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Recueil 12

Posté par rtireau le 9 novembre 2014

vert

Les outils

Il y avait une fois, il y a bien longtemps, dans un petit village de Suède, un atelier de charpentier. Un jour que le maître était absent, les outils se sont réunis sur l’établi. Ils ont discuté très longtemps pour savoir lesquels des outils on devait supprimer.

- Je sais, dit un outil, il faut supprimer la scie parce qu’elle mord, elle grince et elle a le caractère grincheux.

Un autre dit :

- Nous ne pouvons pas garder le rabot parmi nous. Il a le caractère tranchant et il épluche tout ce qu’il touche.

- Quant au marteau, dit un troisième, je lui trouve un caractère assommant et en plus il cogne et nous tape sur les nerfs.

- Et les clous ? Peut-on vivre avec des outils aussi pointus ? Il faut qu’ils s’en aillent!

- Et la lime ? Et la râpe ? On se frotte toujours avec elles, on se dispute.

- Et le papier de verre ? Il est toujours en train de nous froisser !

Tout le monde parlait à la fois. Chacun accusait l’autre des pires choses si bien qu’à la fin, personne n’avait sa place dans l’atelier.

Il y avait beaucoup de bruit jusqu’au moment où le maître est revenu dans son atelier.

Sans rien dire, il a pris une planche et la scia avec la scie qui grince. Puis il la rabota avec le rabot qui tranche et qui épluche tout ce qu’il touche. Il utilisa la lime et la râpe qui frottent puis  le papier de verre qui froisse.  Le charpentier prit encore le marteau qui cogne et les clous pointus.  Finalement il se servi de tous ces outils au mauvais caractère et fit un berceau très beau, très doux pour accueillir l’enfant à naître, pour accueillir la vie.

 

Les personnes sont des cadeaux

Les gens sont des cadeaux que le Père a enveloppés pour nous les envoyer. Certains sont magnifiquement enveloppés. Ils sont très attrayants, dès le premier abord. D’autres sont enveloppés de papier très ordinaire. D’autres ont été malmenés par la poste. Il arrive parfois qu’il y ait une “distribution spéciale.” Certains sont des cadeaux dont l’emballage laisse à désirer. D’autres dont l’emballage est bien fait. Mais l’emballage n’est pas le cadeau ! C’est si facile de faire l’erreur, et nous rions quand les enfants prennent l’un pour l’autre. Parfois le cadeau est très facile à ouvrir. Parfois il ne l’est pas. Il faut alors se faire aider. Peut-être parce qu’ils ont été déjà ouverts et rejetés ! Ou bien se pourrait-il que le cadeau ne me soit pas destiné ?

Je suis une personne et donc moi, je suis un cadeau ! Un cadeau pour moi-même d’abord. Le Père m’a donné à moi-même. Ai-je déjà regardé à l’intérieur de l’emballage ? Ai-je peur de le faire ? Peut-être n’ai-je jamais accepté le cadeau que je suis. Pourrait-il se faire qu’il y ait à l’intérieur quelque chose de différent de ce que je m’imagine ? Je n’ai peut-être jamais vu le cadeau merveilleux que je suis. Les cadeaux du Père pourraient-ils être autre chose que magnifiques ?

J’aime les cadeaux que je reçois de ceux qui m’aiment, pourquoi pas les cadeaux du Père ? Je suis un cadeau pour les autres. Est-ce que j’accepte d’être donné par le Père aux autres ? Les autres doivent-ils se contenter de l’emballage ? Sans jamais pouvoir apprécier le cadeau.

Toutes les rencontres sont des échanges de cadeaux. Mais un cadeau sans quelqu’un qui le donne n’est pas un cadeau. C’est une chose privée de liens avec celui qui donne ou celui qui reçoit.

Un ami est un cadeau, pas seulement pour moi, mais aussi pour les autres à travers moi. Quand je garde mon ami, quand je me l’approprie, je détruis sa nature de cadeau. Si je le mets de côté pour moi, c’est alors que je le perds. Si je le donne aux autres, je le garde. Les gens sont des cadeaux reçus ou donnés, comme le Fils. L’amitié est la réponse des personnes-cadeaux au Père qui donne. L’amitié est Eucharistie, action de grâce !

 Jean Vermette, Paraboles pour aujourd’hui

 

Les quatre bougies

Les quatre bougies brûlaient lentement. L’ambiance était tellement silencieuse qu’on pouvait entendre leur conversation.

La première dit : « je suis la paix ! Cependant, personne n’arrive  à me maintenir  allumée. Je crois que je vais m’éteindre. » Sa flamme diminua rapidement, et elle s’éteignit complètement.

La seconde dit : « je suis la foi ! Dorénavant je ne suis plus indispensable, cela n’a pas de sens que je reste allumée plus longtemps. » Quand elle eut fini de parler, une brise souffla sur elle et l’éteignit.

Triste, la troisième bougie se manifesta à son tour : « je suis l’amour ! Je n’ai pas de force pour rester allumée. Les personnes me laissent de côté et ne comprennent pas mon importance. Elles oublient même d’aimer ceux qui sont proches d’eux. » Et, sans plus attendre, elle  s’éteignit.

Soudain, un enfant entre et voit les trois bougies éteintes. « Pourquoi êtes-vous éteintes ? Vous deviez être allumées jusqu’à la fin. » En disant cela, l’enfant commença à pleurer.

Alors, la quatrième bougie parla : « n’aie pas peur, tant que j’ai ma flamme nous pourrons allumer les autres bougies,  je suis l’espérance! »

Avec des yeux brillants, l’enfant prit la bougie de l’espérance… et alluma les autres.

Que la flamme de l’espérance ne s’éteigne jamais à l’intérieur de vous ! …

 

Les trois tamis

Un jour, quelqu’un vint trouver Socrate et lui dit :

- Il faut que je te raconte comment ton ami s’est conduit.

- Un instant ! dit le sage. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?

- Quels tamis ?

- Le premier est celui de la vérité. As-tu contrôlé si ce que tu veux me raconter est vrai ?

- Non, je l’ai entendu raconter.

- Bien, bien ! Mais sans doute l’as-tu fait passer à travers le deuxième tamis, celui de la bonté ? Ce que tu veux me raconter, si pas tout à fait vrai, c’est au moins quelque chose de bon ?

- Heu, non, au contraire.

- Essayons encore le troisième tamis : voyons s’il est utile de me raconter ce que tu as envie de dire.

- Utile ? Pas précisément.

- Eh bien, dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n’est  ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir. Et quant à toi, je te conseille de l’oublier.

 

Logique

Ton Christ est juif, ta voiture est japonaise, ta pizza est italienne et ton couscous algérien, ta démocratie est grecque, ton café est brésilien, ta montre est suisse, ta chemise est indienne, ta radio est coréenne, tes vacances sont turques, tunisiennes ou marocaines, tes chiffres sont arabes, ton écriture est latine, et… tu reproches à ton voisin d’être étranger !

 

Menacé de résurrection

On dit que je suis menacé de mort. Peut-être. Quoi qu’il arrive, je suis dans la paix. S’ils me tuent, ils ne me prendront pas la vie. Je l’emporterai avec moi, sur le dos, telle la besace d’un berger. Il en faut plus pour m’émouvoir ; car depuis mon enfance, quelqu’un m’a soufflé à l’oreille une vérité solide comme le roc, qui est en même temps une invitation à l’éternité : “Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps mais ne peuvent pas tuer la Vie.”

La vie, la vraie vie, s’est fortifiée en moi quand j’ai appris à lire l’Evangile : le mouvement de résurrection commence avec la première ride qui se dessine sur le visage, avec la première tache de vieillesse apparaissant sur nos mains, avec le premier cheveu blanc, surpris un jour dans la griffe du peigne, avec le premier soupir de nostalgie devant un monde qui change et s’éloigne soudain de nos yeux. Ainsi commence la résurrection, non pas ce quelque chose d’incertain que d’aucuns appellent “l’autre vie”, mais la vie “autre”.

On dit que je suis menacé de mort. De mort corporelle, qui n’est pas “menacé de mort” depuis sa naissance ? “Menacé de mort”, et alors ? Si cela est, je leur pardonne d’avance. Que ma croix soit une parfaite géométrie d’Amour, et qu’elle me permette de continuer à aimer, à parler, à écrire,  et à faire sourire, de temps en temps, tous mes frères, les hommes.

Je suis “menacé de mort.” Il y a dans cet avertissement une erreur profonde. Ni moi, ni personne, ne sommes “menacés de mort”. Nous sommes “menacés de vie”, “menacés d’espérance”, “menacés d’Amour”. Nous nous trompons, chrétiens, nous ne sommes pas menacés de mort ; nous sommes “menacés de résurrection.” Christ est le chemin, la vérité, la vie surtout,  même s’il est crucifié au sommet de la décharge du monde…

                                   Un guatémaltèque.

 

Mes relations avec le Seigneur

“Mes relations avec le Seigneur étaient assez bonnes. Je lui demandais des choses, je conversais avec lui, je chantais ses louanges et lui rendais grâce. Mais tout le temps, j’avais la sensation désagréable  qu’il voulait que je le regarde dans les yeux. Et cela, je ne l’osais pas. Je lui parlais, certes, mais j’évitais son regard, dès que je sentais qu’il me fixait.

J’évitais son regard, et je savais bien pourquoi : j’avais peur ! Je craignais d’y découvrir une accusation pour quelque faute non regrettée ; je croyais y découvrir quelque exigence, ou une chose qu’il attendait vraiment de moi.

Or, un beau jour, j’ai pris mon courage à deux mains, et je l’ai regardé ! Il n’y avait aucune accusation ni aucune demande ; les yeux du Seigneur me disaient simplement : “Je t’aime !”. J’ai fixé longuement ces yeux et je les ai scrutés ; mais toujours l’unique message était : “Je t’aime !” Ensuite, comme Simon-Pierre, je suis sorti et je me suis mis à pleurer.”

                                   extraits du livre d’Anthony de Mello          

 

Mon nom sur l’invitation

Le Christ a dit : “Venez à moi, vous tous qui peinez et portez de lourds fardeaux et je vous donnerai le repos.” Cela n’était pour moi que des mots magnifiques, sans plus, jusqu’à ce que j’aie réalisé que mon nom était écrit sur l’invitation.

 

 Mon tailleur

Quel est l’homme le plus intelligent que je connaisse ? Ce n’est pas à une grave recherche que je vous invite , car il s’agit tout simplement de mon tailleur. Et pourquoi donc ? En vérité, mon tailleur, chaque fois qu’il me rencontre, reprend mes mesures, tandis que les autres m’ont mesuré une fois pour toutes et ne prennent jamais le temps de reprendre mes mesures !

                                                          George Bernard ShawMurphy

 

Ne méprise pas le corps du Christ (Jean-Chrysostome, 354-407)

Veux-tu honorer le Corps du Christ ? Ne commence pas par le mépriser quand il est nu. Ne l’honore pas ici avec des étoffes de soie, pour le négliger dehors où il souffre du froid et de la nudité. Car celui qui a dit : “Ceci est mon corps” est le même qui a dit : “Vous m’avez vu affamé et vous ne m’avez pas nourri.”

Quelle utilité à ce que la table du Christ soit chargée de coupes d’or, quand il meurt de faim ? Rassasie d’abord l’affamé et orne ensuite sa table. Tu fabriques une coupe d’or et tu ne donnes pas une coupe d’eau. En ornant sa maison, veille à ne pas mépriser ton frère affligé : car ce temple-ci est plus précieux que celui-là.

Qui pratique l’aumône exerce une fonction sacerdotale. Tu veux voir ton autel ? Cet autel est constitué par les propres membres du Christ. Et le corps du Seigneur devient pour toi un autel. Vénère-le. Il est plus auguste que l’autel de pierre où tu célèbres le saint Sacrifice. Et toi tu honores l’autel qui reçoit le corps du Christ et tu méprises celui qui est le corps du Christ. Cet autel-là, partout il t’est possible de le contempler, dans les rues et sur les places ; et à toute heure tu peux y célébrer ta liturgie.

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Recueil 9

Posté par rtireau le 2 septembre 2014

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Christ n’a pas de mains

Christ n’a pas de mains, il n’a que nos mains pour faire son travail aujourd’hui.

Christ n’a pas de pieds, il n’a que nos pieds pour conduire les hommes sur son chemin.

Christ n’a pas de livres, il n’a que nos livres pour parler de lui aux hommes.

Christ n’a pas d’aide, il n’a que notre aide pour mettre les hommes à ses côtés.

Nous sommes la seule Bible que le public lit encore.

Nous sommes le dernier message de Dieu écrit en actes et en paroles.

 

Jeune moine populaire

Dans un monastère situé sur les bords de la mer Rouge, arriva un jour un jeune moine qui s’attira rapidement la sympathie de tous si bien que, ou peut-être à cause de cela, il en fut un peu infatué.

- Comment est possible un tel engouement ? demanda un ancien à l’higoumène Aspase.

Celui-ci répondit : “Les bouteilles à moitié vides font plus de bruit que les pleines.”

 

Le facteur

Chamal est un petit garçon de 7 ans, un petit Sri-Lankais, aux cheveux noirs de jais, aux grands yeux brillants dans un joli visage bistré. Sa famille est arrivée en France après mille péripéties, chassée par le conflit sans fin qui épuise son pays depuis 50 ans : conflit ethnique, linguistique, religieux, politique… Lui est venu, il y a seulement deux ans, pour vivre chez sa tante après avoir perdu son papa. Une trop longue histoire déjà pour ce petit garçon vif et intelligent, mais qui a quelquefois de longs moments pensifs.

En un an à peine, il a appris à parler parfaitement le français, avec cette merveilleuse capacité qu’ont les enfants de s’adapter rapidement à tout, partout. De temps en temps, il vient me voir, car sa tante, qui travaille chez nous, souhaite que quelqu’un jette un œil sur ses cahiers d’écolier, chose que personne ne peut faire à la maison.

On travaille un peu. Puis on bavarde, puis on revient au cahier, puis il essaye de m’apprendre à jouer avec les jetons de pokémon (c’est bien difficile !). Entre temps, il regarde, regarde partout, avec la curiosité des enfants de son âge. Il regarde aux murs les images, le crucifix… C’est tellement nouveau pour lui, qui est de tradition bouddhiste ! Et un jour, après un long silence, il me demande tout à trac :

• « Il est gentil, ton Dieu ? » Surpris, je réponds :

• « Oh oui ! Très gentil… » Et je lui retourne la question :

• « Et toi, il est gentil ton Dieu ? » Il réfléchit longuement et finit par répondre : « Je ne sais pas ! » … Je reprends : « Mais oui, il est gentil aussi puisque c’est le même que le mien !… » Dans ses grands yeux noirs, il y a tout l’étonnement, toute l’incompréhension du monde.

A ce moment, on sonne. C’est le facteur. Quand nous sommes de nouveau tous les deux, je lui explique : « Tu vois, le facteur, si tu l’avais rencontré dans la rue, tu aurais dit : c’est un facteur. Moi, je dis : c’est le facteur, c’est mon facteur. Quand il va rentrer à la poste, les autres facteurs vont dire : c’est notre copain. A la maison, sa femme dit : c’est mon mari. Et les enfants : c’est papa. Et pourtant, c’est bien toujours la même personne. Mais chacun le voit à sa manière… »

Je n’étais pas tellement sûr que mon explication soit des meilleures et des plus adaptées. Mais un mois plus tard, alors que nous étions plongés dans un difficile problème d’achat de pommes et de monnaie à rendre, on sonne à la porte. Je ne bougeais pas car je savais qu’il y avait quelqu’un d’autre pour ouvrir. Alors Chamal très gravement me dit : « C’est peut-être le facteur ?… » Et, songeur, il regarde longuement le crucifix…

Perjean                      

 

Le festin du Seigneur

Le village au pied du château venait tout juste de se réveiller quand retentit sur la grand’place la voix du héraut seigneurial :

- Notre Seigneur bien-aimé invite tous ses bien-aimés sujets à partager avec lui un festin pour son anniversaire. Une heureuse surprise les y attend. Il leur demande toutefois d’avoir la grande gentillesse d’apporter un peu d’eau pour remplir le bassin du château qui est à sec…

Et faisant volte face, le héraut entouré de ses gardes reprend le chemin du castel seigneurial.

Les commentaires fusent bon train, mais sur des modes fort divers…

- Pffh… Il a bien assez de domestiques pour faire remplir son bassin. Je lui monterai un verre, ce sera largement suffisant !

- Que non ! Il a toujours été bon et généreux ! Je lui apporterai un plein tonneau !

Et au matin du jour dit, on voit un étrange cortège monter du village vers le château. Les uns poussent de toutes leurs forces de grosses futailles, ou ahanent en portant des seaux pleins à ras-bord. D’autres, moqueurs, portent une carafe ou un petit verre sur un plateau.

Entrés dans la cour intérieure, chacun vide son récipient dans le bassin central, le dépose au vestiaire et se dirige joyeusement vers la salle du banquet.

Rôtis et vins, danses et chants, lorsque le soir arrive, le Seigneur remercie chacun d’un mot aimable et se retire dans ses appartements.

“Et la surprise promise ?” Désappointement des grincheux. Joie heureuse des bons sujets : “Notre maître vient de nous donner le meilleur festin qui soit !” Et chacun, avant de repartir, passe prendre son récipient.

Lorsque des cris éclatent, explosent de plus en plus fort en provenance du vestiaire. Cris de joie et cris de rage. Les récipients étaient remplis à ras-bord de pièces d’or !

- Ah ! Que n’ai-je apporté davantage d’eau…                     

 

Le fil à noeuds

Un vieux rabbin racontait : chacun de nous est relié à Dieu par un fil. Et Lorsqu’on commet une faute, le fil est cassé. Mais lorsqu’on regrette sa faute, Dieu fait un nœud au fil.

Du coup, le fil est plus court qu’avant. Et le pécheur est un peu plus près de Dieu !

Ainsi, de faute en repentir, de nœud en nœud, nous nous rapprochons de Dieu.

Finalement, chacun de nos péchés pardonnés est l’occasion de raccourcir d’un cran la corde à nœuds et d’arriver plus vite près du cœur de Dieu.

Tout est grâce, même les péchés. Génial ! …

 

Le juge

Voici venir l’heure où tout sera accompli tous les humains de tous les temps sont réunis au pied du trône où l’on attend le juge. Crainte et tremblement, comme tu penses. On attend, on attend, et il ne vient pas. Alors les gens commencent à se fatiguer, les vieux, les enfants, les femmes enceintes. Et certains des plus valides en profitent pour se pousser auprès du trône, être dans les premiers servis, se faire voir, se faire valoir. Et d’autres, émus de compassion – comme tu l’es si souvent – viennent en aide aux défaillants. Mais ils s’écartent, ils s’éloignent, on leur prend leur place.

Et ils s’en inquiètent et ils se demandent s’ils reviendront à temps et ils ne cessent pourtant pas d’aider, soigner, nourrir et conforter. Et les voici entraînés loin, loin, hors de la salle superbe et solennelle, et les voici perdus sur je ne sais quelle route, dans le désert.

Alors vient à eux le plus pauvre et le plus dolent des hommes. Et ce pauvre lève le regard et dit : « C’est moi qui suis le juge, mon frère! » Et les autres pendant ce temps, attendent, attendent devant le trône vide et qui le restera à jamais.

 

Le lieu où Dieu habite

Un jour, de savants personnages s’interrogeaient sur le lieu où Dieu habite. L’un d’entre eux dit : dans la nature, bien sûr. Le vieux sage du groupe sourit, hochant la tête d’un signe négatif. Le juif qui était là répondit alors : dans le Temple, sans aucun doute. Ce que s’empressa de corriger le musulman : dans les mosquées, évidemment. Le chrétien se sentit obligé de dire : je crois que c’est dans les églises. Mais le vieux sage n’était toujours pas d’accord. Finalement il dit : Dieu est partout où tu le laisses entrer.

Mais un sage peut toujours rencontrer plus sage que lui. Ainsi, notre ami croisa un jeune homme qui allait se promener dans les bois. Que vas-tu y faire ? demanda-t-il. « Rencontrer Dieu », répondit le jeune. « Mais Dieu est partout », fit évidemment remarquer le vieux sage. Et le jeune de répondre : « Oui, Dieu est partout, mais moi, je ne suis pas partout le même. C’est dans la forêt que je lui ouvre le plus facilement ma porte. »

 

 Le moment où le jour se lève

Il fait encore nuit. Quelques hommes sont assis dehors dans l’attente du jour ; un vieux sage est entouré de ses disciples. Et le sage interroge :

- “A quoi pouvons-nous reconnaître le moment où la nuit s’achève et où le jour se lève ?”

Un disciple prend la parole :

- “C’est lorsque les étoiles disparaissent dans le ciel et que la terre est caressée par les premières lueurs du soleil.”

- “Non”, répond le maître.

- “Alors c’est lorsque l’on peut sans peine distinguer de loin un chien d’un mouton.”

- “Non”, dit encore le maître.

- “Mais alors quand est-ce donc ?” demandent ensemble les disciples.

Et le vieux sage, après un temps de silence, répond :

- “Tu reconnaîtras le moment où le jour se lève lorsque, regardant le visage de n’importe quel homme, tu reconnaîtras en lui ton frère. Jusque là, il fait encore nuit dans ton cœur. Car la lumière ne vient pas du ciel. Quand elle naît, c’est du cœur de l’homme.”

Non, la lumière n’est pas à guetter le ciel, depuis le jour où, à Bethléem, elle était au cœur de l’enfant de lumière. Depuis ce jour et pour toujours, nous savons qu’elle peut jaillir du cœur de l’homme qui vit sur cette terre. Noël nous invite à nous tourner vers notre terre pour chercher la lumière.

Cité par le P. Loew

 

Le mystère de l’attaché-case

Pedro avait seize ans. Mais à en juger d’après sa carrure frêle et sa voix fluette, on lui en aurait donné douze. Les copains n’étaient pas tendres avec lui : « Bonzaï », « nabot » et « no-biceps » étaient les surnoms les plus fréquents… Pedro se voulait imperturbable sous cette pluie de quolibets (« qui tombe sur le parapluie de mon indifférence », disait-il), mais ce n’était sans doute qu’une apparence.

Depuis quelque temps, Pedro se promenait avec un attaché-case qui lui donnait l’air d’un homme d’affaires. Il ne s’en séparait jamais. La nuit, il le glissait sous sa couverture ; à table, il le coinçait entre le dossier de sa chaise et lui. À certains moments de la journée, il s’écartait des autres, leur tournait le dos, et ouvrait sa mallette avec un luxe de précautions, comme pour y consulter des trésors…

En tête à tête, l’aumônier du home se risqua à lui demander :

- Qu’est-ce qu’il y a donc à l’intérieur?

Silence gêné. L’animateur insiste amicalement.

- Tu me promets de ne rien dire ? Plaide Pedro, qui accepte enfin d’ouvrir son mystérieux attaché-case.

A l’intérieur, il n’y a rien.

- Oui, c’est vide… et alors ? Tant qu’ils voient cette mallette fermée, ils croient qu’elle contient des choses, explique Pedro.

On a tous besoin d’être important aux yeux des autres. N’est-ce pas normal ? Et quand on est humilié, il faut parfois redoubler d’astuce.

 

Le paquet de biscuits

Une jeune femme attendait l’embarquement de son vol dans un grand aéroport. Comme elle disposait de temps, elle acheta un livre et aussi un paquet de biscuits. Elle gagna la salle VIP de l’aéroport où elle s’installa dans un bon fauteuil. A côté du fauteuil où se trouvait le paquet de biscuits, un homme ouvrit son magazine et se mit à lire.

 

Lorsqu’elle prit un premier biscuit, l’homme assis à proximité fit de même. Elle se sentit irritée par ce comportement, mais elle ne dit rien, se contentant de penser : “Quel sans-gêne celui-là, il ose se servir dans mon propre paquet !”  À chaque biscuit qu’elle prenait, l’homme en prenait un aussi. Cela la mettait dans tous ses états, mais elle ne voulait pas faire d’esclandre. Lorsque qu’il ne resta qu’un seul biscuit, elle pensa : “Et que va t-il faire maintenant, ce profiteur ?” L’homme prit le dernier biscuit, le brisa en deux et lui tendit la moitié. Décidément, il avait dépassé les bornes ! Elle était hors d’elle-même !

En un éclair, elle prit son livre et ses affaires, se leva d’un bond et sortit en trombe pour se rendre au guichet d’embarquement. Lorsqu’elle prit possession de son siège à l’intérieur de l’avion, elle ouvrit son sac à main et, à sa grande surprise, elle y découvrit… son paquet de biscuits, intact et non-ouvert ! Elle se sentit tellement MAL !!! Elle réalisait à quel point elle s’était trompée. Elle avait oublié qu’elle avait glissé son paquet de biscuits dans son sac à main.

L’homme avait donc partagé ses biscuits avec elle, sans rancune ni appréhension. À présent, toute confuse, elle ne pouvait s’empêcher de penser à cet homme qu’elle n’aurait plus la chance de croiser pour s’excuser.

Il y a ainsi quatre choses que nous ne pouvons pas rattraper : la pierre, après l’avoir lancée, le mot, après l’avoir dit, l’occasion, après l’avoir perdue, le temps, lorsqu’il s’est enfui ! 

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Recueil 8

Posté par rtireau le 31 août 2014

vert

 

Le bénévole et le Yaqua

Le bénévole (activus benevolus) est un mammifère bipède qu’on rencontre surtout dans les associations, où il peut se réunir avec ses congénères. Les bénévoles se rassemblent à un signal mystérieux appelé “convocation”. On les rencontre aussi en petits groupes dans divers endroits, quelquefois tard le soir, l’œil hagard, le cheveu en bataille et le teint blafard, discutant ferme la meilleure façon d’animer une manifestation ou de faire des recettes supplémentaires pour boucler son budget. Le téléphone est un appareil qui est beaucoup utilisé par le bénévole et qui lui prend beaucoup de temps. Mais cet instrument lui permet de régler les petits problèmes qui se posent au jour le jour.

L’ennemi héréditaire du bénévole est le “Yaqua” (nom populaire dont les origines n’ont pu être à ce jour déterminées). Le yaqua est aussi un mammifère bipède, mais il se caractérise surtout par un cerveau très petit qui ne lui permet de connaître que deux mots : “Il n’y a qu’à”, ce qui explique son nom.

Le yaqua, bien abrité dans la cité anonyme, attend. Il attend le moment où le bénévole fera une erreur, un oubli, pour bondir et lancer son venin qui atteindra son adversaire et provoquera chez celui-ci une maladie très grave : le “découragement”. Les premiers symptômes de cette implacable maladie sont visibles rapidement : absence de plus en plus fréquentes aux réunions, intérêt croissant pour son jardin, sourire attendri devant une canne à pêche, et attrait de plus en plus vif qu’exercent un bon fauteuil et la télévision sur le sujet atteint.

Les bénévoles décimés par le découragement risquent de disparaître et il n’est pas impossible que dans quelques années on rencontre cette espèce uniquement dans les zoos où, comme tous ces malheureux animaux enfermés, ils n’arrivent plus à se reproduire. Les yaquas, avec leur petit cerveau et leur grande langue, viendront leur lancer des cacahuètes pour tromper l’ennui. Ils se rappelleront avec nostalgie le passé pas si lointain où le bénévole abondait et où on pouvait le traquer sans contrainte.

 

Le billet de vingt euros

Un conférencier commence son discours en brandissant un billet de vingt euros. Il demande à la cantonade :

- Qui voudrait ce billet ?

Dans l’assistance, une forêt de mains se lève. Le conférencier sourit :

- je vais donner ce billet à l’un d’entre vous. Mais laissez-moi d’abord lui prodiguer des soins un peu spéciaux.

Chiffonnant le billet, il en fait une boulette et reprend :

- Vous voulez toujours ce billet ? Que direz-vous si je le maltraite un peu plus ?

Jetant par terre le billet froissé, il l’écrase en sautant dessus à pieds joints.

- Y a-t-il encore un preneur ?

Évidemment, la foule des volontaires n’a pas baissé les bras.

- Mes amis, vous venez d’apprendre une leçon importante. Peu importe les traitements que j’inflige à ce billet : vous le voulez toujours parce que sa valeur n’a pas diminué. Il vaut toujours vingt euros ! Dans votre vie, il vous arrivera d’être froissés, rejetés, malmenés par les gens ou par les événements. Vous aurez l’impression que vous ne valez plus rien. Eh bien ! je vous le dis : vous aurez toujours le même prix ! Votre dignité ne tient pas à vos actes ni à ce qui vous arrive. Vous pourrez toujours vous relever d’une chute et poursuivre vos objectifs, parce que votre valeur sera intacte.

 

Le bol en bois

Un vieil homme fragile s’en alla demeurer avec son fils, sa belle-fille, et son petit-fils de quatre ans. Les mains du vieil homme tremblaient, sa vue était embrouillée et sa démarche chancelante. La famille était attablée ensemble pour le repas. Mais la main tremblante de grand-père et sa mauvaise vue rendait le repas peu agréable. Les pois roulaient par terre. Lorsqu’il prenait son verre, le lait se renversait sur la nappe. Ce qui vint à tomber sur les nerfs du fils et de la belle-fille.

« On doit faire quelque chose avec grand-père, » dit le fils, nous en avons assez du lait renversé, des bruits lorsqu’il mange et de ramasser la nourriture sur le plancher »

Alors, le fils et sa femme montèrent une petite table dans le coin. C’est là que grand-père ira manger pendant que le reste de la famille sera à la grande table. De plus, puisque que grand-père a cassé quelques assiettes, dorénavant il mangera dans un bol en bois.

Lorsque la famille regardait dans le coin, quelquefois ils pouvaient voir une larme sur les joues de grand-père qui était assis tout seul. En dépit de cela, les seuls mots que le couple avaient pour grand-père exprimaient la colère et les reproches lorsqu’il échappait une fourchette ou renversait sa nourriture par terre. Le jeune de quatre ans regardait tout cela en silence.

Un soir avant le souper, le père remarqua son fils qui jouait dans son atelier et il nota des copeaux de bois sur le plancher. Il demanda gentiment: « Qu’est tu en train de fabriquer ? »

Aussi gentiment le fils répondit : « Ah! Je fais un bol en bois pour toi et maman pour manger, lorsque je serai grand ! »

Les parents furent tellement surpris par ces paroles qu’ils étaient incapables de parler. Et puis quelques larmes coulèrent sur leurs joues. Ils ne disaient rien mais ils savaient quoi faire. Ce soir là, le fils prit grand-père par la main et l’amena gentiment à la table familiale. Pour le reste de ses jours, il prit ses repas avec la famille. Et le fils et sa femme ne se troublaient plus lorsque grand-père laissait échapper une fourchette, renversait son lait, ou salissait la nappe.

 

Le camion de vidanges

Un jour, un taxi m’amène à l’aéroport. Nous roulons à bonne allure lorsque soudainement une auto sortant de je-ne-sais-où vient nous couper, risquant de nous projeter dans le fossé. Comble de tout, ce type se met à engueuler mon conducteur de taxi et non l’inverse. Ce dernier se met à sourire à l’étranger et le salue de la main. Je n’en reviens pas.

Surpris de cette réaction, je lui dis : « Cet imbécile a failli ruiner votre auto et a même failli nous tuer, et tout ce que vous trouver à faire, c’est de le saluer ; je ne comprends pas. »

Alors, mon chauffeur se met à m’expliquer ce que j’appelle : La loi du camion de vidanges.

“Voyez-vous, me répondit-il, plusieurs personnes sont comme des camions de vidanges, elles sont pleines de vidanges, de frustrations, de désappointements et de rancœur accumulés.

Lorsque le camion est plein, elles le vident sur leur voisin ou sur le premier venu… dont vous et moi. Il ne faut pas le prendre personnellement. Souriez, saluez … et passez à autre chose. Ne remplissez pas votre propre camion pour ensuite le vider sur vos amis, parents et collègues de travail. La vie est trop courte pour se laisser atteindre par toutes sortes de distractions et de regrets inutiles. C’est la façon de penser des gagnants.”

Aimez les gens qui vous traitent bien et priez pour les autres.

 

Le chamois porte-musc

Un chamois bondissait de forêts en rochers, à la recherche d’un parfum entêtant qu’il ressentait comme un appel. Comme un enfant cherche l’écho, l’appelant ici, tandis que l’écho répond de l’autre côté du ravin, puis traverse le ravin et entend de ce côté le cri qui lui répond, ainsi fait le chamois porte-musc. Epuisé par sa longue course, il s’effondre et la poche de parfum, dont il ignorait la présence sur son propre corps, s’ouvrit et se répandit.

Ainsi en est-il pour nous, qui cherchons Dieu sur tant de chemins et oublions de Le reconnaître là où il n’a jamais cessé de nous donner rendez-vous, au cœur même de note cœur. “Ne cherche pas au-dehors le parfum de Dieu, pour périr dans la jungle de la vie, mais cherche ton âme, et, vois, Il sera là. Ne manque pas de Le sentir en toi.”

                                                                      poème hindou.

 

Le chat du guru

Lorsque, chaque soir, le guru s’assoyait pour la prière, le chat de l’ashram distrayait les priants. Aussi ordonna-t-il qu’on attache le chat durant la prière du soir.

Longtemps après la mort du guru, on continua d’attacher le chat durant la prière du soir. Puis, quand le chat finit par mourir, on amena un autre chat dans l’ashram, pour qu’il puisse être dûment attaché durant la prière du soir.

Des siècles plus tard, les disciples du guru écrivirent de savants traités sur le rôle essentiel d’un chat dans le bon déroulement de toute prière.

 

Le Château de sable

Au moment où la marée remontait, les animateurs proposèrent aux enfants de se diviser en quatre groupes. Chaque équipe devrait construire le plus rapidement possible un château et, lorsque les vagues arriveraient, on verrait celui qui résisterait le plus longtemps.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Avec un zèle impressionnant, ils firent équipe et se mirent à la tâche. Ils gardaient toujours un œil sur la marée montante, s’écriant régulièrement : “Vite ! elle arrive !”. Et elle arriva…  Les travaux durent cesser et, tout excités, les enfants regardèrent, à distance, les châteaux de sable s’effondrer les uns après les autres…

Serait-ce une parabole de la vie ? Il est vrai, les hommes et les femmes, avec bien du courage parfois, travaillent à faire de leur existence une œuvre qui défie le temps. Que ce soit par des relations vraies, des monuments de pierres ou des œuvres d’art. Certains étendent leurs terres et leur empire. D’autres rêvent d’édifier une fortune et ne sont pas avares de leurs peines.

Aux moments de lucidité, chacun voit la mort approcher, mais sans doute pas avec les mêmes cris de joie que ceux des enfants. Que restera-t-il en effet de tout cela ? L’homme ne serait-il qu’un château de sable qui s’écroule à la marée montante ?

Le soir, rentrés au camp, les enfants savaient bien qu’il ne restait rien de leurs châteaux. Mais cette construction, dans l’entraide et l’amitié, avait renforcé entre eux les liens qui déjà les unissaient. Et, dans cette œuvre, le visage de chacun était devenu davantage unique. Contre cela, la mer ne pouvait rien.

                                                                                  Charles Delhez

 

Le clown et la chenille

Les clameurs du cirque se sont tues. Les projecteurs s’éteignent un à un. Les spectateurs sont rentrés chez eux. Ils sourient ou éclatent encore de rire en pensant aux mimiques du clown et s’endorment tout contents : ils en ont eu pour leur argent.

Le clown, lui, encore tout maquillé, traîne ses immenses savates sur l’asphalte d’une ruelle blafarde. Triste, il médite sur son sort : “Quel drôle de métier que le mien ! Ils se sont amusés comme des fous. Pourtant ce sont eux qui les font, ces grimaces. Il suffit qu’ils se regardent dans une glace. Faut les voir dans le bus ou au boulot, les têtes bizarres qu’ils tirent. C’est à en pleurer de rire. Au fond, ils s’amusent d’eux-mêmes et n’ont guère besoin de moi. D’ailleurs, ils ne me connaissent même pas. Ils me croient en couleurs alors qu’au fond de moi tout est noir avec un tout petit peu de blanc.” Emmitouflé dans ses tristes pensées, le clown s’appuie contre un lampadaire.

Une chenille justement en descend après avoir pris un bol de lumière. Sur le veston du clown elle a grimpé et bientôt, avec lui, se trouve nez à nez. ”Mon Dieu, quelle affreuse bestiole, s’exclame-t-il lorsqu’il l’a remarquée. Comment a-t-on pu inventer pareil épouvantail ?” -  “Dis-donc, lui dit la chenille offusquée, tu vas faire enfler tes chevilles boursouflées, tu me méprises sans savoir qui je suis. Je ne suis chenille que pour un temps, mais je serai papillon pour longtemps. Je suis noire peut-être, mais au dedans de moi tout est couleur et dentelle, mais pas toi. Bientôt une merveille de la nature jaillira de ma chrysalide obscure. Mes couleurs valent bien les tiennes. Une fois démaquillé, toi, tu n’existes plus !”

Le clown en reste tout penaud et, dans sa tête, se met à philosopher.

“Finalement, que l’on soit clown ou chenille, il faut aller au-delà des grimes ou de la coquille pour regarder l’intérieur et découvrir ce que l’autre est en train de devenir. Si l’on veut aimer les papillons, il faut aimer les chenilles. En chacun de nous, clown ou non – d’ailleurs, chacun l’est à sa manière – il y a une personne en gestation et il faut aimer aussi la carapace si l’on veut toucher le fond du cœur. Dieu, en tous cas, nous aime chenille pour nous faire devenir papillon.”

Bernard Hubler.

 

Le cocon

Entre deux branches d’arbre, dans un creux, un cocon. Un homme l’observe. Il devine dans cet œuf une ouverture minuscule qui ressemble à un ongle d’écorce. Un papillon, bientôt, va naître. L’homme le voit qui s’insinue par ce trou trop menu pour lui, et qui s’efforce, et qui s’échine, un millimètre après un autre, et qui semble tant s’épuiser qu’il s’arrête, à demi sorti.

« La pauvre bête n’en peut plus, se dit l’homme. Je vais l’aider. » De la pointe de son canif il élargit la porte étroite. Le papillon, d’une poussée, vient au monde enfin, se délivre, mais son corps est gonflé, pesant, et ses ailes sont trop petites, elles paraissent ratatinées. L’homme pense qu’elles vont bientôt se déployer, et que ce ventre qui se traîne, obèse, disgracieux, va perdre ce poids qui l’encombre, mais non, le papillon est informe à jamais.

L’homme ne savait pas que l’insecte, pour vivre, avait besoin de son combat, que son effort exténuant contre l’exiguïté du seuil poussait le liquide du corps vers les ailes encore chétives pour leur donner leur force, leur exacte beauté, leur juste dimension. Il avait cru bien faire, comme nous qui voulons aplanir les obstacles devant les pas de nos enfants. Ils n’en seront pas plus heureux et risquent d’en rester infirmes. La loi de nature le dit.

 

Le destin à pile ou face

Le général japonais Nabunaga décida de passer à l’attaque, même s’il n’avait qu’un soldat contre dix chez l’ennemi. Il était sûr de gagner, mais ses soldats en doutaient fort.

Sur la route du combat, on s’arrêta à un sanctuaire Shinto. Après avoir prié dans le sanctuaire, Nabunaga sortit et dit : “Maintenant, je vais lancer une pièce de monnaie : face, nous vainquons ; pile, nous perdons. Le destin va maintenant révéler son jeu.”

Il lança la pièce : ce fut face. Les soldats eurent tellement envie de gagner qu’ils remportèrent facilement la victoire.

Le lendemain, un officier dit à Nabunaga : “Personne ne peut influencer le jeu du destin.”

- “Oui, c’est vrai”, dit Nabunaga, pendant qu’il lui montrait une pièce de monnaie avec une face de chaque côté. Qui fait le destin ?

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Recueil 5

Posté par rtireau le 20 août 2014

marron

 

L’espoir

L’espoir,

ça vient d’on ne sait où, ça va plus loin que nous.

L’espoir,

ça nous colle à la peau, ça nous enracine au ciel, ça nous enlace les bras et les mains.

L’espoir,

ça nous étouffe à en crever, à en crier, à en vivre, à en vivre sans fin.

Fragile, si fragile, comme la fleur de blés, il ensemence nos chemins,

il nourrit nos après-demain et fait éclater nos rires plus loin que la terre.

Écrit en rouge sur les murs des prisons, il se nomme LIBERTÉ.

Écrit en noir sur les portes des princes, il se nomme JUSTICE.

Écrit en bleu sur le gris de nos villes, il se nomme HORIZON.

Écrit en blanc sur les robes des filles, il se nomme PRINTEMPS.

Écrit en rose sur les fleurs de nos mains, il se nomme FRATERNITÉ.

Écrit en transparence dans les yeux des enfants, il se nomme VIVRE.

Écrit en arc-en-ciel sur le soleil couchant, il se nomme DEMAIN.

Michel Scouarnec

L’homélie du jour

Un jeune moine était en train de laver sa salade quand un frère l’aborda qui, voulant le mettre à l’épreuve, lui demanda :

- Sauras-tu me répéter ce que l’ancien a dit dans l’homélie de ce matin ?

- Je ne me souviens plus, avoua le jeune homme.

- Pourquoi donc écoutes-tu l’homélie, si tu ne te la rappelles plus ?

- Regarde, frère. L’eau lave la salade, cependant, elle ne reste pas dans les feuilles ; pourtant, ma salade est parfaitement lavée.

 

L’objet brillant

Ecoutez la petite histoire du paysan qui trouve quelque chose qui brille dans son champ.

Il ramasse l’objet et le ramène chez lui. Sa femme est éblouie comme lui. Vient la question : qu’allons nous en faire ? C’est un trésor, je vais le cacher dans le coffre secret. Il prend l’étoile, la range dans la boite, mais celle-ci semble se ternir, devenir transparente, disparaître. Affolé il appelle sa femme : reprends vite le trésor, il n’aime pas qu’on l’enferme. Elle le pose sur la cheminée. Il retrouve un peu de vigueur mais reste terne. Il le pose près de la fenêtre. Il retrouve des couleurs, mais pas l’éclat qu’il avait en plein champ. La femme propose de le poser sur le rebord de la fenêtre. L’homme se rebelle : on va nous le prendre ! Pas question !

Le trésor se fane. La femme insiste, le prend, le dépose délicatement : le trésor retrouve tout son éclat. Les enfants du quartier aiment venir l’admirer, il éclaire leurs jeux tard le soir quand le soleil s’est couché, il semble veiller sur chacun, même dans le profond sommeil de la nuit… étoilée.

 

L’oiseau ensanglanté

J’aime raconter le rêve que fit, une nuit, un écrivain chrétien des premiers siècles. Des myriades d’oiseaux voletaient sous un filet tendu au-dessus du sol. Sans cesse, ils tentaient de s’envoler, heurtaient le filet, et retombaient par terre. Ce spectacle était accablant de tristesse… Mais voici qu’un oiseau, jeune et vigoureux, s’élança à son tour : quand il se cogna contre le filet, il s’obstina à lutter avec les mailles, et soudain, blessé, couvert de sang, il les rompit et s’envola vers l’azur. Un cri strident s’éleva parmi le peuple des oiseaux. Dans un bruissement d’ailes innombrables, ils se précipitèrent, à travers la brèche, vers l’espace sans limites.

L’oiseau ensanglanté, c’est Jésus. Tout au long de ses chemins, au milieu de son peuple, il avait annoncé une vie autre, illuminée par la bonté de Dieu et l’amour entre les hommes. Dans une société cloisonnée, il allait vers les pauvres, les méprisés, les malades et les exclus. Il faisait tomber les barrières que dresse l’argent, les préjugés, la suffisance des puissants. A tous, il annonçait, par ses actes autant que par ses paroles, la tendresse du Père des cieux. Il changeait la vie et la mort même en gestes d’amour.

 

La boîte à sel

Les disciples de Jésus, c’est comme le sel. Le sel, c’est salé, ça a un goût spécial, ça se mélange à la soupe, ça lui donne du goût.

Cela existerait-il un sel qui aurait le goût de l’eau, qu’on pourrait mélanger à la soupe sans que cela se sente ? Cela ne servirait à rien ! Du sel comme ça serait bon pour la poubelle !

Les disciples de Jésus, nous les chrétiens, nous sommes comme le sel de la terre, c’est Jésus qui le dit. Il ne faut pas avoir peut d’être différents à cause de Jésus, pas avoir peur d’être mélangés aux autres.

On ne met pas la boîte à sel fermée dans la soupe ! Peut-être que des chrétiens entre leurs quatre murs, c’est comme une boîte à sel… Eh bien, il faut ouvrir la boîte.

 

La bougie de mariage    d’après une tradition d’Autriche 

Il était une fois une bonne fée, qui offrit à sa nièce, pour son mariage, une bougie. Rien d’extraordinaire, quoique….

La bougie fut posée dans le salon… Les mois passèrent, et, un jour, la jeune mariée trouva la bougie allumée. Par quelle bizarrerie la bougie était-elle allumée ? La jeune mariée tenta de l’éteindre mais en vain, la bougie restait allumée ! Elle en aurait bien parlé à son époux, mais justement, ces temps-ci, elle ne lui parlait plus. Ils étaient, comment dire, un peu fâchés, et c’était la première fois.

Le soir, alors que sa femme était déjà couchée, le jeune marié voulu éteindre la bougie. Par quelle bizarrerie la bougie restait-elle allumée ? Il en aurait bien parlé à sa femme, mais ces temps-ci, il ne lui parlait plus. Ils étaient un peu fâchés et c’était la première fois.

Quelques jours passèrent ainsi sans que les époux ne puissent en parler et la bougie restait toujours allumée ! Un soir, n’y tenant plus, ils finirent par se dire : “Tu as vu que la bougie est allumée ? – Oui. – Tu as essayé de l’éteindre ? – Oui . – Tu as réussi ? – Non.”  Ils étaient bien embarrassés !

Ils décidèrent de s’approcher ensemble de la bougie. Soudain, la bougie se mit à parler : “Les jours de soleil, laissez-moi éteinte ; les jours sombres, allumez-moi ! Lorsque vous voulez vous parler mais que vous ne trouvez pas les mots, allumez-moi ! Lorsque vous voulez vous prendre dans les bras mais que vous n’en n’avez pas la force, allumez-moi ! Approchez-vous, l’un contre l’autre, joue contre joue, d’un même souffle, éteignez-moi !”

Les jeunes mariés, un peu fâchés, se regardèrent à nouveau. Se rappelaient-ils la cause de leur fâcherie ? Pas vraiment ! Quoique, en faisant un petit effort… Les mots venaient plus facilement, les corps se rapprochaient, ils étaient déjà beaucoup moins fâchés. Ils furent bientôt joue contre joue pour souffler ensemble la bougie et, par quelle bizarrerie ? …. La bougie s’éteignit !

Nos jeunes mariés comprirent le message. Et depuis, il est de tradition d’offrir une bougie aux mariés. Une bougie qu’ils allument les jours où ça ne va pas et qu’ils éteignent ensemble après s’être réconciliés !

                                                                                  Texte écrit par Katell BODI

La chaise

Quand le Prêtre entra dans la chambre, il trouva le pauvre homme sur son lit. Il y avait une chaise à côté de lui, si bien que le Prêtre dit :

- Je crois que vous m’attendiez.

- Non, qui êtes-vous ? demanda le malade.

- C’est votre fille qui m’a appelé pour que je vienne prier avec vous. J’ai remarqué la chaise vide à côté de votre lit, j’ai cru que vous saviez que je viendrais.

- Ah oui, la chaise !

Et le malade continua :

- Je ne l’ai jamais dit à personne, mais j’ai passé toute ma vie sans savoir comment prier. A l’église j’ai toujours entendu parler de la prière : comment prier, les avantages que cela apporte. Mais tout ça me rentrait par une oreille et sortait par l’autre. Et je n’avais jamais aucune idée comment faire. Alors depuis très longtemps j’ai abandonné la prière. Mais il y a quatre ans, j’en ai parlé avec mon meilleur ami qui m’a dit : “Jean, le but de la prière c’est tout simplement d’avoir une conversation avec Jésus. Alors je te suggère ceci : tu t’assois sur une chaise et tu mets une chaise vide en face de toi. Avec foi tu regardes Jésus qui est assis en face de toi. Ce n’est pas de la folie puisque Jésus a dit : « Je serai toujours avec toi. »” Donc je lui parlais et je l’écoutais, de la même façon que vous le faites avec moi aujourd’hui. C’est ce que j’ai fait, et j’ai tellement aimé ça que j’ai continué environ deux heures par jour. Je fais toujours très attention à ce que ma fille ne me voit pas car elle me ferait interner.

Le prêtre ressentit une grande émotion et dit à Jean que c’était une bonne chose, ce qu’il faisait, et surtout qu’il fallait continuer. Il pria alors avec lui, lui donna une bénédiction et s’en retourna chez lui.

Deux jours plus tard la fille de Jean annonça au prêtre le décès de son père. Le prêtre demanda :

- Est-il mort en paix ?

- Oui, quand j’ai quitté la maison au début de l’après-midi, il m’a appelé et je suis allé le voir. Il m’a dit qu’il m’aimait et m’a embrassée. Quand je suis revenue après quelques courses, une heure plus tard, je l’ai trouvé mort. Mais une chose est étrange : apparemment, juste avant sa mort, il a rapproché la chaise de son lit et y a posé sa tête. C’est comme ça que je l’ai trouvé. Qu’est-ce que cela peut bien signifier ?

Le prêtre profondément ému, sécha ses larmes et répondit :

- Souhaitons que nous puissions tous partir d’une façon aussi sereine.

 

La consolation

Une petite fille revenait de la maison voisine, où la fille de huit ans venait de mourir de manière tragique.

- Pourquoi y es-tu allée ? lui demanda le père.

- Pour consoler sa maman !

- Et que pouvais-tu bien faire, toi si petite, pour la consoler ?

- Je suis montée sur ses genoux et j’ai pleuré avec elle !

 

La corde invisible

Un paysan avec 3 de ses ânes se rendait au marché pour vendre sa récolte. La ville était loin et il lui faudrait plusieurs jours pour l’atteindre.

Le premier soir, il s’arrête pour bivouaquer non loin de la maison d’un vieil ermite. Au moment d’attacher son dernier âne, il s’aperçoit qu’il lui manque une corde. Si je n’attache pas mon âne se dit-il, demain, il se sera sauvé dans la montagne! Il monte sur son âne après avoir solidement attaché les 2 autres et prend la direction de la maison du vieil ermite.

Arrivé, il demande au vieil homme s’il n’aurait pas une corde à lui donner. Le vieillard n’avait pas la moindre corde, cependant, il s’adressa au paysan et lui dit : “Retourne à ton campement et comme chaque jour fait le geste de passer une corde autour du cou de ton âne et n’oublie pas de feindre de l’attacher à un arbre. »

Perdu pour perdu, le paysan fit exactement ce que lui avait conseillé le vieil homme. Le lendemain dès qu’il fût réveillé, le premier regard du paysan fût pour son âne. Il était toujours là ! Après avoir chargé les 3 baudets, il décide de se mettre en route, mais là, il eut beau faire, tirer sur son âne, le pousser, rien n’y fit. L’âne refusait de bouger. Désespéré, il retourne voir l’ermite et lui raconte sa mésaventure.

« As-tu pensé à enlever la corde ? » lui demanda-t-il.

« Mais il n’y a pas de corde ! » répondit le paysan.

« Pour toi oui mais pour l’âne… »

Le paysan retourne au campement et d’un ample mouvement, il mime le geste de retirer la corde. L’âne le suit sans aucune résistance.

Ne nous moquons pas de cet âne ! Nous pouvons être nous-aussi esclaves de nos persuasions et de nos habitudes… comme si une corde invisible nous empêchait de vivre et de nous épanouir.

 

La couverture partagée

Guillaume le marchand, dont la panse attestait l’aisance, remit entre les mains de son fils Gauthier tout son bien, pour le bien marier à la fille d’un noble sans fortune. Gauthier jura qu’il prendrait soin de son père jusqu’à sa mort, sans le laisser manquer de rien.

Un enfant naquit. Les années passèrent.

Guillaume le marchand avait perdu sa panse. Il portait en tremblant sa cuillère à la bouche. Assis sur le banc de la cheminée, il suivait au fil des heures, de son regard noyé, les allées et venues de la maisonnée.

- Combien de temps faudra-t-il encore supporter ce vieillard inutile et dégoûtant ? répétait l’épouse de Gauthier qui ne cessait de le rudoyer. Gauthier finit par entendre sa femme. Il chassa son père de chez lui.

- Donne-moi quelque chose à manger, supplia celui-ci.

- …

- Laisse-moi au moins emporter une couverture. Que j’aie moins froid… Seulement une de tes couvertures de cheval.

Pour se défaire de lui, Gauthier ordonna à son jeune fils d’aller chercher une des couvertures de son cheval noir, la plus neuve et la plus belle. L’enfant la coupa en deux. Il en donna la moitié à son grand-père.

- Comment, lui dit son père, n’as-tu pas honte ! Donne-la lui tout entière.

- Non, répondit l’enfant. J’en garde la moitié pour toi, quand tu seras vieux.

Gauthier reprit son père chez lui et le soigna fidèlement jusqu’à la fin de ses jours.

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Contes et paraboles

Posté par rtireau le 14 août 2014

bleu-violet

 

Cinq miches de pain

A quelqu’un qui lui demandait pourquoi, chaque matin, il achetait cinq miches de pain, un habitant de Bagdad répondit :

- Il y en a une pour moi, deux que je dois rendre et deux que je prête.

- A qui rendez-vous et à qui prêtez-vous ?

- Je rends à mes parents ce qu’ils m’ont donné quand j’étais jeune, et, à mes enfants, je prête ce qu’ils me rendront quand je serai vieux.

 

Comme un grain de sénevé

Un jeune homme eut un jour un songe. Il entre dans le magasin du bonheur. Derrière le comptoir, il voit un ange. Vite, le jeune homme demande : “Que vendez-vous ?” – L’ange lui répond aimablement : “Tout ce que vous voulez, absolument tout.” – Alors le jeune homme s’écrie : “J’aimerais la fin des guerres partout dans le monde ; j’aimerais de meilleures conditions de vie pour les marginaux de notre société ; la fin de la misère dans le Quart-Monde ; j’aimerais du travail pour tous les chômeurs ; j’aimerais que les jeunes puissent s’insérer rapidement…” Mais l’ange l’interrompt et lui dit : “Excusez-moi, jeune homme, vous ne m’avez pas bien compris. Nous ne vendons pas des fruits, nous ne vendons que des semences.”

 

Communication

Le petit écran n’est-il pas devenu une fenêtre ouverte sur le monde ?

Par la télé, le globe devient un village planétaire,

où l’on se voit vivre,

où l’on se donne des nouvelles,

où l’entraide devient nécessaire et possible.

Un couple très isolé par l’âge et la distance, avouait:

« C’est quand même une belle invention, la télé…

Il n’y a plus que cela qui nous relie au reste du monde. »

Mais cette fenêtre de la communication

ne peut pas remplacer la vie de village connue jadis

les veillées qui ont inventé le folklore

avec les histoires et les chansons,

les danses et les coutumes.

Elle ne peut pas remplacer la main du voisin

qui frappait à la porte ou à la fenêtre

pour s’inviter ou demander un service,

à toute heure du jour ou de la nuit.

On demandait à un vieux paysan savoyard

ce qu’il pensait de sa télé ?

Il répondait, le regard vif, brillant encore des souvenirs d’autrefois :

« La télé un carreau de plus dans la maison ;

mais à ce carreau-là,

il n’y a jamais personne qui frappe pour entrer. »

Le véritable écran qui permet la rencontre, la présence,

c’est encore et pour longtemps,

le visage, le regard et les yeux des voisins.

Devant la télé… nous sommes côte à côte.

Reste-t-il des moments pour être face à face ?

 

Confiance

Au supermarché, une fille d’attente. Bonne occasion de voir qui est mon prochain. Devant moi, une femme âgée. Visage grave, tourné vers l’ailleurs. Dans son panier, peu de choses achetées. ¨Peut-être vit-elle seule ? Quand arrive son tour, la jeune caissière lui demande : “Avez-vous de la monnaie ?” D’un geste, la femme lui tend son porte-monnaie : “Tenez, choisissez vous-mêmes.” Je ne peux m’empêcher de dire : “Quelle confiance… C’est magnifique !” Un beau sourire illumine le visage de la vieille dame. Elle se tourne vers moi : “La confiance… j’y suis bien obligée : je ne vois pas.” Après quelques instants de silence, elle ajoute : la confiance, c’est sans doute magnifique, mais je ne peux pas faire autrement. Ainsi, cette femme âgée avait besoin des autres. Elle s’en remettait à eux. Elle ne pouvait plus s’en passer. C’était devenu sa manière de vivre.

Sur la place du village, trois hommes ont pris position devant une bouteille de rosé. L’un d’eux, torse nu, larges tatouages au bras fait la manche avec beaucoup d’entrain. Mais il confie : “Les gendarmes nous ont demandé de déguerpir. On ne peut pas rester là, sinon on aura des ennuis.”

Ainsi, dans ce village, la mendicité est interdite. Les errants, les mendiants, les clochards n’ont rien à faire sur les places publiques. En ces lieux aménagés, où passe du monde qui ne peut être que du beau monde. Entendez des gens normaux. Des gens qui ne font pas désordre. Des gens qui ne sont pas obligés de faire confiance aux autres pour s’en sortir et survivre.

 

Conte philosophique

Il était une fois, une île où vivaient tous les sentiments : la Joie, le Bonheur, la Tristesse, le Pouvoir, l’Amour, l’Orgueil… ainsi que tous les autres.

Un jour on annonça aux sentiments que l’île allait couler. Ils préparèrent donc tous leurs bateaux et partirent. Seul l’Amour resta. L’Amour voulait rester jusqu’au dernier moment.

Quand l’île fut sur le point de sombrer, l’Amour décida d’appeler à l’aide.

Comme la Richesse passait par là dans un luxueux bateau, l’Amour lui dit : « Richesse, peux-tu m’emmener ? » – « Non car il y a beaucoup trop d’argent et d’or sur mon bateau, que je ne puisse risquer de les perdre. Je n’ai pas de place pour toi. »

L’Amour décida alors de demander à l’Orgueil, qui passait aussi dans un magnifique vaisseau : « Orgueil, aide moi je t’en prie ! » – « Je ne puis t’aider, Amour. Tu es tout mouillé : de quoi aurais-je l’air près de toi, désespéré ? Tu pourrais ternir l’image de mon bateau. »

La Tristesse étant à côté, l’Amour lui demanda : « Tristesse, laisse moi venir avec toi. ». – « Oh… Amour, je suis tellement triste que j’ai besoin d’être seule ! »

Le Bonheur passa aussi à côté de l’Amour, mais il était si heureux qu’il n’entendit même pas l’Amour l’appeler !

Soudain, une voix dit : « Viens Amour, je te prends avec moi. » C’était un vieillard qui avait parlé. L’Amour se sentit si reconnaissant et plein de joie qu’il en oublia de demander son nom au vieillard. Lorsqu’ils arrivèrent sur la terre ferme, le vieillard s’en alla.

L’Amour réalisa tout ce qu’il lui devait et demanda au Savoir : « Qui m’a aidé ? »

« C’était le Temps » répondit le Savoir. – « Le Temps ? » s’interrogea l’Amour.

« Mais pourquoi le Temps m’a-t-il aidé ? »

Le Savoir sourit plein de sagesse et répondit : « C’est parce que seul le Temps est capable de comprendre combien l’Amour est important dans la Vie. »

 

Y a-t-il une vie après la naissance ?

Deux jumeaux sont dans le ventre de leur mère. Ils discutent philosophie.

- Tu crois qu’il y a une vie après la naissance ?

- Évidemment. Il doit forcément exister quelque chose au-dehors, car il me semble que nous sommes ici précisément pour nous préparer à ce plus tard.

- Mais non! Ce n’est pas possible. Il n’y a pas de vie après la naissance. Si c’était le cas, quelqu’un nous en aurait parlé. Donc, cela n’existe pas. Mais imaginons, comment serait ce monde futur ?

- Je ne sais pas, mais il y aurait certainement plus de lumière. Peut- être pourrions-nous même courir ? Manger avec nos mains et notre bouche ?

- Mais non ! On ne peut pas courir ! Et qui a vu une personne manger en utilisant sa bouche ! C’est le cordon ombilical qui nourrit l’homme, c’est prouvé scientifiquement.

- Écoute, je ne sais pas, mais ce que j’imagine, c’est que nous verrons nos parents et ils prendront soin de nous. Maman nous donnera le sein…

- Maman ??? Tu crois en Maman ? C’est juste un concept abstrait sans fondement objectif, scientifique. Qui est Maman pour toi ?

- C’est grâce à elle que nous vivons. Nous tirons notre vie d’elle, nous n’existerions pas sans elle.

- Je ne crois pas ! Je n’ai jamais vu Maman, donc, elle n’existe pas.

- Comment peux-tu dire cela ? Lorsque nous sommes en silence et que nous ne nous bagarrons pas, nous pouvons entendre comme une sorte de chant qu’elle fredonne et nous percevons la manière dont elle ressent le monde extérieur. Lorsque tu es triste, tu aimes bien te coller à l’ombre de ce que nous avons appelé sa main, faute d’autre définition. Tu aimes lorsque tu as l’impression que cette main te caresse… Tu sais, je pense que la vraie vie commence plus tard.

 

Des pas sur le sable

Une nuit, j’ai eu un songe.

J’ai rêvé que je marchais le long d’une plage, en compagnie du Seigneur.

Dans le ciel apparaissaient, les unes après les autres, toutes les scènes de ma vie.

J’ai regardé en arrière et j’ai vu qu’à chaque scène de ma vie, il y avait deux paires de traces sur le sable : l’une était la mienne, l’autre celle du Seigneur.

Nous continuions à marcher ainsi, jusqu’à ce que tous les jours de ma vie aient défilé devant moi.

Alors, je me suis arrêté et j’ai regardé en arrière. J’ai remarqué qu’en certains endroits, il n’y avait qu’une seule paire d’empreintes, et cela correspondait exactement avec les jours les plus difficiles de ma vie, les jours de plus grande angoisse, de plus grande peur et aussi de plus grande douleur.

J’ai donc interrogé : « Seigneur, tu m’as dit que tu étais avec moi tous les jours de ma vie et j’ai accepté de vivre avec toi. Mais j’ai remarqué que dans les pires moments de ma vie, il n’y avait qu’une seule trace de pas. Je ne peux pas comprendre que tu m’aies laissé seul aux moments où j’avais le plus besoin de toi.”

Et le Seigneur répondit : “Mon fils, tu m’es tellement précieux ! Je t’aime ! Je ne t’aurais jamais abandonné, pas même une minute ; les jours où tu n’as vu qu’une seule trace de pas sur le sable, ces jours d’épreuve et de souffrance, eh bien : c’était moi qui te portais.”

d’après Adémar de Barros (poète brésilien)

Dieu avait besoin

Dieu avait besoin d’un père pour son peuple,

il choisit un vieillard ! Alors Abraham se leva…

Il avait besoin d’un porte-parole,

il choisit un timide qui bégayait ! Alors Moïse se leva…

Il avait besoin d’un chef pour conduire son peuple,

il choisit le plus petit, le plus faible ! Alors David se leva…

Il avait besoin d’un roc pour poser l’édifice,

il choisit un renégat ! Alors Pierre se leva…

Il avait besoin d’un visage pour dire aux hommes son amour,

il choisit une prostituée ! Ce fut Marie de Magdala…

Il avait besoin d’un témoin pour crier son message,

il choisit un persécuteur ! Ce fut Paul de Tarse…

Il avait besoin de quelqu’un pour que son peuple se rassemble, et qu’il aille vers les autres !

Alors il t’a choisi…

Et même si tu trembles, pourrais-tu ne pas te lever ?

Jean-Baptiste Pham Minh Man

Dieu dans la tendresse

Dieu, je ne sais pas où il est.

On m’a dit qu’il était partout, mais je ne l’ai vu nulle part.

Dieu, à force de la chercher, j’ai rencontré des gens qui le cherchaient aussi.

Ils n’ont pas su me dire où Dieu était caché, mais ils ont eu pour moi une grande tendresse.

Je me suis demandé alors : Ne serait-ce pas dans cette tendresse que Dieu vit ?

Depuis, comme eux, j’essaye de donner cette tendresse à ceux que je rencontre.

 

Dieu est ailleurs

Le Dieu trousseau de clés est le Dieu qui explique tout, qui ouvre les portes du savoir. Un maillon manquait pour l’irrésistible logique de nos raisonnements, la solution est trouvée. Nous n’aurons plus de problèmes de compréhension de l’homme et du monde. Dieu est le passe-partout.

Le Dieu mouchoir ne prend pas en charge l’explication, mais la consolation. Il apparaît quand tout va mal et il disparaît quand tout va bien. Sa présence est liée à la météorologie de nos sentiments : sensible par temps d’orage, de maladie ou de deuil, superflue à l’heure de la réussite et de l’abondance. Un Dieu de ténèbres, jamais de plein jour.

Le Dieu porte-monnaie mise sur les valeurs bien cotées en Bourse, à l’abri de toute érosion. Il sécurise l’individu, hiérarchise la vie sociale, fortifie la famille, glorifie la nation. A tous les niveaux, il garantit l’ordre social. Avec lui, on est sûrs de toucher une rente éternelle.

Au total, trois façons de mettre Dieu dans sa poche. Mais si Dieu n’est pas dans la poche, où donc est-il ? Quels rendez-vous nous fixe-t-il, lui qui nous a faits pour lui, tellement désirant de sa présence et de son salut.

Bruno Chenu

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