous m’avez vu affamé et vous ne m’avez pas nourri.”

Quelle utilité à ce que la table du Christ soit chargée de coupes d’or, quand il meurt de faim ? Rassasie d’abord l’affamé et orne ensuite sa table. Tu fabriques une coupe d’or et tu ne donnes pas une coupe d’eau. En ornant sa maison, veille à ne pas mépriser ton frère affligé : car ce temple-ci est plus précieux que celui-là.

Qui pratique l’aumône exerce une fonction sacerdotale. Tu veux voir ton autel ? Cet autel est constitué par les propres membres du Christ. Et le corps du Seigneur devient pour toi un autel. Vénère-le. Il est plus auguste que l’autel de pierre où tu célèbres le saint Sacrifice. Et toi tu honores l’autel qui reçoit le corps du Christ et tu méprises celui qui est le corps du Christ. Cet autel-là, partout il t’est possible de le contempler, dans les rues et sur les places ; et à toute heure tu peux y célébrer ta liturgie.

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Recueil 9

Posté par rtireau le 2 septembre 2014

violet

Christ n’a pas de mains

Christ n’a pas de mains, il n’a que nos mains pour faire son travail aujourd’hui.

Christ n’a pas de pieds, il n’a que nos pieds pour conduire les hommes sur son chemin.

Christ n’a pas de livres, il n’a que nos livres pour parler de lui aux hommes.

Christ n’a pas d’aide, il n’a que notre aide pour mettre les hommes à ses côtés.

Nous sommes la seule Bible que le public lit encore.

Nous sommes le dernier message de Dieu écrit en actes et en paroles.

 

Jeune moine populaire

Dans un monastère situé sur les bords de la mer Rouge, arriva un jour un jeune moine qui s’attira rapidement la sympathie de tous si bien que, ou peut-être à cause de cela, il en fut un peu infatué.

- Comment est possible un tel engouement ? demanda un ancien à l’higoumène Aspase.

Celui-ci répondit : “Les bouteilles à moitié vides font plus de bruit que les pleines.”

 

Le facteur

Chamal est un petit garçon de 7 ans, un petit Sri-Lankais, aux cheveux noirs de jais, aux grands yeux brillants dans un joli visage bistré. Sa famille est arrivée en France après mille péripéties, chassée par le conflit sans fin qui épuise son pays depuis 50 ans : conflit ethnique, linguistique, religieux, politique… Lui est venu, il y a seulement deux ans, pour vivre chez sa tante après avoir perdu son papa. Une trop longue histoire déjà pour ce petit garçon vif et intelligent, mais qui a quelquefois de longs moments pensifs.

En un an à peine, il a appris à parler parfaitement le français, avec cette merveilleuse capacité qu’ont les enfants de s’adapter rapidement à tout, partout. De temps en temps, il vient me voir, car sa tante, qui travaille chez nous, souhaite que quelqu’un jette un œil sur ses cahiers d’écolier, chose que personne ne peut faire à la maison.

On travaille un peu. Puis on bavarde, puis on revient au cahier, puis il essaye de m’apprendre à jouer avec les jetons de pokémon (c’est bien difficile !). Entre temps, il regarde, regarde partout, avec la curiosité des enfants de son âge. Il regarde aux murs les images, le crucifix… C’est tellement nouveau pour lui, qui est de tradition bouddhiste ! Et un jour, après un long silence, il me demande tout à trac :

• « Il est gentil, ton Dieu ? » Surpris, je réponds :

• « Oh oui ! Très gentil… » Et je lui retourne la question :

• « Et toi, il est gentil ton Dieu ? » Il réfléchit longuement et finit par répondre : « Je ne sais pas ! » … Je reprends : « Mais oui, il est gentil aussi puisque c’est le même que le mien !… » Dans ses grands yeux noirs, il y a tout l’étonnement, toute l’incompréhension du monde.

A ce moment, on sonne. C’est le facteur. Quand nous sommes de nouveau tous les deux, je lui explique : « Tu vois, le facteur, si tu l’avais rencontré dans la rue, tu aurais dit : c’est un facteur. Moi, je dis : c’est le facteur, c’est mon facteur. Quand il va rentrer à la poste, les autres facteurs vont dire : c’est notre copain. A la maison, sa femme dit : c’est mon mari. Et les enfants : c’est papa. Et pourtant, c’est bien toujours la même personne. Mais chacun le voit à sa manière… »

Je n’étais pas tellement sûr que mon explication soit des meilleures et des plus adaptées. Mais un mois plus tard, alors que nous étions plongés dans un difficile problème d’achat de pommes et de monnaie à rendre, on sonne à la porte. Je ne bougeais pas car je savais qu’il y avait quelqu’un d’autre pour ouvrir. Alors Chamal très gravement me dit : « C’est peut-être le facteur ?… » Et, songeur, il regarde longuement le crucifix…

Perjean                      

 

Le festin du Seigneur

Le village au pied du château venait tout juste de se réveiller quand retentit sur la grand’place la voix du héraut seigneurial :

- Notre Seigneur bien-aimé invite tous ses bien-aimés sujets à partager avec lui un festin pour son anniversaire. Une heureuse surprise les y attend. Il leur demande toutefois d’avoir la grande gentillesse d’apporter un peu d’eau pour remplir le bassin du château qui est à sec…

Et faisant volte face, le héraut entouré de ses gardes reprend le chemin du castel seigneurial.

Les commentaires fusent bon train, mais sur des modes fort divers…

- Pffh… Il a bien assez de domestiques pour faire remplir son bassin. Je lui monterai un verre, ce sera largement suffisant !

- Que non ! Il a toujours été bon et généreux ! Je lui apporterai un plein tonneau !

Et au matin du jour dit, on voit un étrange cortège monter du village vers le château. Les uns poussent de toutes leurs forces de grosses futailles, ou ahanent en portant des seaux pleins à ras-bord. D’autres, moqueurs, portent une carafe ou un petit verre sur un plateau.

Entrés dans la cour intérieure, chacun vide son récipient dans le bassin central, le dépose au vestiaire et se dirige joyeusement vers la salle du banquet.

Rôtis et vins, danses et chants, lorsque le soir arrive, le Seigneur remercie chacun d’un mot aimable et se retire dans ses appartements.

“Et la surprise promise ?” Désappointement des grincheux. Joie heureuse des bons sujets : “Notre maître vient de nous donner le meilleur festin qui soit !” Et chacun, avant de repartir, passe prendre son récipient.

Lorsque des cris éclatent, explosent de plus en plus fort en provenance du vestiaire. Cris de joie et cris de rage. Les récipients étaient remplis à ras-bord de pièces d’or !

- Ah ! Que n’ai-je apporté davantage d’eau…                     

 

Le fil à noeuds

Un vieux rabbin racontait : chacun de nous est relié à Dieu par un fil. Et Lorsqu’on commet une faute, le fil est cassé. Mais lorsqu’on regrette sa faute, Dieu fait un nœud au fil.

Du coup, le fil est plus court qu’avant. Et le pécheur est un peu plus près de Dieu !

Ainsi, de faute en repentir, de nœud en nœud, nous nous rapprochons de Dieu.

Finalement, chacun de nos péchés pardonnés est l’occasion de raccourcir d’un cran la corde à nœuds et d’arriver plus vite près du cœur de Dieu.

Tout est grâce, même les péchés. Génial ! …

 

Le juge

Voici venir l’heure où tout sera accompli tous les humains de tous les temps sont réunis au pied du trône où l’on attend le juge. Crainte et tremblement, comme tu penses. On attend, on attend, et il ne vient pas. Alors les gens commencent à se fatiguer, les vieux, les enfants, les femmes enceintes. Et certains des plus valides en profitent pour se pousser auprès du trône, être dans les premiers servis, se faire voir, se faire valoir. Et d’autres, émus de compassion – comme tu l’es si souvent – viennent en aide aux défaillants. Mais ils s’écartent, ils s’éloignent, on leur prend leur place.

Et ils s’en inquiètent et ils se demandent s’ils reviendront à temps et ils ne cessent pourtant pas d’aider, soigner, nourrir et conforter. Et les voici entraînés loin, loin, hors de la salle superbe et solennelle, et les voici perdus sur je ne sais quelle route, dans le désert.

Alors vient à eux le plus pauvre et le plus dolent des hommes. Et ce pauvre lève le regard et dit : « C’est moi qui suis le juge, mon frère! » Et les autres pendant ce temps, attendent, attendent devant le trône vide et qui le restera à jamais.

 

Le lieu où Dieu habite

Un jour, de savants personnages s’interrogeaient sur le lieu où Dieu habite. L’un d’entre eux dit : dans la nature, bien sûr. Le vieux sage du groupe sourit, hochant la tête d’un signe négatif. Le juif qui était là répondit alors : dans le Temple, sans aucun doute. Ce que s’empressa de corriger le musulman : dans les mosquées, évidemment. Le chrétien se sentit obligé de dire : je crois que c’est dans les églises. Mais le vieux sage n’était toujours pas d’accord. Finalement il dit : Dieu est partout où tu le laisses entrer.

Mais un sage peut toujours rencontrer plus sage que lui. Ainsi, notre ami croisa un jeune homme qui allait se promener dans les bois. Que vas-tu y faire ? demanda-t-il. « Rencontrer Dieu », répondit le jeune. « Mais Dieu est partout », fit évidemment remarquer le vieux sage. Et le jeune de répondre : « Oui, Dieu est partout, mais moi, je ne suis pas partout le même. C’est dans la forêt que je lui ouvre le plus facilement ma porte. »

 

 Le moment où le jour se lève

Il fait encore nuit. Quelques hommes sont assis dehors dans l’attente du jour ; un vieux sage est entouré de ses disciples. Et le sage interroge :

- “A quoi pouvons-nous reconnaître le moment où la nuit s’achève et où le jour se lève ?”

Un disciple prend la parole :

- “C’est lorsque les étoiles disparaissent dans le ciel et que la terre est caressée par les premières lueurs du soleil.”

- “Non”, répond le maître.

- “Alors c’est lorsque l’on peut sans peine distinguer de loin un chien d’un mouton.”

- “Non”, dit encore le maître.

- “Mais alors quand est-ce donc ?” demandent ensemble les disciples.

Et le vieux sage, après un temps de silence, répond :

- “Tu reconnaîtras le moment où le jour se lève lorsque, regardant le visage de n’importe quel homme, tu reconnaîtras en lui ton frère. Jusque là, il fait encore nuit dans ton cœur. Car la lumière ne vient pas du ciel. Quand elle naît, c’est du cœur de l’homme.”

Non, la lumière n’est pas à guetter le ciel, depuis le jour où, à Bethléem, elle était au cœur de l’enfant de lumière. Depuis ce jour et pour toujours, nous savons qu’elle peut jaillir du cœur de l’homme qui vit sur cette terre. Noël nous invite à nous tourner vers notre terre pour chercher la lumière.

Cité par le P. Loew

 

Le mystère de l’attaché-case

Pedro avait seize ans. Mais à en juger d’après sa carrure frêle et sa voix fluette, on lui en aurait donné douze. Les copains n’étaient pas tendres avec lui : « Bonzaï », « nabot » et « no-biceps » étaient les surnoms les plus fréquents… Pedro se voulait imperturbable sous cette pluie de quolibets (« qui tombe sur le parapluie de mon indifférence », disait-il), mais ce n’était sans doute qu’une apparence.

Depuis quelque temps, Pedro se promenait avec un attaché-case qui lui donnait l’air d’un homme d’affaires. Il ne s’en séparait jamais. La nuit, il le glissait sous sa couverture ; à table, il le coinçait entre le dossier de sa chaise et lui. À certains moments de la journée, il s’écartait des autres, leur tournait le dos, et ouvrait sa mallette avec un luxe de précautions, comme pour y consulter des trésors…

En tête à tête, l’aumônier du home se risqua à lui demander :

- Qu’est-ce qu’il y a donc à l’intérieur?

Silence gêné. L’animateur insiste amicalement.

- Tu me promets de ne rien dire ? Plaide Pedro, qui accepte enfin d’ouvrir son mystérieux attaché-case.

A l’intérieur, il n’y a rien.

- Oui, c’est vide… et alors ? Tant qu’ils voient cette mallette fermée, ils croient qu’elle contient des choses, explique Pedro.

On a tous besoin d’être important aux yeux des autres. N’est-ce pas normal ? Et quand on est humilié, il faut parfois redoubler d’astuce.

 

Le paquet de biscuits

Une jeune femme attendait l’embarquement de son vol dans un grand aéroport. Comme elle disposait de temps, elle acheta un livre et aussi un paquet de biscuits. Elle gagna la salle VIP de l’aéroport où elle s’installa dans un bon fauteuil. A côté du fauteuil où se trouvait le paquet de biscuits, un homme ouvrit son magazine et se mit à lire.

 

Lorsqu’elle prit un premier biscuit, l’homme assis à proximité fit de même. Elle se sentit irritée par ce comportement, mais elle ne dit rien, se contentant de penser : “Quel sans-gêne celui-là, il ose se servir dans mon propre paquet !”  À chaque biscuit qu’elle prenait, l’homme en prenait un aussi. Cela la mettait dans tous ses états, mais elle ne voulait pas faire d’esclandre. Lorsque qu’il ne resta qu’un seul biscuit, elle pensa : “Et que va t-il faire maintenant, ce profiteur ?” L’homme prit le dernier biscuit, le brisa en deux et lui tendit la moitié. Décidément, il avait dépassé les bornes ! Elle était hors d’elle-même !

En un éclair, elle prit son livre et ses affaires, se leva d’un bond et sortit en trombe pour se rendre au guichet d’embarquement. Lorsqu’elle prit possession de son siège à l’intérieur de l’avion, elle ouvrit son sac à main et, à sa grande surprise, elle y découvrit… son paquet de biscuits, intact et non-ouvert ! Elle se sentit tellement MAL !!! Elle réalisait à quel point elle s’était trompée. Elle avait oublié qu’elle avait glissé son paquet de biscuits dans son sac à main.

L’homme avait donc partagé ses biscuits avec elle, sans rancune ni appréhension. À présent, toute confuse, elle ne pouvait s’empêcher de penser à cet homme qu’elle n’aurait plus la chance de croiser pour s’excuser.

Il y a ainsi quatre choses que nous ne pouvons pas rattraper : la pierre, après l’avoir lancée, le mot, après l’avoir dit, l’occasion, après l’avoir perdue, le temps, lorsqu’il s’est enfui ! 

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Recueil 8

Posté par rtireau le 31 août 2014

vert

 

Le bénévole et le Yaqua

Le bénévole (activus benevolus) est un mammifère bipède qu’on rencontre surtout dans les associations, où il peut se réunir avec ses congénères. Les bénévoles se rassemblent à un signal mystérieux appelé “convocation”. On les rencontre aussi en petits groupes dans divers endroits, quelquefois tard le soir, l’œil hagard, le cheveu en bataille et le teint blafard, discutant ferme la meilleure façon d’animer une manifestation ou de faire des recettes supplémentaires pour boucler son budget. Le téléphone est un appareil qui est beaucoup utilisé par le bénévole et qui lui prend beaucoup de temps. Mais cet instrument lui permet de régler les petits problèmes qui se posent au jour le jour.

L’ennemi héréditaire du bénévole est le “Yaqua” (nom populaire dont les origines n’ont pu être à ce jour déterminées). Le yaqua est aussi un mammifère bipède, mais il se caractérise surtout par un cerveau très petit qui ne lui permet de connaître que deux mots : “Il n’y a qu’à”, ce qui explique son nom.

Le yaqua, bien abrité dans la cité anonyme, attend. Il attend le moment où le bénévole fera une erreur, un oubli, pour bondir et lancer son venin qui atteindra son adversaire et provoquera chez celui-ci une maladie très grave : le “découragement”. Les premiers symptômes de cette implacable maladie sont visibles rapidement : absence de plus en plus fréquentes aux réunions, intérêt croissant pour son jardin, sourire attendri devant une canne à pêche, et attrait de plus en plus vif qu’exercent un bon fauteuil et la télévision sur le sujet atteint.

Les bénévoles décimés par le découragement risquent de disparaître et il n’est pas impossible que dans quelques années on rencontre cette espèce uniquement dans les zoos où, comme tous ces malheureux animaux enfermés, ils n’arrivent plus à se reproduire. Les yaquas, avec leur petit cerveau et leur grande langue, viendront leur lancer des cacahuètes pour tromper l’ennui. Ils se rappelleront avec nostalgie le passé pas si lointain où le bénévole abondait et où on pouvait le traquer sans contrainte.

 

Le billet de vingt euros

Un conférencier commence son discours en brandissant un billet de vingt euros. Il demande à la cantonade :

- Qui voudrait ce billet ?

Dans l’assistance, une forêt de mains se lève. Le conférencier sourit :

- je vais donner ce billet à l’un d’entre vous. Mais laissez-moi d’abord lui prodiguer des soins un peu spéciaux.

Chiffonnant le billet, il en fait une boulette et reprend :

- Vous voulez toujours ce billet ? Que direz-vous si je le maltraite un peu plus ?

Jetant par terre le billet froissé, il l’écrase en sautant dessus à pieds joints.

- Y a-t-il encore un preneur ?

Évidemment, la foule des volontaires n’a pas baissé les bras.

- Mes amis, vous venez d’apprendre une leçon importante. Peu importe les traitements que j’inflige à ce billet : vous le voulez toujours parce que sa valeur n’a pas diminué. Il vaut toujours vingt euros ! Dans votre vie, il vous arrivera d’être froissés, rejetés, malmenés par les gens ou par les événements. Vous aurez l’impression que vous ne valez plus rien. Eh bien ! je vous le dis : vous aurez toujours le même prix ! Votre dignité ne tient pas à vos actes ni à ce qui vous arrive. Vous pourrez toujours vous relever d’une chute et poursuivre vos objectifs, parce que votre valeur sera intacte.

 

Le bol en bois

Un vieil homme fragile s’en alla demeurer avec son fils, sa belle-fille, et son petit-fils de quatre ans. Les mains du vieil homme tremblaient, sa vue était embrouillée et sa démarche chancelante. La famille était attablée ensemble pour le repas. Mais la main tremblante de grand-père et sa mauvaise vue rendait le repas peu agréable. Les pois roulaient par terre. Lorsqu’il prenait son verre, le lait se renversait sur la nappe. Ce qui vint à tomber sur les nerfs du fils et de la belle-fille.

« On doit faire quelque chose avec grand-père, » dit le fils, nous en avons assez du lait renversé, des bruits lorsqu’il mange et de ramasser la nourriture sur le plancher »

Alors, le fils et sa femme montèrent une petite table dans le coin. C’est là que grand-père ira manger pendant que le reste de la famille sera à la grande table. De plus, puisque que grand-père a cassé quelques assiettes, dorénavant il mangera dans un bol en bois.

Lorsque la famille regardait dans le coin, quelquefois ils pouvaient voir une larme sur les joues de grand-père qui était assis tout seul. En dépit de cela, les seuls mots que le couple avaient pour grand-père exprimaient la colère et les reproches lorsqu’il échappait une fourchette ou renversait sa nourriture par terre. Le jeune de quatre ans regardait tout cela en silence.

Un soir avant le souper, le père remarqua son fils qui jouait dans son atelier et il nota des copeaux de bois sur le plancher. Il demanda gentiment: « Qu’est tu en train de fabriquer ? »

Aussi gentiment le fils répondit : « Ah! Je fais un bol en bois pour toi et maman pour manger, lorsque je serai grand ! »

Les parents furent tellement surpris par ces paroles qu’ils étaient incapables de parler. Et puis quelques larmes coulèrent sur leurs joues. Ils ne disaient rien mais ils savaient quoi faire. Ce soir là, le fils prit grand-père par la main et l’amena gentiment à la table familiale. Pour le reste de ses jours, il prit ses repas avec la famille. Et le fils et sa femme ne se troublaient plus lorsque grand-père laissait échapper une fourchette, renversait son lait, ou salissait la nappe.

 

Le camion de vidanges

Un jour, un taxi m’amène à l’aéroport. Nous roulons à bonne allure lorsque soudainement une auto sortant de je-ne-sais-où vient nous couper, risquant de nous projeter dans le fossé. Comble de tout, ce type se met à engueuler mon conducteur de taxi et non l’inverse. Ce dernier se met à sourire à l’étranger et le salue de la main. Je n’en reviens pas.

Surpris de cette réaction, je lui dis : « Cet imbécile a failli ruiner votre auto et a même failli nous tuer, et tout ce que vous trouver à faire, c’est de le saluer ; je ne comprends pas. »

Alors, mon chauffeur se met à m’expliquer ce que j’appelle : La loi du camion de vidanges.

“Voyez-vous, me répondit-il, plusieurs personnes sont comme des camions de vidanges, elles sont pleines de vidanges, de frustrations, de désappointements et de rancœur accumulés.

Lorsque le camion est plein, elles le vident sur leur voisin ou sur le premier venu… dont vous et moi. Il ne faut pas le prendre personnellement. Souriez, saluez … et passez à autre chose. Ne remplissez pas votre propre camion pour ensuite le vider sur vos amis, parents et collègues de travail. La vie est trop courte pour se laisser atteindre par toutes sortes de distractions et de regrets inutiles. C’est la façon de penser des gagnants.”

Aimez les gens qui vous traitent bien et priez pour les autres.

 

Le chamois porte-musc

Un chamois bondissait de forêts en rochers, à la recherche d’un parfum entêtant qu’il ressentait comme un appel. Comme un enfant cherche l’écho, l’appelant ici, tandis que l’écho répond de l’autre côté du ravin, puis traverse le ravin et entend de ce côté le cri qui lui répond, ainsi fait le chamois porte-musc. Epuisé par sa longue course, il s’effondre et la poche de parfum, dont il ignorait la présence sur son propre corps, s’ouvrit et se répandit.

Ainsi en est-il pour nous, qui cherchons Dieu sur tant de chemins et oublions de Le reconnaître là où il n’a jamais cessé de nous donner rendez-vous, au cœur même de note cœur. “Ne cherche pas au-dehors le parfum de Dieu, pour périr dans la jungle de la vie, mais cherche ton âme, et, vois, Il sera là. Ne manque pas de Le sentir en toi.”

                                                                      poème hindou.

 

Le chat du guru

Lorsque, chaque soir, le guru s’assoyait pour la prière, le chat de l’ashram distrayait les priants. Aussi ordonna-t-il qu’on attache le chat durant la prière du soir.

Longtemps après la mort du guru, on continua d’attacher le chat durant la prière du soir. Puis, quand le chat finit par mourir, on amena un autre chat dans l’ashram, pour qu’il puisse être dûment attaché durant la prière du soir.

Des siècles plus tard, les disciples du guru écrivirent de savants traités sur le rôle essentiel d’un chat dans le bon déroulement de toute prière.

 

Le Château de sable

Au moment où la marée remontait, les animateurs proposèrent aux enfants de se diviser en quatre groupes. Chaque équipe devrait construire le plus rapidement possible un château et, lorsque les vagues arriveraient, on verrait celui qui résisterait le plus longtemps.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Avec un zèle impressionnant, ils firent équipe et se mirent à la tâche. Ils gardaient toujours un œil sur la marée montante, s’écriant régulièrement : “Vite ! elle arrive !”. Et elle arriva…  Les travaux durent cesser et, tout excités, les enfants regardèrent, à distance, les châteaux de sable s’effondrer les uns après les autres…

Serait-ce une parabole de la vie ? Il est vrai, les hommes et les femmes, avec bien du courage parfois, travaillent à faire de leur existence une œuvre qui défie le temps. Que ce soit par des relations vraies, des monuments de pierres ou des œuvres d’art. Certains étendent leurs terres et leur empire. D’autres rêvent d’édifier une fortune et ne sont pas avares de leurs peines.

Aux moments de lucidité, chacun voit la mort approcher, mais sans doute pas avec les mêmes cris de joie que ceux des enfants. Que restera-t-il en effet de tout cela ? L’homme ne serait-il qu’un château de sable qui s’écroule à la marée montante ?

Le soir, rentrés au camp, les enfants savaient bien qu’il ne restait rien de leurs châteaux. Mais cette construction, dans l’entraide et l’amitié, avait renforcé entre eux les liens qui déjà les unissaient. Et, dans cette œuvre, le visage de chacun était devenu davantage unique. Contre cela, la mer ne pouvait rien.

                                                                                  Charles Delhez

 

Le clown et la chenille

Les clameurs du cirque se sont tues. Les projecteurs s’éteignent un à un. Les spectateurs sont rentrés chez eux. Ils sourient ou éclatent encore de rire en pensant aux mimiques du clown et s’endorment tout contents : ils en ont eu pour leur argent.

Le clown, lui, encore tout maquillé, traîne ses immenses savates sur l’asphalte d’une ruelle blafarde. Triste, il médite sur son sort : “Quel drôle de métier que le mien ! Ils se sont amusés comme des fous. Pourtant ce sont eux qui les font, ces grimaces. Il suffit qu’ils se regardent dans une glace. Faut les voir dans le bus ou au boulot, les têtes bizarres qu’ils tirent. C’est à en pleurer de rire. Au fond, ils s’amusent d’eux-mêmes et n’ont guère besoin de moi. D’ailleurs, ils ne me connaissent même pas. Ils me croient en couleurs alors qu’au fond de moi tout est noir avec un tout petit peu de blanc.” Emmitouflé dans ses tristes pensées, le clown s’appuie contre un lampadaire.

Une chenille justement en descend après avoir pris un bol de lumière. Sur le veston du clown elle a grimpé et bientôt, avec lui, se trouve nez à nez. ”Mon Dieu, quelle affreuse bestiole, s’exclame-t-il lorsqu’il l’a remarquée. Comment a-t-on pu inventer pareil épouvantail ?” -  “Dis-donc, lui dit la chenille offusquée, tu vas faire enfler tes chevilles boursouflées, tu me méprises sans savoir qui je suis. Je ne suis chenille que pour un temps, mais je serai papillon pour longtemps. Je suis noire peut-être, mais au dedans de moi tout est couleur et dentelle, mais pas toi. Bientôt une merveille de la nature jaillira de ma chrysalide obscure. Mes couleurs valent bien les tiennes. Une fois démaquillé, toi, tu n’existes plus !”

Le clown en reste tout penaud et, dans sa tête, se met à philosopher.

“Finalement, que l’on soit clown ou chenille, il faut aller au-delà des grimes ou de la coquille pour regarder l’intérieur et découvrir ce que l’autre est en train de devenir. Si l’on veut aimer les papillons, il faut aimer les chenilles. En chacun de nous, clown ou non – d’ailleurs, chacun l’est à sa manière – il y a une personne en gestation et il faut aimer aussi la carapace si l’on veut toucher le fond du cœur. Dieu, en tous cas, nous aime chenille pour nous faire devenir papillon.”

Bernard Hubler.

 

Le cocon

Entre deux branches d’arbre, dans un creux, un cocon. Un homme l’observe. Il devine dans cet œuf une ouverture minuscule qui ressemble à un ongle d’écorce. Un papillon, bientôt, va naître. L’homme le voit qui s’insinue par ce trou trop menu pour lui, et qui s’efforce, et qui s’échine, un millimètre après un autre, et qui semble tant s’épuiser qu’il s’arrête, à demi sorti.

« La pauvre bête n’en peut plus, se dit l’homme. Je vais l’aider. » De la pointe de son canif il élargit la porte étroite. Le papillon, d’une poussée, vient au monde enfin, se délivre, mais son corps est gonflé, pesant, et ses ailes sont trop petites, elles paraissent ratatinées. L’homme pense qu’elles vont bientôt se déployer, et que ce ventre qui se traîne, obèse, disgracieux, va perdre ce poids qui l’encombre, mais non, le papillon est informe à jamais.

L’homme ne savait pas que l’insecte, pour vivre, avait besoin de son combat, que son effort exténuant contre l’exiguïté du seuil poussait le liquide du corps vers les ailes encore chétives pour leur donner leur force, leur exacte beauté, leur juste dimension. Il avait cru bien faire, comme nous qui voulons aplanir les obstacles devant les pas de nos enfants. Ils n’en seront pas plus heureux et risquent d’en rester infirmes. La loi de nature le dit.

 

Le destin à pile ou face

Le général japonais Nabunaga décida de passer à l’attaque, même s’il n’avait qu’un soldat contre dix chez l’ennemi. Il était sûr de gagner, mais ses soldats en doutaient fort.

Sur la route du combat, on s’arrêta à un sanctuaire Shinto. Après avoir prié dans le sanctuaire, Nabunaga sortit et dit : “Maintenant, je vais lancer une pièce de monnaie : face, nous vainquons ; pile, nous perdons. Le destin va maintenant révéler son jeu.”

Il lança la pièce : ce fut face. Les soldats eurent tellement envie de gagner qu’ils remportèrent facilement la victoire.

Le lendemain, un officier dit à Nabunaga : “Personne ne peut influencer le jeu du destin.”

- “Oui, c’est vrai”, dit Nabunaga, pendant qu’il lui montrait une pièce de monnaie avec une face de chaque côté. Qui fait le destin ?

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Recueil 5

Posté par rtireau le 20 août 2014

marron

 

L’espoir

L’espoir,

ça vient d’on ne sait où, ça va plus loin que nous.

L’espoir,

ça nous colle à la peau, ça nous enracine au ciel, ça nous enlace les bras et les mains.

L’espoir,

ça nous étouffe à en crever, à en crier, à en vivre, à en vivre sans fin.

Fragile, si fragile, comme la fleur de blés, il ensemence nos chemins,

il nourrit nos après-demain et fait éclater nos rires plus loin que la terre.

Écrit en rouge sur les murs des prisons, il se nomme LIBERTÉ.

Écrit en noir sur les portes des princes, il se nomme JUSTICE.

Écrit en bleu sur le gris de nos villes, il se nomme HORIZON.

Écrit en blanc sur les robes des filles, il se nomme PRINTEMPS.

Écrit en rose sur les fleurs de nos mains, il se nomme FRATERNITÉ.

Écrit en transparence dans les yeux des enfants, il se nomme VIVRE.

Écrit en arc-en-ciel sur le soleil couchant, il se nomme DEMAIN.

Michel Scouarnec

L’homélie du jour

Un jeune moine était en train de laver sa salade quand un frère l’aborda qui, voulant le mettre à l’épreuve, lui demanda :

- Sauras-tu me répéter ce que l’ancien a dit dans l’homélie de ce matin ?

- Je ne me souviens plus, avoua le jeune homme.

- Pourquoi donc écoutes-tu l’homélie, si tu ne te la rappelles plus ?

- Regarde, frère. L’eau lave la salade, cependant, elle ne reste pas dans les feuilles ; pourtant, ma salade est parfaitement lavée.

 

L’objet brillant

Ecoutez la petite histoire du paysan qui trouve quelque chose qui brille dans son champ.

Il ramasse l’objet et le ramène chez lui. Sa femme est éblouie comme lui. Vient la question : qu’allons nous en faire ? C’est un trésor, je vais le cacher dans le coffre secret. Il prend l’étoile, la range dans la boite, mais celle-ci semble se ternir, devenir transparente, disparaître. Affolé il appelle sa femme : reprends vite le trésor, il n’aime pas qu’on l’enferme. Elle le pose sur la cheminée. Il retrouve un peu de vigueur mais reste terne. Il le pose près de la fenêtre. Il retrouve des couleurs, mais pas l’éclat qu’il avait en plein champ. La femme propose de le poser sur le rebord de la fenêtre. L’homme se rebelle : on va nous le prendre ! Pas question !

Le trésor se fane. La femme insiste, le prend, le dépose délicatement : le trésor retrouve tout son éclat. Les enfants du quartier aiment venir l’admirer, il éclaire leurs jeux tard le soir quand le soleil s’est couché, il semble veiller sur chacun, même dans le profond sommeil de la nuit… étoilée.

 

L’oiseau ensanglanté

J’aime raconter le rêve que fit, une nuit, un écrivain chrétien des premiers siècles. Des myriades d’oiseaux voletaient sous un filet tendu au-dessus du sol. Sans cesse, ils tentaient de s’envoler, heurtaient le filet, et retombaient par terre. Ce spectacle était accablant de tristesse… Mais voici qu’un oiseau, jeune et vigoureux, s’élança à son tour : quand il se cogna contre le filet, il s’obstina à lutter avec les mailles, et soudain, blessé, couvert de sang, il les rompit et s’envola vers l’azur. Un cri strident s’éleva parmi le peuple des oiseaux. Dans un bruissement d’ailes innombrables, ils se précipitèrent, à travers la brèche, vers l’espace sans limites.

L’oiseau ensanglanté, c’est Jésus. Tout au long de ses chemins, au milieu de son peuple, il avait annoncé une vie autre, illuminée par la bonté de Dieu et l’amour entre les hommes. Dans une société cloisonnée, il allait vers les pauvres, les méprisés, les malades et les exclus. Il faisait tomber les barrières que dresse l’argent, les préjugés, la suffisance des puissants. A tous, il annonçait, par ses actes autant que par ses paroles, la tendresse du Père des cieux. Il changeait la vie et la mort même en gestes d’amour.

 

La boîte à sel

Les disciples de Jésus, c’est comme le sel. Le sel, c’est salé, ça a un goût spécial, ça se mélange à la soupe, ça lui donne du goût.

Cela existerait-il un sel qui aurait le goût de l’eau, qu’on pourrait mélanger à la soupe sans que cela se sente ? Cela ne servirait à rien ! Du sel comme ça serait bon pour la poubelle !

Les disciples de Jésus, nous les chrétiens, nous sommes comme le sel de la terre, c’est Jésus qui le dit. Il ne faut pas avoir peut d’être différents à cause de Jésus, pas avoir peur d’être mélangés aux autres.

On ne met pas la boîte à sel fermée dans la soupe ! Peut-être que des chrétiens entre leurs quatre murs, c’est comme une boîte à sel… Eh bien, il faut ouvrir la boîte.

 

La bougie de mariage    d’après une tradition d’Autriche 

Il était une fois une bonne fée, qui offrit à sa nièce, pour son mariage, une bougie. Rien d’extraordinaire, quoique….

La bougie fut posée dans le salon… Les mois passèrent, et, un jour, la jeune mariée trouva la bougie allumée. Par quelle bizarrerie la bougie était-elle allumée ? La jeune mariée tenta de l’éteindre mais en vain, la bougie restait allumée ! Elle en aurait bien parlé à son époux, mais justement, ces temps-ci, elle ne lui parlait plus. Ils étaient, comment dire, un peu fâchés, et c’était la première fois.

Le soir, alors que sa femme était déjà couchée, le jeune marié voulu éteindre la bougie. Par quelle bizarrerie la bougie restait-elle allumée ? Il en aurait bien parlé à sa femme, mais ces temps-ci, il ne lui parlait plus. Ils étaient un peu fâchés et c’était la première fois.

Quelques jours passèrent ainsi sans que les époux ne puissent en parler et la bougie restait toujours allumée ! Un soir, n’y tenant plus, ils finirent par se dire : “Tu as vu que la bougie est allumée ? – Oui. – Tu as essayé de l’éteindre ? – Oui . – Tu as réussi ? – Non.”  Ils étaient bien embarrassés !

Ils décidèrent de s’approcher ensemble de la bougie. Soudain, la bougie se mit à parler : “Les jours de soleil, laissez-moi éteinte ; les jours sombres, allumez-moi ! Lorsque vous voulez vous parler mais que vous ne trouvez pas les mots, allumez-moi ! Lorsque vous voulez vous prendre dans les bras mais que vous n’en n’avez pas la force, allumez-moi ! Approchez-vous, l’un contre l’autre, joue contre joue, d’un même souffle, éteignez-moi !”

Les jeunes mariés, un peu fâchés, se regardèrent à nouveau. Se rappelaient-ils la cause de leur fâcherie ? Pas vraiment ! Quoique, en faisant un petit effort… Les mots venaient plus facilement, les corps se rapprochaient, ils étaient déjà beaucoup moins fâchés. Ils furent bientôt joue contre joue pour souffler ensemble la bougie et, par quelle bizarrerie ? …. La bougie s’éteignit !

Nos jeunes mariés comprirent le message. Et depuis, il est de tradition d’offrir une bougie aux mariés. Une bougie qu’ils allument les jours où ça ne va pas et qu’ils éteignent ensemble après s’être réconciliés !

                                                                                  Texte écrit par Katell BODI

La chaise

Quand le Prêtre entra dans la chambre, il trouva le pauvre homme sur son lit. Il y avait une chaise à côté de lui, si bien que le Prêtre dit :

- Je crois que vous m’attendiez.

- Non, qui êtes-vous ? demanda le malade.

- C’est votre fille qui m’a appelé pour que je vienne prier avec vous. J’ai remarqué la chaise vide à côté de votre lit, j’ai cru que vous saviez que je viendrais.

- Ah oui, la chaise !

Et le malade continua :

- Je ne l’ai jamais dit à personne, mais j’ai passé toute ma vie sans savoir comment prier. A l’église j’ai toujours entendu parler de la prière : comment prier, les avantages que cela apporte. Mais tout ça me rentrait par une oreille et sortait par l’autre. Et je n’avais jamais aucune idée comment faire. Alors depuis très longtemps j’ai abandonné la prière. Mais il y a quatre ans, j’en ai parlé avec mon meilleur ami qui m’a dit : “Jean, le but de la prière c’est tout simplement d’avoir une conversation avec Jésus. Alors je te suggère ceci : tu t’assois sur une chaise et tu mets une chaise vide en face de toi. Avec foi tu regardes Jésus qui est assis en face de toi. Ce n’est pas de la folie puisque Jésus a dit : « Je serai toujours avec toi. »” Donc je lui parlais et je l’écoutais, de la même façon que vous le faites avec moi aujourd’hui. C’est ce que j’ai fait, et j’ai tellement aimé ça que j’ai continué environ deux heures par jour. Je fais toujours très attention à ce que ma fille ne me voit pas car elle me ferait interner.

Le prêtre ressentit une grande émotion et dit à Jean que c’était une bonne chose, ce qu’il faisait, et surtout qu’il fallait continuer. Il pria alors avec lui, lui donna une bénédiction et s’en retourna chez lui.

Deux jours plus tard la fille de Jean annonça au prêtre le décès de son père. Le prêtre demanda :

- Est-il mort en paix ?

- Oui, quand j’ai quitté la maison au début de l’après-midi, il m’a appelé et je suis allé le voir. Il m’a dit qu’il m’aimait et m’a embrassée. Quand je suis revenue après quelques courses, une heure plus tard, je l’ai trouvé mort. Mais une chose est étrange : apparemment, juste avant sa mort, il a rapproché la chaise de son lit et y a posé sa tête. C’est comme ça que je l’ai trouvé. Qu’est-ce que cela peut bien signifier ?

Le prêtre profondément ému, sécha ses larmes et répondit :

- Souhaitons que nous puissions tous partir d’une façon aussi sereine.

 

La consolation

Une petite fille revenait de la maison voisine, où la fille de huit ans venait de mourir de manière tragique.

- Pourquoi y es-tu allée ? lui demanda le père.

- Pour consoler sa maman !

- Et que pouvais-tu bien faire, toi si petite, pour la consoler ?

- Je suis montée sur ses genoux et j’ai pleuré avec elle !

 

La corde invisible

Un paysan avec 3 de ses ânes se rendait au marché pour vendre sa récolte. La ville était loin et il lui faudrait plusieurs jours pour l’atteindre.

Le premier soir, il s’arrête pour bivouaquer non loin de la maison d’un vieil ermite. Au moment d’attacher son dernier âne, il s’aperçoit qu’il lui manque une corde. Si je n’attache pas mon âne se dit-il, demain, il se sera sauvé dans la montagne! Il monte sur son âne après avoir solidement attaché les 2 autres et prend la direction de la maison du vieil ermite.

Arrivé, il demande au vieil homme s’il n’aurait pas une corde à lui donner. Le vieillard n’avait pas la moindre corde, cependant, il s’adressa au paysan et lui dit : “Retourne à ton campement et comme chaque jour fait le geste de passer une corde autour du cou de ton âne et n’oublie pas de feindre de l’attacher à un arbre. »

Perdu pour perdu, le paysan fit exactement ce que lui avait conseillé le vieil homme. Le lendemain dès qu’il fût réveillé, le premier regard du paysan fût pour son âne. Il était toujours là ! Après avoir chargé les 3 baudets, il décide de se mettre en route, mais là, il eut beau faire, tirer sur son âne, le pousser, rien n’y fit. L’âne refusait de bouger. Désespéré, il retourne voir l’ermite et lui raconte sa mésaventure.

« As-tu pensé à enlever la corde ? » lui demanda-t-il.

« Mais il n’y a pas de corde ! » répondit le paysan.

« Pour toi oui mais pour l’âne… »

Le paysan retourne au campement et d’un ample mouvement, il mime le geste de retirer la corde. L’âne le suit sans aucune résistance.

Ne nous moquons pas de cet âne ! Nous pouvons être nous-aussi esclaves de nos persuasions et de nos habitudes… comme si une corde invisible nous empêchait de vivre et de nous épanouir.

 

La couverture partagée

Guillaume le marchand, dont la panse attestait l’aisance, remit entre les mains de son fils Gauthier tout son bien, pour le bien marier à la fille d’un noble sans fortune. Gauthier jura qu’il prendrait soin de son père jusqu’à sa mort, sans le laisser manquer de rien.

Un enfant naquit. Les années passèrent.

Guillaume le marchand avait perdu sa panse. Il portait en tremblant sa cuillère à la bouche. Assis sur le banc de la cheminée, il suivait au fil des heures, de son regard noyé, les allées et venues de la maisonnée.

- Combien de temps faudra-t-il encore supporter ce vieillard inutile et dégoûtant ? répétait l’épouse de Gauthier qui ne cessait de le rudoyer. Gauthier finit par entendre sa femme. Il chassa son père de chez lui.

- Donne-moi quelque chose à manger, supplia celui-ci.

- …

- Laisse-moi au moins emporter une couverture. Que j’aie moins froid… Seulement une de tes couvertures de cheval.

Pour se défaire de lui, Gauthier ordonna à son jeune fils d’aller chercher une des couvertures de son cheval noir, la plus neuve et la plus belle. L’enfant la coupa en deux. Il en donna la moitié à son grand-père.

- Comment, lui dit son père, n’as-tu pas honte ! Donne-la lui tout entière.

- Non, répondit l’enfant. J’en garde la moitié pour toi, quand tu seras vieux.

Gauthier reprit son père chez lui et le soigna fidèlement jusqu’à la fin de ses jours.

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